Foot Mercato : vous avez vécu une saison difficile l’an passé. Était-ce l’année la plus dure de votre carrière ?

Romain Genevois : clairement, oui. Avoir une grosse blessure n’est jamais une expérience facile à vivre. On est face à soi-même et souvent seul dans cette épreuve. Il n’y a que notre détermination et notre envie de revenir qui font qu’on se remet bien ou pas d’une blessure. Il a fallu que je franchisse les étapes seul. Mais ça ne m’a pas empêché de revenir. Je suis une personne chanceuse dans le sens où je suis quelqu’un de plutôt apprécié. Donc on m’a beaucoup soutenu durant cette épreuve. J’ai vécu ce moment-là de la meilleure façon possible. C’est pour ça que je suis revenu assez vite et très bien. J’aurais préféré vivre cette saison sur le terrain ou du moins en prétendant à y être, c’est-à-dire en étant une option supplémentaire pour le coach. À un moment donné, on peut être amené à apporter le petit plus qui peut manquer. J’ai juste ce regret de ne pas avoir pu apporter dans ces moments difficiles, sachant que j’avais déjà connu des situations compliquées et que j’avais toujours su répondre présent. De mon point de vue, je suis certain que j’aurais pu amener quelque chose. C’est dommage de ne pas avoir pu le faire et de voir son équipe ne pas avoir rempli son objectif.

FM : vous êtes-vous senti impuissant ?

R.G : oui. Au début j’avais confiance en mes partenaires. Moi, je ne pouvais pas faire grand chose. Je ne pouvais que m’en remettre à eux. Donc j’étais à fond derrière eux. J’ai vécu l’évolution de l’équipe en étant en retrait, avec les mêmes yeux que les supporters. Quand on se met à la place des supporters, on se rend compte que ce n’est pas facile. Quand on est sur le terrain, on vit les choses différemment. À la sortie du match, on sait pourquoi on n’a pas gagné ou ce qui a manqué. Derrière, on a les entraînements pour bosser et faire ce qu’il faut. Malheureusement, en étant dans les tribunes, on est impuissant. On ne peut rien faire pour y remédier, si ce n’est encourager et essayer de donner des conseils aux partenaires. Malheureusement, c’est très insuffisant.

FM : on apprend aussi durant les épreuves. Que retenez-vous de cette saison ?

R.G : tout ça forge le caractère. Il faut avoir un gros mental pour revenir d’une grosse blessure. Ce que je retiens de cette saison, c’est que j’ai fait le maximum pour essayer de revenir. On ne peut pas revenir sur le passé. Je préfère garder le positif et retenir les bons moments passés dans ce club. Je suis satisfait sur le plan personnel d’être revenu comme il le fallait pour être performant et apte pour mes prochaines échéances

FM : vous venez de dire que vous ne retenez que le positif de votre passage à Caen. Quels souvenirs gardez-vous en tête ?

R.G : c’est un club qui a tout pour pouvoir s’exprimer de la meilleure manière possible au niveau du club, des infrastructures, de la ville et des supporters. Ça vit foot. Franchement, on a vraiment plaisir à jouer dans ce club. Il y a une belle ferveur. Le stade est souvent plein ou donne l’impression de l’être avec la belle ambiance qu’il y a. C’est un cadre idéal pour pouvoir faire ce métier de footballeur. C’est dommage car c’est un club qui mérite de rester dans l’élite. Je resterai un fervent supporter du Stade Malherbe de Caen, comme je l’ai été pour tous les autres clubs où je suis passé. J’espère les revoir dans l’élite très rapidement.

Genevois évoque son avenir

FM : j’imagine qu’il y avait une double déception pour vous qui avez vu le club descendre en Ligue 2 et qui n’avez pas pu dire au revoir au club comme vous le souhaitiez.

R.G : c’est sûr et certain. Comme je vous ai dit avant, j’ai la chance d’être apprécié. Il y a beaucoup de personnes qui souhaitaient me voir revenir. J’aurais aimé, à l’image des deux saisons précédentes où ça n’était pas simple mais où on avait fait ce qu’il fallait à la dernière minute ; pouvoir fêter ça avec les supporters et avec un grand sourire. J’ai un regret là-dessus. Comme je suis amené à partir, j’aurais aimé dire au revoir de la meilleure des manières, sur le terrain en ayant rempli les objectifs.

FM : vous aviez pourtant discuté avec le club pour prolonger votre contrat. Pourquoi cela a-t-il bloqué au final ?

R.G : effectivement, Caen avait émis le souhait de me faire prolonger. J’étais ouvert à une prolongation. Dès le début de la saison dernière, on a commencé à discuter. Parfois, certaines discussions sont rapides, d’autres mettent plus de temps. En l’occurrence, là ça a mis un peu de temps. Derrière, je me suis blessé. J’apprécie le fait que le club ait voulu me faire prolonger malgré cet épisode malheureux. Ils m’ont dit que ça ne changeait rien, qu’ils me connaissaient et qu’ils savaient que j’allais revenir. On a continué à discuter mais on n’a pas su trouver d’accord à temps. Ensuite, il fallait faire aussi avec le quotidien c’est-à-dire les résultats. Il y avait des priorités pour les dirigeants et pour moi aussi, j’ai dit que l’équipe passait en premier. Ça ne s’est pas fait, c’est comme ça.

FM : vous êtes libre à présent, comment vivez-vous ce statut particulier ? N’avez-vous pas un peu d’appréhension malgré tout ?

