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Jaydee Canvot : «pour certains, aller à Palace était illogique, mais je le voulais»

Parti tenter le grand saut en Premier League l’été dernier après seulement 18 matchs de Ligue 1 avec Toulouse, Jaydee Canvot s’affirme aujourd’hui comme l’une des révélations de Crystal Palace. L’international espoir français s’est livré au micro de Foot Mercato sur sa réussite et ses ambitions pour la suite.

Par Jordan Pardon
14 min.
Canvot @Maxppp

Après Manu Koné, Amine Adli, Fares Chaïbi, Christian Mawissa ou Nathan Ngoumou, le TFC a vu un autre pitchoun s’envoler en la personne de Jaydee Canvot. Le défenseur de 19 ans a rejoint Crystal Palace l’été dernier contre 23 millions d’euros et s’affirme de plus en plus depuis le départ de Marc Guehi à Manchester City. Avant son 1/8e de finale aller de Ligue Europa Conférence face à Larnaca (Chypre) ce jeudi, l’international espoir tricolore s’est arrêté au micro de Foot Mercato.

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Foot Mercato : tu avais récemment justifié ton choix de rejoindre Crystal Palace en déclarant : ”je voulais juste partir dans une équipe où je me sens bien”. Comment as-tu su que Crystal Palace allait être LE club où tu allais "bien te sentir" ? Quel a été le projet qu’on t’a présenté concrètement ?

Jaydee Canvot : le projet qui m’a été présenté était très simple : "tu vas jouer dès la première saison". On m’a dit que j’allais avoir du temps de jeu, et puis on parle quand même d’un club qui a fait sortir des Olise, Eze, et d’autres jeunes ces dernières années. Forcément, ça m’a attiré. J’ai aussi parlé avec le coach Glasner : un top entraîneur. Il avait fait de très bonnes choses avec ses clubs précédents, et notamment à Francfort avec qui il avait remporté la Ligue Europa (en 2022). Pour moi, tous les voyants étaient au vert.

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«Le prix de mon transfert ? Je n’y pense pas quand je dors»

FM : tu es devenu la deuxième plus grosse vente de l’histoire du TFC derrière Issa Diop (25 M€ à West Ham en 2018) l’été dernier. En as-tu eu marre que l’on te rabâche constamment le prix de ton transfert (23 M€) ?

JC : non franchement, ça m’est égal. Je n’ai pas pensé à ça. Je fais mon boulot sur le terrain, le financier, l’administratif, ce n’est pas moi qui gère. Oui, ce transfert représente beaucoup d’argent, mais c’est juste le football d’aujourd’hui en fait… tout va plus vite. Mais je n’y pense pas quand je dors.

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FM : tu es resté sur le banc lors des 6 premiers matchs de Premier League cette saison. Y a-t-il des détails qui ont retenu ton attention en regardant des matchs du championnat le plus compétitif du monde, d’aussi près ?

JC : c’est la Premier League, c’est le meilleur championnat du monde. Forcément, il fallait prendre un peu de temps, mais on m’a super bien accompagné. Puis petit à petit, le coach a fait ses choix. Au départ, l’équipe tournait bien, donc pas de cadeau. J’ai travaillé et j’ai connu mes premières minutes. Je voulais vivre ces moments-là.

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FM : qu’est-ce que ces matchs vécus depuis le banc t’ont apporté pour être prêt le jour où tu allais débuter ?

JC : j’ai scruté les joueurs qui étaient à mon poste de défenseur central, je regardais aussi les joueurs d’en face, j’analysais leurs mouvements, et j’ai aussi remarqué à quel point tu devais être concentré de la première à la dernière minute. Puis l’intensité d’un match de Premier League… je pense que c’est surtout ça qui m’a marqué.

FM : qu’est-ce qui a le plus changé dans ton quotidien, dans tes éléments de routine en passant de Toulouse à Londres ?

JC : plein de choses ont changé pour moi étant donné qu’à Toulouse, j’étais dans mon club formateur, dans mon cocon, j’avais mes amis. Je suis passé de Toulouse, où je logeais au centre (même lorsqu’il évoluait en L1 avec le TFC, Canvot avait gardé sa chambre au centre de formation), à prendre un appartement seul à Londres parce que j’aime bien la solitude. Mais sinon, rien n’a tellement changé dans ma personnalité. Je ne sors pas trop, je reste très casanier et ma famille vient assez souvent. Le reste du temps, je suis au club, je fais de la vidéo, je me perfectionne, puis quand j’ai un peu de temps libre, je joue à FC 26 ou à Call Of à la maison.

