Créés pour la plupart au début des années 2000, les sites "non officiels" de clubs ne rivalisent toujours pas aujourd’hui, en termes de pages vues et de visiteurs uniques, avec les sites officiels. Mais leur présence en grand nombre est souvent une bonne nouvelle pour le club concerné, puisqu’elle est le reflet sur le web de la popularité de ce dernier. Et tant que le discours "supporter" ou "indépendant" ne vient pas empiéter sur le discours "officiel", l’entente cordiale entre ces deux mondes ne semble guère menacée. Mais que se passe-t-il lorsqu’un site de supporters ne se contente pas de relayer les résultats de son équipe et d’encenser le recrutement estival de son club favori ? La question mérite plus que jamais d’être posée suite à l’annonce jeudi dernier de la récupération par le Paris Saint-Germain du nom de domaine AllPSG.com. Un nom de domaine qui hébergeait depuis 2003 l’un des nombreux sites de supporters du PSG qui garnissent la toile. Désireux de récupérer ce nom de domaine, le club francilien a déposé une plainte le 11 octobre dernier contre les propriétaires d’AllPSG.com. La marque "PSG" ayant été déposée auprès de l’INPI* en mars 1992, soit neuf ans avant l’enregistrement du nom de domaine AllPSG.com, les services juridiques du club parisien n’ont pas eu beaucoup de mal à obtenir gain de cause dans ce dossier. Le tout, sans passer devant les tribunaux français, le PSG ayant simplement eu besoin de porter plainte auprès du Centre d’arbitrage et de médiation de l’OMPI** pour récupérer son dû.

« On ne conteste pas le fond, mais la forme »

Les anciens propriétaires du site AllPSG.com n’ayant aucun lien officiel avec le club francilien, ils n’avaient aucune chance d’espérer pouvoir conserver leur bien, malgré leur bonne foi et la tolérance du PSG depuis de nombreuses années, comme nous l’a assuré Maître Jérémie Verniau, avocat intervenant dans les domaines de la Propriété Intellectuelle et du Web : « Que le site AllPSG.com existe depuis 2003 ou 2013, cela ne change rien. À partir du moment où le nom de domaine reproduit en tant qu’élément central la mention "PSG", qui correspond à une marque notoire et antérieure à ce nom de domaine, pour diriger vers un site susceptible de créer un risque de confusion avec celui du club, le PSG est légitime et fondé à en demander le transfert. » Si le PSG est donc dans son "bon droit", pourquoi un réveil si tardif ? « Nous avons plusieurs théories. Nous pensons tout d’abord qu’en récupérant notre nom de domaine, le PSG souhaite nous faire payer notre ligne éditoriale, regrette ainsi Benoit Hennegrave, fondateur d’AllPSG.com, contacté par nos soins. Nous avons toujours dit ce que nous pensions sur le site : du plan Leproux à l’arrivée des Qatariens jusqu’à l’éventuel changement de logo du club. Et visiblement ça dérange. À moins que le PSG soit intéressé par notre nom de domaine, c’est une autre possibilité pour, par exemple, créer un site sur l’actualité de tous les clubs du PSG ». Dépossédé donc sans injustice de son nom de domaine, ce site de supporters parisiens l’a toutefois mauvaise : « On ne conteste pas le fond de la démarche du PSG, mais la forme. Si nous avions pu discuter autour d’une table avec les dirigeants ou les personnes habilitées à traiter cette question, nous aurions vraisemblablement cédé notre nom de domaine sans faire d’histoire. Là, il n’y a eu aucun dialogue. À chaque fois qu’on a voulu s’entretenir avec les responsables du club, on nous a renvoyés vers le service juridique du club », a-t-il ajouté, amer.

Le nom de domaine ne fait pas le bonheur, mais il y contribue...

