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Carlos Aranda, la pépite qui a préféré le crime plutôt qu’une carrière au Real Madrid

Au début des années 2000, un certain Carlos Aranda prenait ses marques dans les équipes de jeunes du Real Madrid, étant considéré comme un des plus gros espoirs de La Fabrica. Mais la suite de sa carrière a été bien plus sombre…

Par Max Franco Sanchez
6 min.
Carlos Aranda @Maxppp

La fin des années 90 et le début des années 2000 ont marqué l’histoire du Real Madrid, et ont représenté un véritable tournant pour celui qui est considéré unanimement comme le plus grand club du monde. Avec la prise de pouvoir de Florentino Pérez, le recrutement des Galactiques puis les fameux "Zidanes y Pavones" (la cohabitation entre stars et jeunes du crû), cette période inspire beaucoup de nostalgie chez les supporters merengues, même si tout n’a pas forcément été brillant et glorieux. Des joueurs de légende comme Iker Casillas, Raul, Roberto Carlos ou Zinedine Zidane ont laissé leur empreinte dans l’histoire du club, et un autre nom bien moins connu du grand public aurait pu figurer aux côtés de ce beau monde : celui de Carlos Aranda. Jeune attaquant particulièrement prometteur, il n’a cependant pas pu - ou pas voulu - suivre le chemin des Raul ou des Fernando Morientes…

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On dit souvent que les hommes sont des produits de leur environnement, et Carlos Aranda en est peut-être le meilleur exemple. Né en 1980 à El Palo, un quartier plutôt sensible de Malaga dans le sud de l’Espagne, il n’a pas vraiment eu une enfance de rêve. Son père l’a abandonné très tôt et sa mère était accro à la drogue, et elle est décédée quand il n’avait que 9 ans. Le jeune Carlos s’est donc installé chez ses grands-parents, pas forcément bien lotis, et très vite, il a dû travailler pour les aider, travaillant dans la pêche du poulpe notamment. Dans le même temps, il jouait au football dans les équipes locales, et savait que son talent pouvait éventuellement sortir sa famille de la galère un jour. Malheureusement, à cet âge-là, taper dans un ballon ne remplissait pas le frigo et à 15 ans, il était déjà connu des services de police pour délits en tout genre, ayant par exemple été pris la main dans le sac en train de voler une moto. Il faut dire que son entourage n’aidait pas et beaucoup de ses proches étaient déjà impliqués dans des trafics en tout genre…

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Le talent, mais pas le comportement

Il continue d’enquiller les buts et se fait repérer par un certain Vicente del Bosque, alors responsable du centre de formation du Real Madrid. À 17 ans, il quitte donc l’Andalousie pour rejoindre la capitale. L’occasion de s’éloigner des mauvaises fréquentations et de se concentrer pleinement sur le football. Oui, mais voilà, à Madrid, Aranda continue de faire des siennes. S’il est très performant sur le terrain, le côté académique ne l’intéresse pas du tout et le club doit lui mettre un éducateur sur le dos pour s’assurer qu’il fasse le minimum syndical en cours. Certaines sources affirment qu’il allait à l’entraînement en Audi TT, alors qu’il était mineur et n’avait pas de permis… Légende urbaine ou non, force est de constater que son comportement était problématique, mais comme il était bon sur le rectangle vert, on lui pardonnait certaines choses. Pendant ce temps, certains de ses proches restés à Malaga enchaînaient les entrées et les sorties de prison.

Les buts continuaient de tomber, et forcément, il s’est vite rapproché de l’équipe première. Ce n’était pas un joueur spécialement doué techniquement, mais son physique assez imposant et son caractère trempé, couplés à son sens du but, lui permettaient de malmener les défenses adverses et d’offrir de précieux points à son équipe. En 1999, alors qu’il n’a que 19 ans, il débute face à Molde en entrant en jeu en Ligue des Champions en poules. Derrière, même s’il reste performant avec l’équipe B, il attend presque deux ans avant de rejouer avec les A, dans un nouveau match de Ligue des Champions, face au Lokomotiv Moscou. Pour l’anecdote, le Real Madrid remporte la Ligue des Champions ces deux saisons-là. Deux seuls matchs joués avec les Merengues - son attitude n’a pas incité la direction à le conserver - et il a été prié de se trouver un nouveau club. Mais nul doute que si son comportement avait été adéquat, il aurait eu bien plus d’opportunités.

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Une carrière honnête… mais la rue l’a rattrapé

Une carrière honnête… mais la rue l’a rattrapé

La suite de sa carrière est d’ailleurs assez honnête sur le papier, puisqu’il a évolué dans bon nombre de clubs comme Villarreal, Numancia ou Murcia, disputant plus de 300 matchs entre première et deuxième division espagnole, inscrivant une soixantaine de buts au total. Mais là aussi, son attitude et ses liens toujours obscurs avec le monde du crime refroidissaient très vite les clubs qui l’accueillaient, et ce n’est pas un hasard s’il détient le record de joueur qui a joué dans plus d’équipes de Liga différentes (8 au total). En 2003, il est par exemple impliqué dans une saisie de plusieurs kilos de cocaïne et d’armes notamment. En 2007, plusieurs membres du clan Aranda tombent après confiscation de kilos de cocaïne et accusations de blanchiment d’argent. D’abord arrêté, il s’en est sorti. En 2010, quand il jouait à Osasuna, en fin de carrière, il a même marqué au Bernabeu. Et il a célébré en simulant être menotté, demandant la libération de prison d’un de ses proches. Une célébration assez peu courante dans le foot, du moins à ce niveau. C’est surtout après la fin de sa carrière en 2015 que les dossiers les plus sombres à son sujet ont commencé à sortir. En 2019, le plus gros scandale le concernant éclate et on apprend encore plein de sales histoires.

Il est ainsi accusé d’avoir participé au truquage de plusieurs matchs de deuxième division datant de 2018, et a ensuite été condamné. Il contactait ainsi des joueurs pour les inciter à truquer les rencontres. Pendant sa carrière, il a, avec son clan, participé au truquage de plein de matchs de catégories inférieures, D3 et D4 principalement. Il utilisait son réseau pour truquer les matchs tout en faisant de grosses mises, et ainsi s’en mettre plein les poches. De l’argent illicite obtenu via la vente de drogue qui était blanchi via les paris. Pour l’anecdote, à El Palo, sa ville de naissance, il y a un club généralement très fort, à son niveau, en D4. Tous les ans, le club luttait pour la montée… Sauf l’année où Aranda a travaillé avec la direction. Le hasard ? Coïncidence ? Visiblement, non… Il était aussi à la tête d’un groupe qui cherchait, puis arrangeait, des voitures pour distribuer le produit un peu partout dans le pays. En 2021, il est encore arrêté, cette fois dans une affaire de trafic de marihuana. Un joli CV donc pour celui qui aurait pu, s’il avait fait de meilleurs choix et s’il avait grandi dans un autre cadre, réaliser de très grandes choses avec le Real Madrid, ou ailleurs…

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