Koffi, Zagadou, Ebonog… au Havre, la jeunesse prend le pouvoir !
Tombeur du Racing Club de Strasbourg (2-1) lors de la 21e journée de Ligue 1, Le Havre a une nouvelle fois pu s’appuyer sur sa jeunesse dorée. De quoi confirmer la force de la Cavée verte, l’un des viviers les plus riches et réputés du football français, et valider une stratégie de club.
« Il a 17 ans, il est Made in Cavée, c’est son 3e match de Ligue 1 et il s’appelle Stephan Zagadou ». Maître de cérémonie du stade Océane, Jerrely Rousseau, speaker reconnu de l’élite du football français, en est le premier témoin. Au Havre, la parole est désormais à la jeunesse. Ce dimanche, lors de la 21e journée de Ligue 1 où les Ciel et Marine accueillaient la solide formation du Racing Club de Strasbourg, l’homme à la casquette - réputé pour son « It’s tiiiiiime ! » - a d’ailleurs encore mis à l’honneur les bézots formés à la Cavée Verte. Devant les Barbarians, le principal groupe ultra du HAC, le successeur du regretté Francis Rakotovao s’est ainsi égosillé au rythme des prouesses de la relève havraise. Il faut dire, aussi, que ces dernières semaines, la classe biberon du HAC n’en finit plus d’impressionner. Privé de nombreux cadres (Etienne Youté, Abdoulaye Touré, Ayumu Seko, Yanis Zouaoui), Didier Digard est resté fidèle à ses principes, aperçus depuis le début de l’exercice 2025-2026, en lançant de nombreux jeunes issus du centre de formation.
Six joueurs « Made in Cavée » impliqués contre Strasbourg
Face aux Strasbourgeois, Enzo Koffi - génération 2006 - débutait dans le couloir gauche de l’arrière-garde normande. Dans l’entrejeu, Simon Ebonog (21 ans) fêtait lui une 12e titularisation cette saison en commençant aux côtés de la nouvelle recrue havraise, Lucas Gourna-Douath. Mais ce n’est pas tout. Pur produit de la Cavée et déjà auteur d’un match plein contre le RC Lens (0-1) le week-end dernier, Stephan Zagadou (17 ans) accompagnait l’incontournable capitaine des Hacmens, Arouna Sangante, dans l’axe de la défense havraise. Résultat, au coup d’envoi de ce choc important dans la course au maintien, plus de 36% de l’effectif était composé d’éléments formés dans la cité portuaire. Et que dire du résultat… Auteur de son premier but en professionnel sur un corner rentrant de Sofiane Boufal - lui aussi brillant contre les Alsaciens - Zagadou a confirmé son incroyable éclosion à seulement 17 ans. Décisif dans les airs et globalement très solide dans son duel avec Joaquin Panichelli, il a finalement parfaitement tenu son rang.
Frère cadet de Dan-Axel, aujourd’hui sous les couleurs du VfB Stuttgart, le natif de Créteil a ainsi confirmé tous les espoirs placés en lui. Mis en confiance par un Sangante retrouvé et passeur décisif sur le second but du HAC, le Franco-Ivoirien, bien qu’impliqué sur l’égalisation strasbourgeoise, mais rarement pris en défaut, restera finalement l’un des grands artisans du succès glané par les Havrais face au RCSA (2-1). Il n’est évidemment pas le seul. Outre les performances remarquées de Gourna-Douath ou encore d’Issa Soumaré, d’autres bézots ont également profité de ce rendez-vous pour marquer des points et les esprits. Si Simon Ebonog, fort de sa 18e apparition de la saison, a poursuivi sa montée en puissance au milieu de terrain, le jeune Enzo Koffi a, lui, bluffé tout son monde dans un rôle d’arrière/piston gauche. Issu de la génération 2006, celui qui n’avait disputé que 7 petites minutes de jeu en 2025 a tout simplement écœuré le Strasbourgeois, Diego Moreira, considéré comme l’une des références à son poste.
