Que devient Arnold Mvuemba ?

Visage familier des terrains de Ligue 1, le milieu de terrain Arnold Mvuemba a partagé sa carrière entre le FC Lorient (6 saisons) et l'Olympique Lyonnais (4 saisons). Après un passage au Qatar du côté d'Umm Salal, il porte depuis novembre le maillot de Roulers en deuxième division belge. Pour Foot Mercato, le joueur de 35 ans est revenu sur son parcours récent avec son nouveau projet dans le plat pays, son passage compliqué au Qatar, sans oublier ses belles années avec les Merlus et les Gones.

Arnold Mvuemba sous le maillot du FC Lorient
Arnold Mvuemba sous le maillot du FC Lorient ©Maxppp

Foot Mercato : vous étiez un peu sorti des radars depuis votre départ de l'OL, comment ça s'est passé depuis 4 ans ?

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Arnold Mvuemba : à la fin de mon contrat à l'OL, j'ai signé deux ans avec le FC Lorient. C'était lors de la saison 2016/2017, mais on descend en Ligue 2 après avoir disputé le barrage contre Troyes. Il y a eu ensuite la saison en Ligue 2 avec Lorient, où je n'ai pas joué avec Mickaël Landreau comme entraîneur. J'ai ensuite signé en toute fin de mercato au Qatar, à Umm Salal, mais ça ne s'est pas passé comme je l'aurais souhaité. Après trois mois passés au club, j'ai résilié mon contrat. Je suis revenu en France en novembre, je m'entraînais avec un préparateur physique du côté d'Alençon. Je me suis préparé jusqu'à ce que Mickaël Silvestre me contacte pour un projet en Belgique à Roulers (D2).

FM : vous êtes arrivé en novembre et vous avez enchaîné douze titularisations. Est-ce que vous vous attendiez à jouer autant ?

AM : oui bien sûr, parce que je me connais déjà et comme je l'expliquais je ne suis pas resté sans rien faire. Certes, je n'avais pas de club, mais j'avais un programme bien défini. J'emmenais mes enfants à l'école, pendant qu'ils étaient à l'école, je m'entraînais et ensuite je les récupérais et je passais du temps avec eux. J'ai pu passer beaucoup de temps avec mes enfants, ma femme et ma famille. Surtout, après le coup de massue de la résiliation de contrat au Qatar, je n’ai jamais lâché. Je me suis tout le temps entraîné, je me donnais un voire deux jours de repos par semaine, mais pas plus. Je m'entraînais tout le temps, je n'avais pas pris de poids. Après, c'est sûr qu'une séance individuelle ne remplacera jamais une séance collective, mais voilà je me préparais bien et je me tenais prêt jusqu'à ce qu'un club arrive. Je ne suis pas surpris d'avoir pu enchaîner.

FM : est-ce que vous avez eu des moments de doutes lors de votre période sans club ?

AM : non je n'ai pas eu de moment de doute. Il y a des questions qui se posent bien sûr. Tu te dis, tu as 33, 34 ans, tu n'as pas trop de coups de fil, mais en aucun cas ce n’était des doutes. C'est pour ça que je n'ai pas lâché. Je ne cherche pas à inventer quoi que ce soit. La confiance vis-à-vis de moi-même je l'ai toujours eu et je suis content aujourd'hui.

FM : le projet en Belgique est rassurant après une expérience compliquée au Qatar ?

AM : oui totalement, vu ce qu'il m'est arrivé au Qatar, il fallait trouver un projet beaucoup plus fiable et c'est ce que j'ai trouvé en Belgique. J'ai discuté longuement avec Mickaël Silvestre. Je suis venu, j'ai vu les installations du club et ça m'a plu.

FM : le club pourrait jouer la montée en Jupiler League prochainement ?

