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Thuram et Boghossian décortiquent la gestion impossible de la nouvelle génération

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Dans un milieu du football où tout va très vite, les jeunes joueurs peuvent rapidement être érigés au rang de stars. De quoi faire tourner certaines têtes, et provoquer derrière des comportements difficiles, donnant bien des maux de têtes à des entraîneurs qui ne savent plus comment gérer leurs troupes.

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Thuram suit attentivement le parcours de son fils Marcus
Thuram suit attentivement le parcours de son fils Marcus
©Maxppp

Comme Laurent Blanc, Alain Boghossian a quitté l’équipe de France cet été, au terme d’un Euro terminé sur une élimination en quarts de finale devant l’Espagne. Une compétition qui a encore vu les Bleus décevoir, s’offrant notamment quelques comportements hors de propos et déplacés, faisant écho au triste épisode de Knysna. Sur les ondes de RTL, le champion du monde 1998 revient sur cette gestion difficile des jeunes du groupe tricolore : « Cette génération n’a pas compris la totalité du truc. Il faut un collectif uni et fort pour aller loin, sinon ça s’effondre rapidement. Après l’Euro, on s’est totalement dit qu’on a fait des mauvais choix humains, automatiquement. On a perdu en quarts de finale contre les champions d’Europe et du monde, on a découvert des caractères. Vous savez, quand on vit trois semaines-un mois au quotidien, c’est là qu’on cerne le caractère des joueurs, et pas sur trois jours. Il faut choisir, et dans les choix, on reconnait des erreurs ».

Mais la gestion compliquée des jeunes ne s’arrête pas au groupe France. Dans un monde du football où un espoir de 20 ans est déjà considéré comme une star, difficile de faire passer les messages élémentaires : « Gérer les jeunes, c’est toujours compliqué. C’est un milieu difficile, à 20 ans on est déjà une star qui gagne beaucoup d’argent. Mais le problème, c’est qu’on les prend pour des dieux alors qu’ils n’ont rien gagné. Ils sont reconnus médiatiquement, et s’ils ne sont pas bien entourés, la tête gonfle un peu. Le football, c’est un état d’esprit, et il faut être collectif. Or, aujourd’hui, le regard est porté sur l’individualité. On a gagné à cause de lui, ou perdu à cause de lui. Or, le foot est collectif. Nous, en 98, on était tous unis les uns pour les autres, et ça a été notre force, avec quelques talents hors du commun comme le maestro Zidane qui jouait pour l’équipe ».

Un avis partagé par Lilian Thuram, lui dont le fils Marcus a rejoint cet été le centre de formation de Sochaux : « Marcus a 15 ans. Je suis inquiet, comme tous les parents qui s’inquiètent de l’avenir de leurs enfants. Depuis tout petit, il voulait jouer au foot. Je lui disais non, mais j’ai fini par le mettre dans un club. Il devait faire la sélection pour entrer à Clairefontaine, il a été pris, j’ai été piégé (rires). Il faut qu’il vive sa passion, je ne veux pas qu’il ait de regrets. Il est en centre de formation, on va le comparer à moi, mais il doit faire son chemin. Très peu de joueurs deviennent professionnels, il le sait. Je discute avec lui, je lui montre la voie la plus intelligente à suivre, j’espère qu’il va le faire, qu’il va grandir et devenir un adulte responsable. S’il ne le fait pas, ce sera quelques petites gifles (rires). Je ne veux pas faire de pub pour le centre de formation de Sochaux, mais on a choisi ce centre en connaissance de cause ».

En bon père, l’ancien défenseur a un œil avisé sur la question des jeunes dans le monde du football : « Les mentalités des jeunes joueurs sont à l’image des mentalités des jeunes dans toute la société française. Aujourd’hui, les jeunes veulent tout, tout de suite. Or, il faut leur faire comprendre qu’il faut être à la disposition de l’autre, et pas l’inverse. Pour être un grand joueur, il faut se donner à l’autre, à l’équipe. Sincèrement, il faut réfléchir à ça, sans stigmatiser les jeunes. Il faut voir quel est le message qu’on leur donne, car ces jeunes oublient les enfants qu’ils étaient, cette flamme qu’ils avaient. Ils pensent maintenant que l’argent est le plus important. Mais comment les blâmer ? C’est dans toute la société que l’argent est devenu le plus important ».

Mais pas question pour autant de verser dans le pessimisme complet, Thuram étant confiant quant à la capacité de Didier Deschamps à rectifier le tir, citant également en exemple Blaise Matuidi : « Ce que j’ai noté contre l’Espagne, c’est le comportement des joueurs. Avec cet état d’esprit, même la défaite aurait été acceptable. Matuidi transmet énormément à ses coéquipiers, il se donne aux autres. Le but qu’il a marqué dimanche est extraordinaire. Du milieu, il se projette vers l’avant, c’est ça qui est important. Quand les joueurs comprendront que l’équipe de France est plus importante que leur petite personne, alors on aura gagné. Car il faut le dire, en se comportant ainsi, ils ont tout à gagner. Et j’en suis sûr, Didier Deschamps saura faire passer le message. Le comportement est fondamental ». Un message trop souvent mis de côté.

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