FM : tu intègres le centre de formation de Toulouse en 2021 avec, bien sûr, l’ambition de devenir pro comme tous les joueurs de ton âge. Mais est-ce qu’à ce moment-là, on peut déjà rêver de Premier League dans les 5 années qui arrivent, ou c’est un rêve qui paraît inaccessible ?

JC : j’ai toujours eu confiance en moi, je travaille aussi avec des gens qui ont confiance en moi et surtout qui me disent la vérité. Tu ne peux pas être comme les autres, faire tout comme les autres et vouloir des grands objectifs à la fois, c’est incompatible. J’ai toujours été ce petit qui aimait le travail, qui était à l’écoute, et j’ai passé les paliers rapidement grâce ma mentalité et mon comportement. Après, c’est sûr que quand j’ai commencé à jouer en Ligue 1, là, je me suis dit : "c’est accessible".

FM : qu’est-ce qui t’a le plus marqué quand tu as mis les pieds pour la première fois à Palace ?

JC: c’est quelque chose… surtout que pour moi, tout est allé très vite. J’ai signé mon premier contrat pro il y a deux ans (en juin 2024). J’ai fait un an à Toulouse et je suis parti directement en Premier League. Pour certains, c’était peut-être un choix illogique, parce qu’ils seraient allés en Allemagne, un championnat qui réussit bien aux Français et aux jeunes. Mais la Premier League, c’est ce que je voulais. Le niveau technique, l’intensité des entraînements et des matchs, les infrastructures, tout change. J’ai beaucoup de respect pour Toulouse, c’est mon club formateur, je l’aime de tout mon cœur, mais là, tout est conçu pour que tu joues tous les trois jours. C’est le très haut niveau.

FM : quel a été le rôle des Français et francophones dans ton arrivée à Palace ?

JC : je m’entends bien avec tout le monde, franchement, on a un super groupe et sans ego, comme à Toulouse. Mais sinon, les francophones m’ont très bien reçu. Même Marc Guehi m’a vraiment accompagné quand il était encore là, Maxence (Lacroix) aussi, JP (Mateta), Cheick (Doucouré), Ismaïla Sarr pareil, puis ça a été la même chose avec Evann (Guessand) qui est arrivé cet hiver (en provenance d’Aston Villa, en prêt). Mais là j’ai progressé en anglais (rires), ça va. Au départ je parlais très franglish avec un accent très français.

FM : tu montes en puissance sur les derniers matchs avec 4 titularisations de suite. Est-ce que tu sens que tu tiens ton match référence, celui sur lequel tu as envie de t’appuyer ?

JC: hmmm (il réfléchit)… j’essaye de ne pas trop y penser parce que quand tu penses que tu es arrivé, tu perds tout. Mais j’ai bien aimé le dernier match que j’ai fait contre Tottenham (3-1), celui en Conference League contre Mostar (2-0), contre Aston Villa (0-0) et Brighton également (0-0).

FM : tu as déjà pris autant de cartons jaunes qu’en L1 la saison dernière (2), est-ce qu’on siffle vraiment moins en Angleterre ?

JC : oui, on siffle quand même moins, enfin, c’est surtout qu’ils n’ont pas la même sensibilité foot au niveau des contacts, des duels, des tacles. J’ai pris beaucoup de cartons jaunes, il faut que je me calme (rires).

FM : tu vas jouer un 1/8e de finale de Conference League face à Larnaca cette semaine, est-ce que tu sens que vous avez les armes pour aller au bout ?

JC : bien sûr, je sens qu’on a les armes pour la remporter. Tout le monde sent qu’on a les armes dans le groupe. On joue la Conference pour la gagner et on en a fait notre compétition. On y va pour gagner un titre, je n’étais pas là la saison dernière, mais ils ont réalisé la meilleure année de l’histoire du club en remportant deux trophées (la Coupe d’Angleterre face à Manchester City, et le Community Shield face à Liverpool aux tirs au but), donc j’aimerais à mon tour gagner le premier de ma carrière. Et pourquoi pas cette saison ?

«Marc Guehi et William Saliba sont les défenseurs que je regarde le plus»

FM : tu pourrais d’ailleurs retrouver un club français dans la compétition : Strasbourg, qui a survolé la phase de Ligue en terminant premier. Est-ce que c’est une menace et quel est ton regard sur cette équipe ?

JC : on les a joués chez eux (défaite 2-1 en novembre), c’était un bon match qu’on aurait dû gagner, mais on a beaucoup raté. Après, je n’ai pas particulièrement de regard sur Strasbourg, je n’y prête pas forcément attention, mais si on doit se retrouver, on se retrouvera.