Premier but en pro pour Zagadou, Koffi très chaud
« Moreira est certes allé au combat, puisqu’il a disputé 27 duels, le record du match. Mais il n’en a pas gagné la moitié, et que de déchets dans son jeu ! Il a perdu un nombre conséquent de ballons, fait à plusieurs reprises les mauvais choix et n’a presque jamais réussi ses dribbles. Un match sans », analysaient nos confrères de L’Équipe au coup de sifflet final. Symbole de l’impact du gamin de Lisieux dans cette victoire. Impérial défensivement, Koffi s’est également distingué en s’offrant quelques montées tranchantes et des centres qui auraient pu mériter un meilleur sort. « Avoir travaillé dans la formation et dans le monde pro est une chance pour moi. J’ai demandé qu’Enzo soit replacé à ce poste l’an passé. Il a des qualités pour ça. Il a de bonnes jambes, il est tonique et puissant. C’est une bonne chose pour nous de pouvoir compter sur un jeune qui travaille et qui aime le club. C’est un plaisir de le voir évoluer et une fierté pour le centre et pour le club », notait d’ailleurs son entraîneur en conférence de presse. Présent face aux journalistes, Didier Digard n’oubliait pas, non plus, de féliciter ses autres jeunes pousses, à commencer par Stephan Zagadou, plus jeune buteur de l’histoire du HAC en Ligue 1.
« S’intéresser à chaque jeune est important. Hier (samedi, ndlr), quand il y avait cette incertitude pour Gautier (Lloris), j’ai senti tout de suite que Stephan Zagadou était concentré dans son regard. Il a des grosses qualités athlétiques qu’il n’a jamais eu à pousser à l’extrême ! En pro, il a une charge mentale très importante. Défensivement et dans les duels, il a été très bon ». Miser sur les plus jeunes, voilà donc un objectif clair et assumé en ce début d’année 2026. Outre les noms précédemment évoqués, Daren Mosengo (19 ans, 76 minutes de jeu en L1) a aussi pris part au succès normand ce dimanche. En fin de contrat en juin prochain, le chouchou du stade Océane, Yassine Kechta, est également entré pour le dernier quart d’heure même si son avenir reste plus que jamais incertain. Début janvier, Paul Argney, déjà titulaire en Coupe de France face à Amiens avant la trêve de Noël (32e de finale, élimination 2-0), avait, de son côté, obtenu sa première titularisation en Ligue 1. Absent du groupe pour cette 21e journée - il évoluait avec la réserve - Noam Obougou symbolise aussi cet accent mis sur la jeunesse.
Bodmer : «ça a toujours été une volonté depuis le départ»
Buteur contre Angers lors de la 17e journée de L1, l’avant-centre de 19 ans (99 minutes de jeu en L1, 1 but) avait d’ailleurs reçu les louanges de son entraîneur. « Il a pris un virage dans sa mentalité, dans sa manière de vouloir progresser et aujourd’hui, il est sur une pente ascendante ». Un constat également partagé au moment d’évoquer la trajectoire de Kenny Quetant (240 minutes en L1, 1 but), bien parti pour signer son premier contrat professionnel au HAC selon nos dernières informations. « Il a été vraiment très bon dans le jeu, plus que dans la finition. La finition, je n’ai aucun doute, et dans le jeu, il a vraiment été très bon. On a vu que ça lui permettait aussi de se mettre en confiance, de réussir ses ballons et de participer au jeu », se réjouissait ainsi Digard après la victoire des siens face au SCO. Interrogé par nos soins ce lundi alors que le HAC se retrouve désormais 13e du championnat de France avec neuf longueurs d’avance sur Auxerre, 16e et actuel barragiste, Mathieu Bodmer assumait totalement cette politique de club, qui pourrait également rapporter quelques liquidités à court/moyen terme.
« Ça a toujours été une volonté depuis le départ, c’était parfois plus compliqué de le faire au regard du contexte. Depuis la montée, on s’est quand même appuyé sur les plus vieux issus du centre avec Kechta, Logbo, Bentoumi mais cette année, on a réduit l’effectif en début de saison. C’était aussi pour permettre aux plus petits de s’entraîner tout le temps, d’être dans le groupe, sur le banc. Depuis janvier, on a encore enlevé des joueurs pour laisser la place aux jeunes et en plus, ils répondent présents. Que ce soit Zagadou, que ce soit Obougou, Quetant, Koffi, Mosengo, Ebonog même s’il est un petit peu plus vieux que les autres donc c’est bien, c’est top », nous a notamment confié le directeur sportif des Ciel et Marine, qui compte bien poursuivre en ce sens. « Aujourd’hui, à l’entraînement, on a aussi d’autres petits, des 2008, des 2009 qui s’entraînent régulièrement avec nous, ils viennent une fois, deux fois par semaine donc c’est top. Je suis très content de ça et le coach joue également le jeu à ce niveau-là, il est vraiment réceptif, c’est une très bonne chose ». Avec envie, insouciance et détermination, les bézots « Made in Cavée » n’en finissent plus d’épater et comptent bien le confirmer, dimanche prochain, face à Toulouse.