Medhi Benatia, Maroc : «si tout le monde travaillait comme Nasser Al-Khelaifi, le PSG serait plus haut»

Désormais à la retraite, l'ancien capitaine du Maroc Medhi Benatia prépare déjà sa reconversion. Après une carrière au plus haut niveau à la Roma, la Juventus ou encore le Bayern Munich, l'ancien défenseur central est revenu dans cet entretien sur les prochaines échéances des Lions de l'Atlas. Il a également évoqué l'échec du PSG en Ligue des champions mais aussi ses regrets de ne pas avoir pu s'imposer à l'OM à ses débuts.

Medhi Benatia avec le Maroc lors de la CAN 2019.
Medhi Benatia avec le Maroc lors de la CAN 2019. ©Maxppp

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Medhi Benatia : j'ai choisi de rapidement d'enchaîner. Certains préfèrent partir en vacances et revoir les images de leur carrière, pas moi. J'en ai profité pour faire un petit tour dans les clubs avec lesquels j'avais de bons contacts. Des clubs où le président et le directeur sportif sont des amis. J'ai envie de devenir conseiller pour les jeunes joueurs. Je travaille pour passer mes diplômes. Je veux rapidement devenir agent même si je préfère le mot "conseiller". Dans ma carrière, j'ai toujours eu ce rôle de grand frère, c'est naturel. J'aime aider et si je peux le faire avec des jeunes qui aiment ce qu'ils font et qui ont envie de travailler, tant mieux. Les qualités, c'est une chose, mais la détermination, c'est différent. C'est ça que j'ai envie de transmettre, car je l'ai vécu.

FM : il y aussi plusieurs projets au Maroc ?

MB : oui, parce que ça me tenait à cœur. C'est d'ailleurs pour ça que je suis venu au tournoi de l'Académie Mohammed VI récemment. D'ailleurs, il faut dire que cette académie est une réussite, car elle a déjà sorti plusieurs joueurs comme En Nesyri, Aguerd ou dernièrement Ounahi et Targhalline de l'OM. Ils travaillent bien. J'étais invité à ce tournoi et j'étais très honoré. J'ai pu observer comment ils travaillaient. J'ai commencé à mettre en place un projet immobilier à Marrakech où il y aura une académie de football. Je veux donner la chance aux petits Marocains qui ne sont pas encadrés ou isolés. Leur donner de bonnes infrastructures pour les pousser à faire une bonne carrière. D'ici deux ans et demi, j'espère qu'on commencera le travail.

FM : en janvier, on vous a vu consultant sur la CAN. Quel regard portez-vous sur le parcours du Maroc ?

MB : je pense que c'était une génération en reconstruction avec un nouveau coach. Sur toute la liste, il y avait au moins une quinzaine de joueurs qui découvraient la CAN. C'est énorme. C'était une équipe qui manquait d'expérience. Il y avait des bons matchs avec un grand Achraf Hakimi notamment. Mais on a manqué d'efficacité. L'Egypte, c'est un peu la bête noire et on se fait sortir. Mais on ne peut pas dire qu'on méritait mieux. Après, les Marocains s'imaginent à chaque CAN qu'on va la gagner, mais malheureusement, ce n'est pas aussi simple. Les équipes maghrébines ont du mal souvent lors des compétitions en Afrique noire. Il faut féliciter le Sénégal, car il y a une vraie continuité dans leur travail. Nous aussi, on essaye et la qualification au Mondial va être une priorité.

FM : le Maroc va devoir se défaire de la RDC dans ce barrage...

MB : c'est clair que ce sera difficile, mais je suis confiant. On a une bonne équipe. Il faut respecter la RDC, mais c'est une équipe à notre portée, il ne faut pas déconner. Sur un match aller-retour, on est largement capable de se qualifier, mais il faudra batailler. Je me rappelle en 2017, on a dû gagner en Côte d'Ivoire. Ce sont des moments où tu dois te transcender, il n'y a pas de calculs. On n'a pas envie d'attendre encore 20 ans pour voir le Maroc en Coupe du monde. J'ai des enfants qui n'attendent que d'aller au Qatar voir les Lions. On va les supporter.

FM : la préparation s'est faite dans un contexte assez tendu avec les histoires concernant Ziyech et Mazraoui...

