L’Emirates Cup a été riche en enseignements pour Arsenal. Si le club londonien s’est baladé face à l’OL (6-0), Arsène Wenger a pu profiter des deux matches prévus ce weekend pour tenter quelques coups. C’est typiquement le cas avec Jeff Reine-Adelaïde. La pépite tricolore, arrivée avec Yacine Fortune il y a quelques semaines en provenance de Lens moyennant un chèque de 5 M€, a éclaboussé de son talent le tournoi, réalisant quelques râteaux et autres gestes techniques devant les défenseurs lyonnais, mais également face à Kevin De Bruyne lors du match face à Wolfsbourg (1-0), où Arsène Wenger l’avait aligné d’entrée. Une rencontre durant laquelle il a d’ailleurs délivré une magnifique passe décisive sur le but de Théo Walcott.

Le technicien alsacien des Gunners, qui a vu de nombreux jeunes talents exploser sous ses ordres depuis plus de trente ans, n’a pas tari d’éloges devant l’international français U17, indiquant par ailleurs qu’il était hors de question de le laisser filer. « Il va certainement rester ici. Il a 17 ans et semble très prometteur, mais il a besoin de travailler avec nous dès maintenant avec l’équipe première et avec les U21 pour se développer. Il a un potentiel fantastique. Je ne sais pas s’il apparaîtra souvent avec les pros. Mais pour moi, ce fut une bonne occasion pour le voir aujourd’hui. Dans certaines situations, bien sûr, il a encore l’insouciance de ses 17 ans, mais d’autre part, il a montré un grand potentiel. Il a l’air très avancé physiquement et je suis sûr qu’il a beaucoup appris de ces 2 jours. »

Le RC Lens avait soufflé le joueur à Rennes et au PSG en 2010 !

Mais qui est cette pépite tricolore pour le moins méconnue, mais pour qui Arsenal a décidé de miser gros ? Reda Hammache, responsable du recrutement de la formation au RC Lens, est celui qui est parti le chercher en région parisienne il y a cinq ans à Torcy... au nez à la barbe de Rennes et du PSG. « Jeff jouait à l’US Torcy. Je travaillais pour le Stade Rennais lorsque je l’ai découvert lors de la saison 2008-09. Deux, trois personnes de mon réseau m’ont informé de l’existence de Jeff. Voyant que son nom revenait avec insistance, je me suis déplacé sur un match début 2009 à Créteil en match de Critérium Benjamin. Il était surclassé avec les 97. J’ai rencontré la famille au stade ce jour-là et on n’a jamais perdu le contact. Durant l’été 2009, je suis passé de Rennes à Lens et dès mon arrivée, j’ai avancé sur ce dossier que j’estimais comme prioritaire. J’ai donc demandé à mon responsable de l’époque (ndlr : Marc Westerloppe, aujourd’hui au PSG) de venir le voir. Il a rapidement apprécié le joueur et derrière on a enclenché des discussions avec la famille. Il a passé 3 jours à la Gaillette en novembre 2009. L’occasion de confirmer toutes ses bonnes prédispositions. Durant plusieurs mois, un long travail de séduction a été effectué pour convaincre le joueur et la famille de rallier Lens. Il y avait d’autres clubs sur lui, dont plusieurs étrangers. Mais les clubs les plus insistants étaient Rennes et le PSG. Ce n’est que pendant l’été 2010 que la décision a été prise au sein de la famille de faire le choix du RC Lens. Et Jeff est arrivé à la rentrée 2010 », explique le recruteur lensois. Selon nos informations, Arsenal était déjà sur le coup à l’époque mais n’avait pas été plus loin qu’au stade de l’intérêt.

À Lens, Jeff Reine Adélaïde ne va pas regretter son choix et va rapidement franchir tous les paliers, jusqu’à intégrer le groupe pro en fin de saison dernière. Une progression constante et linéaire pour Reda Hammache qui avait tout de suite senti que le natif de Champigny-sur-Marne avait quelque chose en plus que les autres. « Dès qu’il est arrivé à Lens, on a tout de suite senti qu’il avait quelque chose en plus. Mais on a attendu très longtemps avant de le mettre avec les catégories supérieures. On ne voulait pas le cramer et l’adaptation à cet âge est primordiale. Il a toujours progressé d’année en année. Ce qui lui a toujours permis de garder un temps d’avance sur les autres. Mais c’est vrai que la saison dernière a vraiment été sa saison. Au départ en U17, il a très rapidement intégré en tant que titulaire les U19 avant d’enchaîner sur la CFA, de disputer des entraînements avec les pros et de faire un banc de touche en L1 face à Metz. »

Un joueur aux qualités énormes et à la tête bien faite

Évidemment, il n’est pas étonné par les dispositions déjà affichées par la promesse tricolore. « Je ne suis pas surpris par l’engouement qu’il suscite. C’est un garçon qui est pétri de qualités. Mais c’est quelqu’un qui a la tête bien faite, qui est très intelligent et qui est bien éduqué et très équilibré. Dans le foot, quand on a le talent et que la tête suit, souvent ça se passe bien derrière. » Avant d’ajouter : « ça a toujours été un joueur mature par le fait d’avoir été surclassé. Maintenant, c’est un joueur qui, de par ses qualités, est capable de faire basculer un match. C’est le type de joueur qui est capable de faire la différence quand l’équipe va bien, mais aussi quand elle va mal. À Lens, ses coéquipiers étaient en confiance quand Jeff était sur le terrain. Il a des qualités techniques indéniables au-dessus de la moyenne. Il a une excellente première prise de balle, c’est un joueur qui a beaucoup de variétés dans son jeu, qui est capable de faire beaucoup de choses. »

En 48 heures, Jeff Reine-Adelaïde s’est fait un nom de l’autre côté de la Manche et affole déjà les réseaux sociaux. Reste désormais à savoir comment Arsène Wenger compte polir ce diamant brut. À la vue de son expérience, le grand espoir tricolore est entre de bonnes mains.