Petit rappel des faits. Nous sommes au sortir d’une saison 2017/2018 à l’issue de laquelle Adrien Rabiot s’apprête à vivre un été compliqué. Régulièrement appelé en équipe de France, le natif de Saint-Maurice pensait être du voyage en Russie. Mais le 17 mai 2018, c’est un véritable coup de bambou que le milieu de terrain reçoit. Absent de la liste des 23 élus, Rabiot doit se contenter d’un statut de réserviste. Une nouvelle qu’il n’a pas supportée. Quelques jours plus tard, le Parisien prévient le sélectionneur national qu’il se retire de lui-même de cette liste. Le début d’un battage médiatique incessant. Critiqué par l’ensemble de l’opinion française, Rabiot sait que son image en prend un coup et décide de se murer dans le silence durant les vacances estivales.

Brouillé avec la sélection nationale, le joueur va alors faire parler de lui au sein du PSG. Il ne reste en effet plus qu’un an de contrat à Rabiot et ce dernier se sait courtisé. Face à la grogne permanente à son sujet en France, l’idée d’un départ à l’étranger pour se faire oublier, mais aussi pour franchir un palier germe dans la tête du milieu. Elle finit même par le convaincre et Rabiot fait donc part à ses dirigeants de sa volonté de plier bagage, et ce, malgré l’arrivée de Thomas Tuchel. Une version confirmée par la mère et agent du numéro 25, Véronique Rabiot, au micro de RTL le 19 décembre dernier. « Lors du mercato d’été, j’avais signifié à monsieur Henrique, comme on doit le faire, que je voulais qu’Adrien soit sur la liste des transferts puisque Adrien voulait quitter le club et qu’on l’avait clairement dit. »

Une erreur estivale qui coûte cher au PSG

Mais à Paris, le président Nasser Al-Khelaïfi prend alors les choses en main et refuse de vendre son protégé. Toujours orphelin de Thiago Motta, le PSG n’a pas recruté de milieu récupérateur. Voir partir Rabiot alors qu’aucun remplaçant n’a été recruté est inimaginable pour NAK. Ce dernier pense d’ailleurs arriver à retourner la situation en sa faveur, comme ce fut déjà le cas en octobre 2014. A cette époque, le clan Rabiot rechignait déjà à prolonger, intéressé par l’offensive de l’AS Roma, avant que le joueur finisse par signer ce fameux bail jusqu’en 2019. Mais cette fois-ci, Rabiot est bel et bien décidé à mettre les voiles et refuse plusieurs propositions de prolongation. Une première erreur d’appréciation de la part du PSG. Cela n’empêche pas Tuchel de lui faire confiance jusqu’à ce dimanche 28 octobre 2018, date du Clasico face à l’OM. 

En retard à la causerie d’avant-match, Rabiot, dont la situation contractuelle fait déjà assez parler, est laissé sur le banc et n’entre pas en jeu. Le point de non retour est atteint. Déçu, il fait alors savoir à ses dirigeants qu’il est inutile d’espérer une issue positive. Une prise de position qui a eu le don d’énerver le directeur sportif du club, Antero Henrique. Intraitable avec les éléments refusant de prolonger, le Portugais et la direction ordonnent à Thomas Tuchel de ne plus faire jouer Rabiot sous le maillot rouge-et-bleu. Une décision officialisée par AH le 17 décembre 2018 que l’Allemand accepte sans broncher, même s’il ne se prive pas de faire savoir qu’il n’a rien à voir avec le traitement infligé au joueur. « C’est une situation entre le club et Adrien, je ne lui interdis pas de rentrer dans les vestiaires », fait-il savoir en conférence de presse. En réponse, Véronique Rabiot annonce officiellement deux jours plus tard que son fils quittera le PSG libre de tout contrat en juin prochain.

Tuchel veut gagner son combat contre Henrique

Les relations entre Paris et le joueur ne cessent de se tendre et se dégradent sérieusement quand Rabiot est envoyé en réserve pour s’entraîner. Là encore le choix du PSG fait jaser, l’UNFP réclamant le respect des conditions de travail du milieu de terrain. La LFP finira d’ailleurs par rappeler le club francilien l’ordre à ce sujet. Privé de son joueur, Tuchel bricole depuis plusieurs semaines déjà pour composer son entrejeu. Marquinhos, Julain Draxler, Daniel Alves sont ainsi par exemple appelés à jouer les dépanneurs de service. Un casse-tête pour Tuchel, d’autant que ce manque de profondeur de banc augmente les risques de blessure. Ce dernier respecte le choix de ses dirigeants vis-à-vis de Rabiot, mais il réclame donc logiquement en retour des renforts face à la pénurie de milieux. Une situation trainant en longueur et devenue très agaçante pour l’ex du BVB. Tuchel ne se prive plus pour critiquer implicitement l’incapacité d’Antero Henrique à le consoler avec le recrutement d’un récupérateur digne de ce nom, capable d’aider le PSG dans sa campagne en Ligue des Champions. De quoi acter le divorce entre les deux hommes. Car cet hiver, si le milieu Leandro Paredes est venu rejoindre les rangs parisiens, l’Argentin n’est pas un pur 6. Henrique a alors tenté de combler ce vide avec Idrissa Gueye ou Thiago Mendes. En vain. Le premier coûtait trop cher et le second n’aurait pas été validé par... Tuchel.

En parallèle, le PSG, qui n’ose imaginer Rabiot filer gratuitement au Barça après avoir vu les Blaugranas lui souffler Frenkie de Jong, a tenté de se débarrasser de son milieu en janvier. Le Bayern Munich et Tottenham étaient d’ailleurs prêts à payer pour le récupérer dès cet hiver. Mais Rabiot les a tous rembarrés. Et malgré des crispations avec le Barça, le Français semble toujours désireux d’aller en Catalogne. Cette fois, c’est sûr : Paris verra Rabiot s’en aller sans récupérer le moindre denier. Un nouvel échec pour Antero Henrique qui s’ajoute donc au piètre bilan du Portugais lors de ce mercato hivernal. Et comme si cela ne suffisait pas, Tuchel a porté le coup de grâce en réclamant hier soir la réintégration de Rabiot au sein de l’équipe première. Une situation pour le moins particulière. Conspué par une majeure partie des supporters parisiens depuis l’annonce de son choix de ne pas prolonger, et au coeur d’une lutte interne entre son coach et son directeur sportif Rabiot aura-t-il la force pour passer outre ce contexte et se montrer performant si Tuchel le remet sur le pré ? Face à ce contexte compliqué, Tuchel a-t-il raison de relancer son milieu ? Sur le papier, Rabiot sait qu’il bénéficie du soutien de ses coéquipiers et que son entraîneur ne dispose de beaucoup de solutions. Dans un sondage que nous avons publié, vous avez été également une bonne partie à être d’accord sur le choix de Tuchel. Tout ça pour ça serait-on tenté de dire.

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