AM : oui, après c'est une saison particulière, car je suis arrivé tard, en novembre. Il y a eu énormément de joueurs qui sont arrivés cette saison. La majorité des joueurs qui jouaient quand je suis venu étaient pratiquement arrivés fin août et déjà une dizaine de journées avaient eu lieu. Il y avait beaucoup de jeunes dans l'équipe et les résultats n'étaient pas forcément là, avec pas mal de défaites. Pas de préparation tous ensemble, du coup il faut batailler. Deux trois semaines avant que j'arrive, l'équipe commençait à aller mieux. On n'a pas vraiment eu les résultats escomptés et cette saison c'était surtout le maintien à assurer. Ce n'est pas encore assuré, on devait jouer les play-down mais avec ce qu'il se passe, le coronavirus, tout est arrêté. Avant que j'arrive, l'objectif était de toute façon le maintien pour cette saison. Donner un coup de main à l'équipe et après, si le maintien est acquis, avoir d'autres perspectives pour la saison prochaine.

FM : vous avez fait trois passes décisives en 12 matches. Avoir ce genre de statistiques, ça fait du bien ?

AM : c'est clair, ça fait toujours plaisir d'être décisif. Après, pour ceux qui me connaissent, ce n'est pas important pour moi de me mettre en avant. Le plus important, c'était de retrouver les terrains, les plaisirs du quotidien avec les coéquipiers et retrouver la compétition. D'être décisif, ça fait toujours plaisir, c'est un plus. Il y a beaucoup de jeunes dans l'effectif et ça me fait plaisir de les faire marquer. C'était surtout de retrouver la compétition qui était important.

FM : le fait d'être "un ancien", ça change votre façon de vous intégrer dans un club, de prendre place dans un groupe ? Vous êtes plus dans l'échange ?

AM : j'ai 35 ans, mais en toute franchise je n'ai pas l'impression de les avoir. L'intégration s'est faite facilement, car je ne suis pas quelqu'un de difficile. Il y a un super groupe. Certes, il y a énormément de jeunes, mais j'ai été bien accueilli. De part ma carrière et mon vécu, les conseils arrivent naturellement. Après, ce n'est pas moi qui vais vers les jeunes pour leur dire "fais ci, fais ça", mais par contre je suis ouvert. N'importe quel joueur peut venir vers moi sans aucun problème. Si je vois quelque chose qui me chagrine un peu ou un jeune sur le mauvais chemin, je vais le prendre à part pour le conseiller, mais ça vient naturellement. Aujourd'hui, les jeunes sont demandeurs et aiment bien savoir comment bien faire les choses. Il y a beaucoup de questionnement en ce sens. Je sais comment ont été les anciens avec moi quand je suis entré dans le monde professionnel, c'est hors de question de jouer les gros bras si jamais quelqu'un vient vers moi. Il y a un échange qui se fait et si de par mon vécu je peux donner des conseils ça me fait plaisir.

FM : pouvez-vous revenir sur votre mauvaise expérience au Qatar ? Le problème était avant tout sportif ou financier ?

AM : c'est au niveau sportif. Je suis arrivé un mercredi, ils ont tout de suite voulu me faire jouer. L'entraîneur c'était Laurent Banide. J'avais fait ma préparation l'été, mais en étant tout seul, le coach m'a finalement dit non, car je risquais de me blesser. J'ai débuté sur le banc, l'équipe a gagné alors que ça faisait un moment qu'elle ne gagnait pas. La semaine qui a suivi, je suis rentré à la pause et on gagnait. On fait trois victoires d'affilée pour mes débuts et tout se passe bien. Les dirigeants sont contents. La trêve internationale arrive et après on enchaîne des mauvais résultats avec des matches nuls et des défaites et là, le visage des dirigeants change. Ils sont mécontents et pour ceux qui connaissent le Qatar, quand les résultats ne nous sont pas favorables, c'est sur les joueurs considérés comme "professionnels" qu'on tape un peu. C'est leur manière de fonctionner.

FM : et vous l'avez appris à vos dépens ?

