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Entretien avec... Elodie Thomis : « Le foot féminin n’est pas du mauvais football ! »

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En ce week-end exclusivement consacré aux éliminatoires de la coupe du monde 2010, nous vous proposons aujourd’hui un focus sur le football féminin et plus particulièrement Élodie Thomis (23 ans). Souvent comparée à Sidney Govou, l’attaquante de l’Olympique Lyonnais et de l’Équipe de France est l’une des valeurs sûres d’un football féminin, toujours aussi peu médiatisé dans l’Hexagone. Son sport, les médias, son club, les préjugés... Élodie se livre sans équivoque pour FM.

FM : Comment es-tu devenue footballeuse ? Quel a été ton parcours ?

Élodie Thomis : Alors très bizarrement, j’ai joué au foot par pur hasard. A la base je faisais de l’athlétisme et je devais signer une nouvelle licence. J’avais 15 ans à l’époque. Et je suis tombée sur une annonce de football féminin. J’ai donc essayé. Les tests se sont avérés concluants et depuis je n’ai jamais arrêté.

FM : Quels rapports entretenez-vous avec les joueurs de l’OL ?

ET : A titre personnel, je n’en connais pas beaucoup. On se voit régulièrement à l’entraînement. Si on a la possibilité de se rendre au match, on y va avec plaisir. Mais en dehors on ne se connaît pas plus que ça.

FM : Quelles sont vos relations avec Jean-Michel Aulas ? Qu’apporte-t-il au football féminin ?

ET : Déjà, il faut souligner que Jean-Michel Aulas œuvre pour le football féminin par passion. Il aime réellement ce sport et a énormément misé sur nous. Alors qu’au final, si on regarde bien, cela ne lui rapporte rien. Cela prouve que c’est un homme qui mérite le respect et qui veut faire évoluer le football féminin.



Le foot féminin et les médias

FM : Alors que dans certains sports comme le handball ou le tennis les femmes sont médiatisées, qu’est-ce qui empêche le foot féminin d’exister selon toi ?

ET : Le football est un univers bien particulier. A la base, il n’y avait que les garçons qui jouaient à ce sport. Ce monde est donc totalement différent. On sait que ça va être dur pour nous de nous faire une place, d’être reconnues. Les garçons seront toujours mis en avant.

FM : Le fait que votre discipline soit peu médiatisée te donne-t-il un besoin de reconnaissance ?

ET : Quand on a commencé ce sport, c’était un hobby. Après, au fil du temps, le foot féminin a commencé à prendre de l’ampleur parce qu’on a fait des Coupes du Monde, des Championnats d’Europe. Mais entre nous on se demande bien pourquoi les médias ne nous suivent pas. Le foot féminin n’est pas du mauvais football. J’espère que les choses vont évoluer, là ça commence un peu.

FM : Qu’est-ce qui pourrait amener les médias à parler de foot féminin ?

ET : La professionnalisation de notre sport peut aider sans doute. Mais le problème c’est qu’il n’ya que très peu de clubs qui ont les moyens de l’OL, Montpellier ou Paris. Mais avant tout, il faut avoir des résultats pour que l’on soit reconnues. Avec Lyon, on a fait deux demi-finales de Coupe d’Europe, ça a crée un engouement. On doit gagner des titres. C’est comme ça qu’on fera parler de nous. Il faut aussi que nous fassions plus de campagnes pour promouvoir le foot féminin. Avec les Bleues on en fait pas mal. Nous sommes invitées sur certains plateaux de télévision. Petit à petit, ça commence à venir. J’espère que ça va continuer.



Sa carrière à Lyon

FM : En tant que joueuse de l’OL, quel est ton statut ? As-tu un emploi à côté ?

ET : Aujourd’hui nous sommes des professionnelles à part entière. Le football féminin n’était pas encore tout à fait reconnu. Les dirigeants ont entamé des démarches pour que l’on ait des contrats fédéraux. Et maintenant nous ne vivons que du foot. Paris ou Montpellier ont suivi le mouvement.

FM : Quelle suite aimerais-tu donner à ta carrière ? Te vois-tu quitter l’OL ?

ET : Pour le moment, je suis à l’OL. Je viens de signer un bail de deux saisons. C’est évident que j’ai des ambitions à titre personnel. Maintenant, je ne me projette pas dans l’avenir. Je ne sais pas ce que je ferai dans deux ans. Mais j’ai quelques rêves.

FM : Quels sont tes objectifs avec l’OL cette saison ?

ET : Comme chaque année, on vise le triplé Championnat, Challenge de France et Coupe d’Europe. Le championnat sera difficile. Le niveau sera élevé, c’est clair. Mais c’est ça qui rend le foot intéressant. C’est tout bénéfice pour nous. Ce sera à nous de hisser notre niveau de jeu. En ce qui concerne la Coupe d’’Europe, on dit chaque année que ce sera la bonne. Mais on va prendre match par match et on verra bien. Le potentiel pour aller en finale on l’a, comme chaque saison. Il nous manque juste ce petit grain de folie pour franchir le cap. En tout cas, j’y crois.



Les préjugés autour du foot féminin

FM : Certains disent que les filles qui pratiquent le football féminin sont des garçons manqués. Qu’as-tu à leur répondre ?

ET : Les personnes qui disent ça ne viennent pas au match. Je vais prendre l’exemple de l’équipe lyonnaise. Si vous êtes dans le vestiaire, jamais vous ne vous dites que ce sont des footballeuses. Les gens jugent sans voir. Certaines comme Corinne Franco, Louisa Nécib ou Laura Georges ont même posé pour des magazines féminins. Il n’y a vraiment pas de garçons manqués.

FM : La saison dernière, certaines joueuses, dont toi, ont posé en étant dénudées (tout en restant correctes). Regrettes-tu que pour médiatiser ce sport vous soyez obligées d’en arriver à cela ?

ET : C’est vrai que c’est frustrant. Avant que l’on fasse ces photos, aucun média ne venait nous voir. Une fois qu’on a fait cette séance photo, ça a été un véritable carnage ! Que ce soit pour formuler des bonnes ou des mauvaises critiques, les médias ont en tout cas relayé ces photos. Et depuis, on a eu un peu plus de reconnaissance. Le fait de nous avoir vues en photos a incité certains à regarder nos matchs.

FM : Comment expliques-tu que le foot féminin soit l’objet de tant de préjugés encore aujourd’hui ?

ET : Je demande aux gens de ne pas juger sans être venus nous voir jouer. Les personnes qui ont assisté à l’un de nos matchs sont toutes revenues par la suite. Certains disent que l’on n’est pas au niveau des garçons... mais on ne peut pas comparer un homme et une femme ! C’est impossible. Et puis ça ferait peur si l’on devenait des hommes sur le terrain. Au niveau technique et tactique, nous sommes en revanche bien présentes. Il y a du beau jeu. Venez nous voir !

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