MB : le problème de Ziyech déjà, c'est qu'il ne veut pas venir, car il estime qu'on lui a manqué de respect. C'est entre lui et le coach. On me pose souvent la question comme si moi, j'étais avec eux ce jour-là. Je sais que Ziyech aime son pays et la sélection. Il n'a jamais triché et a toujours donné son maximum. J'ai essayé de lui parler en tant que supporter, mais il m'a expliqué son choix. Selon moi, avec Vahid il ne reviendra pas. Je n'ai pas envie de dire qu'il ne reviendra plus, car je ne l'espère pas et il est encore jeune. Si on va au Mondial, j'espère qu'il changera d'avis et qu'il voudra revenir. Le Maroc perd un joueur important comme Mahrez en Algérie ou Salah avec l'Egypte. C'est se tirer une balle dans le pied.

«Même si Ziyech fait une grosse carrière en club, la sélection apporte quelque chose d'incomparable»

FM : il a annoncé vouloir prendre sa retraite internationale...

MB : je ne suis pas dans sa tête. J'ose espérer que ça peut évoluer. J'avais décidé d'arrêter aussi à un moment, car la presse marocaine me fatiguait et m'accusait de tout contrôler dans l'équipe. Je me disais que si j'étais le problème, je reste chez moi et pas de soucis. Après, on m'avait demandé de revenir contre le Cameroun pour la qualification. On avait gagné et on avait fait ce parcours incroyable qui a entraîné le meilleur moment de ma carrière. Parfois, tu prends des décisions et tu reviens dessus. C'est la vie. J'ai dit à Ziyech ce que j'en pensais. Même s'il fait une grosse carrière en club, la sélection apporte quelque chose d'incomparable, d'incroyable. Quand je suis retourné au Maroc récemment, j'ai discuté avec des pères et mères de famille qui me respectaient. Ce sont des moments qui n'ont pas de prix. Je veux qu'Hakim vive ça, il mérite.

FM : depuis votre départ de sélection, Nayef Aguerd a su prendre la relève à votre poste

MB : il faut mettre en avant sa mentalité. Il est très sérieux dans son travail et a une hygiène de vie impressionnante. Ce n'est pas pour rien qu'il est sur une saison à 40 matchs. Il est bon techniquement avec un bon pied gauche. Malgré sa grande taille, il est aussi rapide. Il a eu une formation en Afrique, mais a eu la chance de travailler avec Walid Regragui donc il a eu aussi la culture européenne. Dans sa manière de défendre, il le fait de manière intelligente. Il a les qualités pour faire mieux que moi, je lui souhaite.

FM : après Rennes, quel championnat pourrait lui permettre une bonne progression ?

MB : sa progression viendra avec les gros matchs en Ligue des champions ou une Coupe du monde. Il serait au top en Italie et en Espagne. Je lui ai dit. Le mieux ce serait en Italie, car il va apprendre son métier. Tu peux être bon défenseur en France, mais l'être en Italie, c'est différent. Si tu aimes ce métier, c'est plaisant. Chiellini, Bonucci, ou même Maldini et Nesta, là-bas, il y a la culture du défenseur. J'espère qu'il choisira un club où il jouera la Ligue des champions.

FM : cette saison, la Ligue des champions est d'ailleurs assez ouverte...

MB : c'est vrai. J'aime bien Liverpool personnellement. Malheureusement, on a vu l'élimination du PSG. Ça nous a fait mal, car on aurait bien aimé qu'ils aillent au bout. J'aurais pu te dire le Real Madrid dans les favoris, mais le match contre Barcelone ne m'a pas rassuré. J'aime beaucoup Jürgen Klopp donc je dirais que Liverpool pourrait aller au bout.

«Je sais comment Nasser Al-Khelaïfi travaille, c'est un passionné et il mérite des résultats»

FM : beaucoup estiment que le PSG n'est pas une équipe, qu'est-ce qui manque au club pour franchir ce cap ?

MB : tout simplement, il faut changer pas mal de choses dans l'organisation. Je ne suis pas à l'intérieur donc c'est compliqué de parler de ça, mais il y a des soucis. Quand tu perds contre le Barça et le Real dans ces conditions-là... Ce n'est pas normal. Tous les entraîneurs le disent. Ils viennent ici, ils sont mauvais. Ils partent et ils gagnent la Ligue des champions. Il faut se poser les bonnes questions. Moi, je supporte le PSG car j'aime beaucoup le président Nasser Al-Khelaïfi. Je sais comment il travaille, c'est un passionné et il mérite des résultats. Certaines personnes dans le club ne travaillent pas comme il faut. Si tout le monde travaillait comme Nasser, le PSG serait déjà plus haut.

FM : les joueurs sont aussi ciblés par les critiques. Est-ce qu'il n'y a pas trop de stars ?

MB : le problème, c'est que parfois, tu prends des joueurs qui pensent être au-dessus du club. Et c'est la fin. J'ai joué à la Juventus et au Bayern Munich, des clubs avec une identité forte. Là-bas, l'institution et le respect de l'institution passent avant tout. Au PSG, il faudrait fixer des règles puis être capable de les appliquer. J'ai jamais vu un club qui gagne quand le joueur fait ce qu'il veut.