R.G : non, il n’y a pas d’appréhension. Je me sens très bien. Je ne me suis pas blessé à la fin du championnat, mais au mois de septembre. J’ai pu faire une bonne rééducation. Mes sensations m’ont rassuré. Aujourd’hui, il n’y a aucune crainte à avoir. Il y a tout ce qu’il faut pour vérifier et confirmer mon état de forme. Je suis très bien. J’ai suffisamment joué et j’ai assez d’expérience pour susciter des intérêts. Ma position de joueur libre me permet d’avoir plus de temps pour mûrir ma réflexion. Ce n’est pas une mauvaise chose. Je suis plutôt content d’avoir ce temps pour réfléchir. C’est une décision importante. Je dois faire le bon choix pour être bien et à 100% dans le nouveau projet. J’ai un programme et je m’entraîne tout seul en attendant. J’ai la possibilité de demander des conseils à mon ancien préparateur physique. Pour le moment, j’arrive à m’entraîner seul. On verra comment la situation évoluera. Mais je pense que ça devrait se décanter dans les prochaines semaines.

FM : avez-vous eu des approches justement ?

R.G : oui, effectivement il y a des touches. Mon agent est en relation avec de bons clubs de Ligue 2. Pour ce qui est de la Ligue 1, ça va mettre un peu plus de temps pour se décanter. Il y a aussi des intérêts à l’étranger. Il y a un peu de tout. Il faut y réfléchir sérieusement et plus que d’habitude car il y a certains championnats que je découvre. J’étudie tout ça. À moi de peser le pour et le contre pour savoir ce qui me peut me correspondre le mieux.

Choisir un projet enrichissant à tous les niveaux

FM : quels projets peuvent vous intéresser ?

R.G : le projet sportif sera très important. L’étranger, c’est une bonne chose car ça pourrait m’apporter une expérience supplémentaire. Jusqu’à présent, je n’ai joué qu’en France. J’ai évolué en Ligue 2 et en Ligue 1. J’ai fait plus de 300 matches toutes compétitions confondues. Ça me permettrait de découvrir d’autres choses et de m’enrichir. Il y a aussi des intérêts en France. Je ne suis pas fermé à l’idée de rester ici. C’est en fonction des intérêts et du projet. Il faut aussi prendre en compte l’aspect financier. Si tout est réuni pour que ma femme et mes enfants puissent être bien, c’est le principal.

FM : vous venez de parler du côté enrichissant du projet. J’imagine qu’évoluer en sélection haïtienne l’est tout autant pour vous. Qu’est-ce que cela représente pour vous ?

R.G : la sélection c’était une très belle expérience quand je l’ai découverte pour la première fois car ça m’a permis de renouer avec mon pays d’origine. Je suis né en Haïti mais j’ai grandi en France dès mon plus jeune âge. J’ai pu vivre une expérience internationale. On a pu jouer contre le Brésil, le Panama, le Pérou. C’est un cran au-dessus. Quand on se mesure à des joueurs comme Philippe Coutinho, etc... on mesure la différence de niveaux qu’il peut y avoir. Moi, ça m’a permis de me jauger, de progresser et de tout faire pour y rester.

FM : on m’a glissé que vous êtes un passionné d’architecture. Est-ce une reconversion que vous envisagez ? Pensez-vous déjà à l’après-foot ?

R.G : oui, il faut y penser. C’est vrai que j’ai toujours été passionné par le bricolage. Petit, je m’amusais à construire des choses comme des cabanes à oiseaux. D’ailleurs, il y en a une qui est toujours chez mes parents depuis (rires). Quand on est jeune, on nous demande ce qu’on veut faire plus tard. Ma réponse était bien évidemment footballeur professionnel. Mais il fallait trouver autre chose. Comme j’aimais bien construire des choses, je me suis dit pourquoi pas architecte. Plus les années avançaient et plus le foot apparaissait comme une évidence. J’ai eu la chance de pouvoir réaliser mon premier rêve. Je suis toujours dedans, mais il faut que je pense à l’après. Ça ne me déplairait pas de côtoyer le milieu de l’immobilier. Ça me passionne. Je regarde toutes les émissions télés de Stéphane Plaza (rires). Je m’amusais à faire des plans de la potentielle maison idéale. Elle est faite, il ne reste plus qu’à trouver où la faire (rires).

FM : est-il envisageable pour vous de mettre vos connaissances dans le foot ou vos talents d’architecte au service d’Haïti ?

R.G  : souvent, on est un peu influencé par sa propre histoire. Moi, j’ai été adopté à l’âge de 3 ans et demi avec mon petit-frère, qui a un an de moins. On était dans une crèche en Haïti. Si on n’avait pas été adoptés, peut-être qu’aujourd’hui je n’aurais pas la chance de faire cette belle interview. On m’avait montré des marques de malnutrition. Aujourd’hui, ça ne se voit plus et on a eu la chance d’être adoptés par une belle famille en France, qui nous a donné tout ce qu’il fallait pour nous épanouir. Si j’ai tout ça, c’est grâce à mes parents. Par rapport à mon histoire où je me dis que j’ai eu une chance énorme d’avoir une seconde chance dans la vie, si j’ai l’occasion d’aider d’une manière ou d’une autre pour aider d’autres à vivre un quart de ce que j’ai pu vivre, ce serait déjà bien. Comme je suis dans le foot, pourquoi ne pas rester là-dedans en étant recruteur. C’est une idée parmi tant d’autres. Il n’y a rien d’arrêté, ni de réfléchi. Ce sont juste des idées comme ça.

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