Frédéric Lamotte, Fuchs Sports : «le supporter pourra voir les 116 matches de N2 et N3 en direct»

Si Mediapro et Téléfoot s'avancent comme la grande nouveauté de la rentrée, un autre acteur débarque dans le paysage audiovisuel du football français. Il s'agit de Fuchs Sports, entreprise luxembourgeoise, qui s'est entendu avec la Fédération Française de Football pour diffuser les championnats de National 2 et 3. Head of Development and Strategy de Fuchs Sports, Frédéric Lamotte a bien voulu en dire un peu plus au micro de Foot Mercato.

Frédéric Lamotte, Head of Development and Strategy de Fuchs Sports
Frédéric Lamotte, Head of Development and Strategy de Fuchs Sports ©Maxppp

Foot Mercato : pouvez-vous nous présenter Fuchs Sports en quelques mots ? Quelle est sa présence dans le paysage audiovisuel sportif ?

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Frédéric Lamotte : basée au Luxembourg, notre société se positionne sur le marché du sport en France depuis plusieurs mois avec déjà des accords avec plusieurs ligues régionales de football (NDLR : ligue de Corse, ligue de Normandie et ligue de Nouvelle Aquitaine). Depuis plusieurs années, nous étudions la digitalisation du sport et la transformation digitale, notamment grâce à la captation vidéo. Très vite, nous nous sommes rendus compte que le sport amateur n’avait pas spécialement d’images récurrentes. Nous construisons notre offre et notre ADN de ce postulat.

FM : vous avez signé un partenariat de 5 ans avec la Fédération Française de Football pour la diffusion des rencontres de National 2 et National 3. Comment est née l'idée et pourquoi vous êtes-vous porté candidat ?

FL : mettre un caméraman sur chaque stade (NDLR : cela représente 228 clubs en N2 et N3), ce n’était pas possible. Nous avons donc proposé à la FFF – au terme d’un appel d’offre qui visait au départ le championnat de National 1 – de déployer un système de captation muni de 2 à 3 caméras pour assurer des captations rendues autonomes via l’intelligence artificielle. Pour proposer une solution intégrée avec une plateforme OTT (over the top, contenus proposés au moyen d’une connexion Internet, mais sur lesquels le fournisseur d’accès à Internet n’a aucun contrôle, ni aucune emprise), nous avons identifié tous les métiers et les compétences nécessaires. Nous avons construit une équipe avec des références dans chaque métier. Dans notre architecte ouverte, vous retrouvez des sociétés reconnues comme Spiideo, société suédoise basée à Malmö, pour le système de caméras et l’intelligence artificielle, ou aussi MyTVChain, basé à Nice pour la gestion de l’antenne, donc de la plateforme OTT, ou encore Analytech, aussi française. Clairement, nous ne sommes pas des vendeurs de caméras ni des streamers classiques. Le but est de produire des contenus pour la Fédération, les Ligues et les clubs avec comme objectif être créateur d’opportunités pour chacun.

FM : la couverture de ces championnats implique un investissement conséquent, ne serait-ce qu'en matière d'équipements de captation. Pouvez-vous nous détailler votre plan d'action ? Mais comment comptez-vous rentrer dans vos frais ?

FL : oui, en effet. Cela représente plusieurs millions d’euros. Cet investissement est pris en charge intégralement par Fuchs Sports. La Fédération, les ligues régionales et les clubs ne payeront rien. C’est pour cela que nous avons signé un contrat de cinq ans. C’est risqué, mais c’est la qualité du produit qui va jouer. Ce qu’on va faire n’existe pas et nous offrons aux annonceurs une visibilité importante mais aussi des opérations marketing novatrices. Plusieurs grandes marques sont en échanges avec nous pour participer au projet en qualité d’annonceurs. Il est évident que le contact immédiat avec le consommateur final sera important pour les marques. Nous limiterons la publicité à l’antenne, car nous voulons une production élégante et qui reste agréable pour le supporter.

FM : serez-vous prêt pour le début de ma saison 2020/21 d'un point de vue technique et structurel ?