AM : je découvrais. Un jour, un jeudi il me semble, ils m'appellent dans les bureaux. Ils m'expliquent qu'ils vont résilier mon contrat parce que je suis milieu de terrain et qu'ils ont besoin d'un joueur offensif. Ils ont alors résilié mon contrat sans raison particulière. Il n'y a pas eu de problème de mon côté. Tout ce qui est finance, il n'y a pas eu de soucis pour le coup. Les membres de ma famille avaient un peu peur, mais non ça a été. J'avais mes enfants et ma femme qui étaient avec moi et ils appréciaient le Qatar donc c'est dommage que ça se soit fini de cette manière, mais c'est le football et leur fonctionnement. Ils sont comme ça et il faut faire avec.

FM : le football qatari, c'est l'exemple du capitalisme exacerbé où le joueur n'est plus qu'un chiffre et l'aspect humain est secondaire ?

AM : c'est un peu ça... Je suis beaucoup sur l'affectif, sur l'humain. J'ai une approche assez particulière en ce sens et là-bas tu ne le retrouves pas trop. S’il y a les résultats, ils seront contents, s'ils ne sont pas là, ils ne seront pas contents. Après personne n'est content quand il y a des mauvais résultats, mais le rapport humain est important. Quand tu changes ton rapport humain à cause de mauvais résultats, c'est là que je trouve que c'est dommage.

FM : ils ont sûrement de trop grosses attentes des joueurs qui viennent de l'étranger ?

AM : oui, très certainement. Pour vous dire, ils voulaient tout de suite que je joue. Le football, ce n'est pas deux ou trois joueurs. Il y a les onze qui commencent et le banc de touche. C'est tout un groupe qui fonctionne. Tu as le droit à quatre étrangers, sauf si les règles ont changé depuis, donc oui ils misent beaucoup sur les quatre étrangers, mais ça ne fait pas tout. Les quatre étrangers ont une lourde charge et c'est ça qui est dommage.

FM : votre famille avait-elle mis un frein avant votre départ pour le Qatar ?

AM : non, pas du tout. Après, un peu comme tout le monde, on entend des histoires à gauche et à droite, mais ça ne nous concerne pas spécialement. Chaque joueur à son expérience. Des histoires, oui j'en entendu, mais ça ne m'a pas fait particulièrement peur. Après, si l'opportunité s'était présentée il y a 7 ou 8 ans avant, je n'y serait pas allé. Ça m'a permis de découvrir un autre football, une autre culture et je ne regrette pas. Par contre c'est dommage que ça se soit fini comme ça.

FM : la vie au Qatar, c'est quelque chose de singulier ?

AM : c'est très calme, par contre il y a beaucoup d'activités, de choses pour les enfants. Mes enfants ont pu se régaler. C'est un endroit paisible. Il faut s'habituer à la chaleur. C'est un mode de vie différent, mais je m'y suis plu avec ma femme. C'était important d'être avec mes enfants de 5 ans et 6 ans, d'être avec eux au quotidien. Changer de pays ce n'était pas la première fois pour moi, mais c'est important de pouvoir bouger avec ma famille.

FM : au moment de signer au Qatar, aviez-vous d'autres offres ?

AM : non, j'étais en discussions avec Amiens, car il y avait la fin du mercato et Zungu venait de se blesser. Il s'était fait les ligaments croisés. J'étais en discussions avec eux, mais je n'avais pas d'offre concrète juste des discussions bien avancées.

FM : vous vous attendiez à ce que votre retour à Lorient se passe mieux ?

AM : j'avais fait trois ans pleins avant de signer à Lyon. Chaque année on débutait avec l'objectif de jouer le maintien et à chaque fois ou presque on était en première partie de tableau. C'est vrai que tu t'attends toujours à vivre une meilleure saison que celle que tu vis. Quand j'arrive, ils étaient déjà à quatre matches sans victoire. Je suis arrivé fin août, en toute fin de mercato. Ce n'était que le début de saison, mais le championnat avait mal débuté. Ça reste un pincement au coeur qu'on soit descendu, car ce club est particulier pour moi. C'est ce club qui m'a vraiment révélé et avec qui j'ai explosé en Ligue 1. On avait en plus un bon effectif. On avait les moyens pour s'en sortir. Quand de temps en temps j'y réfléchit, je me dis mince il nous manquait pas grand-chose. On revenait de loin. Quelque temps avant la fin de saison, on bat Nancy alors qu'on perdait 2-0 ensuite on va gagner à Lyon 4-1. Quand on réfléchit, ça fait un pincement.