FM : tu avais récemment déclaré avoir pour objectif d’obtenir "plus de temps de jeu, d’expérience et de titre". Où en es-tu dans cette quête et quels sont les nouveaux ?

JC : mes objectifs, c’est de devenir la meilleure version du joueur que je puisse être, progresser. Collectivement, c’est de gagner des matchs, des trophées, parce que Crystal Palace est devenu un club compétitif, et on se doit d’être à la hauteur.

FM : c’est effectivement un club compétitif qui a sorti pas mal de gros joueurs ces dernières saisons, à l’image de Guehi, parti à Manchester City cet hiver. Qu’est-ce qu’il t’inspire en tant que défenseur central, puisque vous évoluez au même poste ?

JC : Marc, c’est un top joueur. Il est trop fort. Il me parlait beaucoup, il m’a conseillé étant donné qu’on est tous les deux défenseurs centraux. C’est le défenseur que je regarde le plus avec William Saliba. C’est ceux dont le style ressemble le plus au mien.

«L’équipe de France, ça reste un objectif que je situe très haut dans ma liste»

FM : y a-t-il un joueur, tous postes confondus, qui t’a particulièrement marqué cette saison en Premier League par son niveau ?

JC : Bruno Fernandes (sans hésitation). Sa technique, ce qu’il dégage, c’est fort.

FM : se mesurer à des joueurs comme Mateta tous les jours à l’entraînement, ça ne peut que te mettre en condition pour les jours de match. Il est vraiment dur à prendre au marquage ou pas ?

JC : Mateta ? Nooooon, il n’est pas dur, il est facile à prendre (rires). Non je rigole, il est vraiment dur. Tout le monde connaît JP, c’est compliqué de le suivre. Là, il revient petit à petit de sa blessure (au genou), donc ça va nous être profitable d’avoir une arme en plus.

FM : lui est chez les A, toi tu as encore le temps étant donné que tu n’as que 19 ans et que tu découvres les Espoirs aux côtés des Yoro ou Jacquet. Mais est-ce que l’équipe de France est un sujet qui revient sur la table lors des rassemblements, sachant que c’est censé être "l’étape suivante" ?

JC : pour dire la vérité, on n’en parle pas trop entre nous. Mais personnellement, je crois que tout le monde y pense un petit peu (sourire), parce qu’on est des compétiteurs et qu’on veut tous le meilleur. Mais moi, je ne pense pas aussi loin. C’est le présent qui va m’amener à passer des caps, je fais juste mon boulot à chaque match, même si ça reste un objectif que je situe très haut dans ma liste.

FM : tu as certainement regardé OM-Toulouse en Coupe de France. Tu sens le TFC capable d’aller la remporter ?

JC : oui, je l’ai vu, et je leur souhaite d’aller remporter la Coupe de France. C’est mon club formateur, je leur souhaite de remporter un nouveau titre pour qu’ils puissent jouer les coupes d’Europe. Ils ont fait un top match, surtout dans une atmosphère spéciale parce que le Vélodrome c’est quelque chose… Ce n’est vraiment pas un mythe, et on a plein de beaux stades en France, que ce soit à Lens, Lyon, Marseille, Saint-Étienne…

«On appelle Bondy "la ville des possibles", ce n’est pas pour rien»

FM : pour rester sur Toulouse, est-ce que ce ne serait pas l’un des tout meilleurs centres de formation français aujourd’hui ? Et qu’est-ce qui fait sa force selon toi ? (à l’image de Rennes, Toulouse produit des générations riches en talents : Manu Koné, Bafodé Diakité, Anthony Rouault, Amine Adli, Nathan Ngoumou chez les 2001, Fares Chaïbi chez les 2002, Guillaume Restes, Christian Mawissa, Noah Edjouma chez les 2005, Jaydee Canvot, Dayann Methalie chez les 2006…)

JC : c’est un centre de formation sous-coté, ça travaille très, très bien depuis de nombreuses années à Toulouse. La formation est très bonne, tout est mis en oeuvre pour que les jeunes se sentent bien et qu’ils progressent rapidement. C’est le cas au niveau du centre de formation, mais aussi au moment de passer chez les pros, on est constamment accompagné. Je pense que le centre de formation de Toulouse est dans le top 5 en France maintenant.

FM : comme d’autres joueurs et même sportifs français bien connus, tu as grandi à Bondy, même si tu es né à Argenteuil. Quel est le secret derrière cette réussite sportive selon toi ?

JC : je pense que Bondy a toujours été une ville sportive, tu as énormément de terrains, et puis c’est une ville d’espoirs. J’y ai grandi, tout le monde joue au foot dehors. On appelle Bondy "la ville des possibles", ce n’est pas pour rien.**

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