FM : le Bayern Munich est un bon exemple de gestion d'un club avec une identité...

MB : ce sont les fondations. C'est fort le mot "Bayern Munich". Il n'y a jamais personne qui va venir et penser une seconde être au-dessus du club. Même un garçon qui a écrit l'histoire du club comme Franck Ribéry. C'était la star et le roi du club, mais il a toujours été irréprochable et respectueux. Sur le terrain, il a constamment fait les efforts et il mouillait le maillot. Ce n'est pas le cas des joueurs du PSG. Même à la Juventus, c'était pareil. Ce qui m'a marqué dans ces clubs, c'est la mentalité. Le travail et la rigueur. C'est une éducation sportive.

FM : en France, on dit souvent qu'on ne travaille pas assez. Pourquoi ?

MB : c'est la culture. Déjà, je n'ai même pas eu la chance de jouer en Ligue 1. Je n'ai joué qu'en Ligue 2 car je n'étais pas assez bon pour la L1. Tous les entraîneurs étrangers du PSG qui sont arrivés, il n'y en a aucun qui a dit "wow au PSG, il y a une culture du travail." Le joueur français s'exporte le mieux, car on a une bonne formation, mais en terme de mentalité, il faut tout développer. Le Français talentueux, quand l'entraînement est terminé, il court dans le vestiaire et se pose sur son téléphone puis va sur Instagram. Tu crois qu'il a envie d'aller faire une autre séance en salle de 45 minutes, puis aller faire du bain chaud puis froid pour récupérer ? Il n'en a rien à faire. En Italie, j'arrivais à 9h30 et je sortais à 15h avec les autres. C'est différent.

«Je voudrais bien que l'OM s'inspire de l'OL pour pousser les joueurs de son centre»

FM : vous évoquiez la Ligue 2. Vous avez été formé à l'OM, est-ce que vous regrettez de ne pas avoir eu votre chance ?

MB : j'avais tellement un grand amour pour l'OM, les supporters et cette passion quand j'étais au centre de formation. Une passion qu'on ne voit pas ailleurs. J'aurais aimé débuter avec eux. En plus, mon grand ami Samir Nasri débutait aussi chez les pros. Je voulais vraiment jouer avec lui car on a joué ensemble en U16, U18 et même CFA. Je n'ai pas eu ma chance, mais je l'ai vécu à travers lui. On était dans la même chambre au centre. J'allais le voir au stade et je profitais comme si c'était moi. On ne m'a pas donné ma chance, mais ça m'a permis de partir et de faire nettement mieux que ce qui était prévu.

FM : l'OM a encore du mal à véritablement faire confiance à sa formation, comment l'expliquer ?

MB : pour jouer à Marseille, il en faut dans le pantalon. Il y a des grosses attentes. Mais après, honnêtement, dans la formation, il n'y a pas eu non plus énormément de joueurs. Je pense à Seydou Keita, les frères Ayew, Nasri et moi. Récemment, il y a Kamara et Lopez. Je voudrais bien que l'OM s'inspire de l'OL pour pousser les joueurs de son centre. Lyon l'a fait avec Aouar, Lukeba, Lopes, Cherki ou Caqueret ou avant avec Benzema et Ben Arfa. C'est beau et je pense que c'est ce qu'il faudrait à Marseille. Mettre 20 millions sur un Sud-américain, c'est bien, mais ça ne donne pas plus de garanties sportives.

FM : durant votre carrière, vous avez affronté de grands attaquants. Lequel vous a le plus impressionné ?

MB : contre les vrais numéros 9, je ne veux pas dire que je n'ai pas eu de soucis, car j'ai bataillé face à Kane, Suarez, Ibrahimovic, Cavani ou même Del Piero. Mais celui qui m'a posé le plus de soucis, c'est le Neymar de Barcelone. Il était inarrêtable, on dirait qu'il volait sur le terrain. C'était vraiment très compliqué. Sur les 10 dernières années, c'était le plus gros talent. C'était trop fort. Quand je l'ai vu quitter le Barça pour le PSG, je m'attendais à ce qu'il explose en tant que numéro un du projet. Je le voyais aider le PSG à prendre plusieurs Ligues des champions. Mais il a connu de nombreuses blessures à des moments importants. Il n'a pas été chanceux. Même s'il fait encore des différences aujourd'hui, ce n'est pas le Neymar que j'ai connu. Peut-être qu'il n'est pas heureux ou pas aidé, mais je ne sais pas.

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