Un visage de bambin, un appareil dentaire, un physique frêle. Jorginho n’a pas l’allure du footballeur qui marque. Pour tout dire, lors de sa présentation officielle en tant que joueur du Napoli, le jeune milieu de 22 ans était presqu’éclipsé par le maillot psychédélique qu’il portait. À tort, et c’est rien de le dire : Jorginho est tout bonnement un crack en devenir. Le fait que des clubs comme la Juventus, Manchester United, Arsenal, Zenit, Dinamo Kiev, Shakhtar Donetsk ou encore Milan aient à un moment posé le regard sur lui ne laisse guère de place au doute à ce sujet.

Natif d’Imbituba, Jorge Luiz Frello Filho a rejoint l’Italie à l’âge de 15 ans, pour y intégrer rapidement le centre de formation de l’Hellas Vérone. Un court passage avec la Primavera de Sassuolo puis le modeste Sambonifacese, et il débutait en Serie B avec les Gialloblù. 32 présences sur la saison 2011/2012, 41 sur la suivante, où il s’imposa comme l’un des éléments clés de l’effectif de Mandorlini pour la montée dans l’élite italienne. Les projecteurs et le regard des scouts dès lors braqués sur lui, le talent italo-brésilien n’avait pas tremblé sur la première partie de saison, s’offrant 7 réalisations en 18 rencontres. Le passeport pour Naples, avec l’étiquette de recrue phare de l’hiver napolitain.

N’en déplaise aux observateurs, Jorginho n’a aucunement de quoi être considéré comme un simple « plan B mercato », après les échecs Nainggolan et Gonalons. En plus de son jeune âge qui laisse présager un potentiel intéressant, il est ce qu’on appelle une rareté, car appartenant à une race particulière, en voie d’extinction : celle du regista, ce numéro 6 technique placé devant la défense pour orienter le jeu de son équipe. Un Andrea Pirlo, en somme. C’est d’ailleurs le nom que Jorginho citait lui-même à l’heure de définir sa situation préférentielle sur la pelouse. « J’ai toujours admiré des grands joueurs comme Xavi et Pirlo. J’ai grandi en apprenant à jouer tous les rôles au milieu de terrain, mais en général je préfère jouer dans une position centrale, pour avoir le ballon et guider l’équipe. »

Relativement complet, lui qui peut tout aussi bien jouer en mezz’ala - joueur de côté dans un milieu à trois - ou numéro 10, Jorginho se sent donc mieux en playmaker reculé. Poste qu’il n’occupera pas sur le papier du côté de Naples, du fait de l’immuable de 4-2-3-1 de Benitez. Sur le papier du moins, car dans la pratique, Jorginho en a endossé le rôle lors de sa première titularisation, face à la Lazio en Coupe d’Italie. Le titre de "Man of the match" au terme des 90 minutes, le milieu de terrain apparaît déjà indispensable aux Partenopei. Le statut d’oriundo (terme italien utilisé pour qualifier les joueurs naturalisés) l’accompagnant, lui qui a répondu favorablement à une convocation chez les Espoirs italiens, Jorginho est également un futur postulant à la Nazionale, d’autant plus alors que la succession de Pirlo à la suite du Mondial est déjà matière à débats. Le temps joue pour lui, mais Jorge Luiz Frello Filho, avec son passage au Napoli, pourrait bien s’offrir un sacré tremplin. Et en surprendre certains.