FM : la deuxième année, vous ne jouez pas. On imagine que c'est difficile ...

AM : c'était frustrant, car quand tu n'as pas de temps de jeu ça frustre. Si ce n'est pas le cas, c'est que tu n'es pas fait pour le milieu du football. Mais oui avec l'objectif qu'il y avait, il y avait matière à remonter immédiatement.

FM : actuellement ça se passe mieux en revanche pour Lorient qui joue pleinement la montée ... Vous suivez toujours le club ?

AM : oui, ça m'arrive parfois quand il passe à la télévision. Souvent le samedi après-midi quand le club joue à ce créneau. Je regarde. Ils font le boulot, mais c'est particulier la Ligue 2. Il n'y a pas une équipe qui s'est détachée. Ils avaient creusé un petit trou il y a quelques semaines, mais avec leur enchaînement de mauvais résultats ça a recollé derrière. J'espère qu'ils vont remonter.

FM : vous avez passé quatre saisons à Lyon, quel est votre meilleur souvenir ?

AM : sans hésitation, la saison 2013/2014 où l'on joue la finale de la Coupe de la Ligue avec aussi l'épopée en Europa League (quart de finale contre la Juventus, ndlr). Pour le parcours, qui est enrichissant, pour nous, le club, les joueurs. On a vécu quelque chose de bien ensemble. C'est ça qui m'a le plus marqué.

FM : il y a un groupe qui s'est créé et des jeunes qui ont explosé un peu plus avec la seconde place l'année suivante ...

AM : oui, c'est ça, Umtiti s'était révélé avant, mais il a pris en importance. L'équipe termine deuxième et ça a permis à ces jeunes de grandir. Même si Lacazette et Samuel avaient déjà évolué à ce niveau auparavant, ils ont bien grandi. Notamment Nabil Fekir. C'est bien, de vrais bons souvenirs. Parfois on en parle entre nous.

FM : avez-vous mal vécu le fait d'être de moins en moins utilisé sur la fin ?

AM : c'est surtout les six derniers mois. J'étais out, je ne faisais plus partie des feuilles de matches. C'était une grosse frustration. Toute ma carrière j'ai eu des objectifs à l'entraînement ou en match et je les ai toujours respectés, car je suis comme ça. Mais le problème c'est que je savais que je n'étais pas dans le groupe, peu importe ce que je faisais.C'est ça qui frustre le plus. Même en ayant des objectifs tu sais que tu n'auras pas de temps de jeu le week-end. C'est un combat pour toi même pour la suite de ta carrière. Soit tu continues, tu bosses sans foutre le bordel - de toute façon je ne suis pas du genre à mettre le bordel - soit tu lâches, tu t'entraînes à reculons et tu ne prépares l'avenir. Je préfère largement la première option et c'est celle pour laquelle j'ai opté.

FM : ce credo de toujours, tout donner, vous caractérise bien ?

AM : c'est totalement ça et ce n'est pas que les cinq dernières années, mais c'est toute ma carrière. Une de mes forces c'est que je suis un bosseur et que je ne lâche rien, quel que soit l'obstacle. Je n’ai peur de rien en quelque sorte et rien ne va m'arrêter.

FM : que pensez-vous faire après votre carrière ?

AM : je n’ai pas encore d'idée arrêtée sur ce que je compte faire. Donc étant donné que je me pose beaucoup la question actuellement, et que je me la suis beaucoup posée lors de ma période sans club, et que je n'ai pas encore trouvé, je vais dire la santé avant tout. Continuer à voir grandir mes enfants. Après ce que je vais faire, je ne sais pas encore. Je ne suis pas du tout en fin de carrière, ça c'est sûr.

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