FL : nous sommes prêts au niveau structurel à savoir que notre plateforme OTT, développée par MyTVChain est en place avec un solide CMS et un lecteur vidéo propriétaire. Au niveau des systèmes de captations aussi, puisque nous en avons déjà produit une quarantaine. Nous proposerons à la FFF avant le 15 août une version BETA de la plateforme avec son identité graphique. Une première présentation a été faite ce jeudi 6 août à Paris et la première impression a été favorable de la part de la FFF. Nous avons misé sur l’expérience utilisateur. Pour le reste, depuis une quinzaine de jours, nous échangeons avec les 232 clubs concernés par le projet. La première étape est de recevoir une autorisation d’installation du propriétaire des installations souvent la Mairie. Cela peut prendre du temps dans certains cas et dans d’autres pas. À ce jour, nous avons déjà une vingtaine d’autorisations. Actuellement, nous recevons aussi les premiers rapports techniques d’installation. Nous espérons débuter notre déploiement à partir du 16 août prochain et faire des premiers tests d’usage de notre infrastructure back-office sur la seconde quinzaine du mois d’août. Nous devons nous entendre avec la FFF pour déterminer la date de lancement de la plateforme OTT. Nous devrions le faire d’ici la fin du mois de septembre. Naturellement tous les stades ne seront pas équipés, mais il est important de déjà offrir les images déjà disponibles aux supporters.

FM : concrètement, le supporter ou spectateur devra s'abonner à une plateforme pour visionner les matches. Quels services s'offriront à lui ?

FL : l’offre sera entièrement gratuite pour le supporter qui pourra voir les 116 matches de N2 et N3 en direct, mais aussi accéder, à la fin des matches, à un résumé de chaque rencontre. Nous produirons également les tops buts par division et série ou encore les tops arrêts. Au fur et à mesure, nous étendrons notre offre médiatique.

FM : pour un club, quel est l'avantage de ce nouveau système comparé à une diffusion en interne ?

FL : notre volonté est d’offrir un moyen supplémentaire à chaque club pour qu’il puisse en retirer le profit nécessaire. Par exemple, outre le fait d’avoir un billboard gratuit pour ses annonceurs, en termes de revenus sponsoring, chaque club pourra travailler en synergie avec nos équipes commerciales avec un revenu en cas de succès commercial au travers d’une mise en relation. Les clubs vont être rapidement en contact avec les équipes de proximité de Fuchs Sports dans les prochaines semaines pour convenir du déploiement du matériel, mais aussi pour une présentation détaillée du projet et, également, en savoir plus sur les leviers importants qui leur permettront de valoriser au mieux la digitalisation de leur club. J’insiste que notre position n’est pas celle d’un streamer classique, mais nous nous inscrivons avec la FFF et ses clubs dans une relation long terme qui est basée sur l’écoute, l’échange, l’innovation et l’envie d’entreprendre. Clairement, dans notre ADN, il nous plaît d’être un créateur d’opportunités pour chacun.

FM : les matches, du moins les principales affiches, seront-ils commentés ? Si oui, quel serait le modèle prévu ?

FL : notre système le prévoit. Il est difficile de trouver plus de 200 commentateurs. Mais beaucoup de clubs nous proposent leur collaboration, donc c’est un objectif, à terme, d’avoir cette option active pour chaque club.

FM : collaborez-vous avec des médias locaux ou nationaux ?

FL : nous sommes ouverts et à l’écoute de toute collaboration. Des contacts sont déjà en cours ici et là. Nous aimons le travail en équipe et c’est aussi une obligation pour réussir ce projet.

FM : vous allez constituer une base de données inédite et vaste. Comment comptez-vous la traiter une fois les matches diffusés ?

FL : nous partagerons notre production avec les clubs. Le staff de chaque club pourra revoir ses matches, mais aussi celui de ses adversaires. Nous voulions une équité entre tous les clubs, que tout le monde soit sur le même pied d’égalité. Ensuite, nous proposerons des options pour les staffs qui veulent améliorer le produit. Les supporters pourront aussi voir les matches en replay.

FM : la mine d'informations récoltées peut intéresser du monde : les clubs, les cellules de recrutement, les outils de recrutement comme WyScout ou Scout7. Avez-vous déjà été approché ?

FL : je connais personnellement bien ces différents acteurs et, naturellement, nous échangeons avec eux.

FM : envisagez-vous, à terme, d'investir davantage, dans le football français ou d'autres sports en France ?

FL : comme indiqué, nous souhaitons aussi donner une image au niveau Régional 1. À ce moment nous avons déjà un accord avec les Ligues de Corse, Normandie et Nouvelle Aquitaine. À ce moment des négociations, en incluant les matches de National 2 et de National 3 et de Régional 1, nous produirons rapidement +/- 200 matches en direct par week-end. L’ambition est aussi de s’étendre aux autres sports et également d’élargir notre offre de captation avec pourquoi pas rapidement une solution multicaméras avec un pilotage par Intelligence Artificielle. Ce produit s’adressera aux ligues professionnelles. Nous avons également un fort développement en Belgique avec le développement sur ce marché de WebTV pour les clubs de football et de basket-ball notamment. Et puis nous sommes des entrepreneurs donc nous sommes à l’écoute de tous les appels.

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