Si l’aspect humain ne semble donc pas être une priorité pour l’actuelle équipe dirigeante du club de la capitale, dont la relation avec ses supporters historiques n’est plus au beau fixe depuis l’instauration du plan Leproux en 2010 (visant, entre autres, à dissoudre les groupes de supporters), d’autres institutions sportives comme l’OM ont également effectué ce type de démarche par le passé. Ce fut notamment le cas en 2006 lorsque le club marseillais, dirigé à l’époque par Pape Diouf, demanda à OMnet.fr de ne plus exploiter son nom de domaine afin d’éviter toute confusion avec son site officiel OM.net. « Tout s’est fait dans le dialogue avec les dirigeants, sans menace, ni plainte. », se souvient ainsi Sébastien Volpe, fondateur d’OMnet.fr, confirmant ainsi qu’un club pouvait très bien faire valoir ses droits sans passer par un dépôt de plainte. Créé d’ailleurs dans la foulée de cette demande de l’Olympique de Marseille, le nouveau site de Sébastien Volpe, LePhoceen.fr, a réussi à faire son trou et à se professionnaliser malgré la perte de la mention "OM", comptant par exemple aujourd’hui six journalistes "cartés", ce qui lui a permis de devenir le site non officiel de club numéro un sur le web, en étant par exemple le seul à figurer dans le top 80 des sites de sports les plus visités, selon Mediametrie Nielsen Netratings/Novembre 2012.

Le PSG récupère AllPSG.com

Si le maintien de la "marque" dans son URL n’est donc pas une finalité en soi, sa perte représente tout de même un énorme manque à gagner. Une réalité que mesure bien Benoit Hennegrave : « Nous avons déjà rebondi en créant le site AllPaname.com. Mais nous savons qu’en perdant notre ancien nom, nous allons disparaître des moteurs de recherche sur le mot-clé "PSG" et donc être moins bien référencés. Sans parler du fait qu’avec toute cette histoire, j’ai personnellement décidé de prendre du recul. Je reste un supporter du PSG, mais je suis très déçu de l’attitude du club ». Car si le PSG a simplement décidé de récupérer son nom de domaine, il a quand même réussi à envoyer un message très clair à tous les autres sites indépendants de supporters du PSG : marchez droit ou soyez dans la légalité la plus totale, sous peine d’être attaqué. « Pour le moment, nous n’avons reçu aucune plainte. Mais peut-être que nous serons les prochains sur la liste, se méfie ainsi Olivier Brilleau, fondateur de PlanètePSG.com. Mais nous avons déjà réservé un autre nom de domaine, au cas où. »

D’autres sites sont-ils menacés ?

Si tous les sites non officiels portant la mention PSG n’ont donc pour le moment pas été visés, impossible d’assurer que ce ne sera pas le cas dans les mois ou les années à venir. Une chose est sûre, au-delà de la simple volonté de récupérer un nom de domaine comprenant sa marque, cette affaire AllPSG.com traduit bien la menace qui plane sur tous les sites ayant construit leur réputation en prenant le risque de devoir restituer un jour leur nom de domaine. Créé en 2006 et racheté le mois dernier par le magazine Lyon Capitale, le site olympique-et-lyonnais.com, qui traite de l’actualité de l’OL comme son nom l’indique, ne considère pas être dans un contexte similaire : « Le rachat du site s’est fait en toute transparence avec le club, auquel a été réaffirmé la volonté de poursuivre la ligne éditoriale du site qui privilégie les échanges entre supporters du club sur l’actualité sportive. Nous sommes attaché au club et conscients de la nécessité d’éviter tout amalgame sur l’utilisation des éléments propres au club comme les couleurs et le logo. », nous a-t-on assuré du côté de la rédaction de ce site lyonnais. Un argument qui traduit donc une autre réalité. Certains sites ou médias indépendants ne sont pas forcément au courant des grands principes de droit des marques et de propriété intellectuelle, d’autres profitent par contre, tant qu’ils le peuvent, de la négligence ou du désintérêt des clubs pour cette question de respect de la "marque club" sur internet. Si la question de l’indépendance éditoriale de ces sites peut également se poser, il est aussi intéressant de souligner qu’il est évidemment plus difficile pour un club de s’attaquer à un site composé de journalistes professionnels soutenus par un groupe puissant qu’à un simple site de supporters bénévoles.

Malgré le récent litige ayant donc opposé le Paris Saint-Germain à AllPSG.com, les sites d’actualité de supporters, ou de journalistes professionnels passionnés, ne semblent donc pas directement menacés tant qu’ils n’ont pas fondé leur notoriété sur une marque dont ils ne possèdent pas les droits, ou tant qu’ils entretiennent des relations transparentes et cordiales avec les clubs en question. Mais ce rapport de force symbolise toutefois bien l’immense difficulté, mais aussi l’énorme mérite, de tous ces sites indépendants, qui construisent à force de travail et de passion un contre-pouvoir indispensable et vital au maintien de la liberté d’expression. Pourvu que ça dure...