Qualifications Coupe du monde 2022 : l'Uruguay est en grand danger

Trois jours après avoir perdu face à l'Argentine, l'Uruguay a de nouveau été battu en Bolivie 3-0 hier soir. Avec ce 4e revers de suite, une première depuis 1957, la Celeste est en bien mauvaise posture avant d'aborder le sprint final de ces qualifications pour la Coupe du monde 2022. Une absence au Qatar anticiperait la fin de l'ère Tabarez et sa génération dorée...

Lucas Torreira et l'Uruguay ont perdu gros en Bolivie
Lucas Torreira et l'Uruguay ont perdu gros en Bolivie ©Maxppp

Le Qatar s'éloigne toujours un peu plus à chaque rendez-vous international de l'Uruguay. En déplacement du côté de La Paz ce mardi, la Celeste a vécu un véritable naufrage. Sans Luis Suarez au coup d'envoi, ni Edinson Cavani blessé pour cette trêve, les joueurs d'Oscar Tabarez ont été étrillés (3-0). Un score sans appel et pas forcément immérité, qui en dit long sur l'état actuel de la sélection. Avec cette 4e défaite de suite, une première en éliminatoires depuis 1957, et un petit point pris sur les 5 derniers matches, l'Uruguay est désormais 7e, à 4 journées de la fin, avec une différence de buts inquiétante (-7). Le classement est encore très serré car seulement quatre points séparent la Colombie 4e (et donc virtuellement dernier qualifié directement pour le Mondial, le 5e passe par un barrage) de la Bolivie 8e.

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Hier, les 3 600 mètres d'altitude se sont fait sentir. Le collectif de la Celeste n'a rien donné, si ce n'est que des erreurs individuelles payées cash. Muslera s'est troué (encore une fois) sur le premier but, Godin et Gimenez n'ont pas réussi à deux à battre au duel Marcelo Moreno Martins, buteur de la tête sur un corner évitable. Le capitaine bolivien s'est même permis de louper un penalty après l'heure de jeu. L'Uruguay ne répondait que par des frappes lointaines et a fini par encaisser un 3e but, malgré une supériorité numérique depuis quelques minutes. Rétrospectivement, l'occasion gâchée par Nahitan Nandez trois minutes avant l'ouverture du score change absolument tout, d'autant qu'elle serait venue valider un début de rencontre plutôt intéressant. Ce tournant a amorcé la chute de l'Uruguay.

1 point pris sur 15

«Il y a eu d’autres moments difficiles, mais oui c’est le pire, reconnaissait Oscar Tabarez après la rencontre. On ne voit pas de réaction. Nous avons une série de matches qui ont rendu le calendrier difficile, jouer contre l’Argentine, le Brésil à l’extérieur, puis la Bolivie. C’est toujours difficile de se déplacer ici (à La Paz). Nous sommes conscients que de nombreux points ont été perdus, mais tout peut arriver à condition de gagner les prochains matches. On revient l’année prochaine (en janvier et février). Je crois toujours en ces joueurs. Il faut regarder vers l’avant et continuer à se battre », martèle le vieux sélectionneur de 74 ans. Père du renouveau du football uruguayen il y a 15 ans, le Maestro semble cette fois être en bout de course, comme la génération dorée qu'il a pu installer.

Avec lui, l'Uruguay a réussi exploit sur exploit. Qualifiée pour les Coupes du Monde 2010, 2014 et 2018, la sélection est sortie à chaque fois des poules, parvenant même à se hisser en demi-finale en Afrique du Sud. Diego Forlan a propulsé les Luis Suarez (34 ans), Edinson Cavani (34 ans), Diego Godin (35 ans), Martin Caceres (34 ans) et Fernando Muslera (35 ans) sur le devant de la scène. La Celeste a même remporté la Copa América en 2011, pourtant promise au pays organisateur, l'Argentine de Messi. Il est vrai qu'à côté de son grand voisin et de ses 45 millions d'habitants, l'Uruguay et ses 3,3 millions d'âmes ne pèsent pas lourd, et encore moins comparé aux 213 millions de Brésiliens. Seulement, voilà plus de dix ans que certains sont arrivés en sélection. Ils arrivent sans doute à la fin de l'aventure.

Tabarez sur la sellette

Au pays, les voix s'élèvent depuis plusieurs semaines pour réclamer une passation de pouvoir en douceur. C'est même le cas de Diego Forlan en personne le mois dernier, affirmant au passage que l'Uruguay a également accumulé un retard structurel. «Le Maestro a fait du bon travail, mais le monde évolue dans un sens, et nous dans l'autre. Vous pouvez le voir au niveau international, mais aussi à l'échelle locale. Ça vient des racines... Si je compare un enfant de 10 ans qui joue ici à un enfant de 10 ans qui joue en Europe, le niveau n'est déjà pas le même. Le fait est que notre formation n'est pas la meilleure, et nos infrastructures, nos terrains non plus. (...) Je ne blâme pas les entraîneurs, mais nous perdons du temps durant les premières années de football. Et les dirigeants ne s'en occupent pas.»

Pour Oscar Tabarez en revanche, il est impensable de quitter son poste. «Je suis un professionnel et j’ai passé un contrat. Ce genre de décisions sont prises à un autre niveau. Si elles sont faites, elles seront respectées, mais il y a toujours des choses à faire selon moi. Je ne sais pas qui peut exiger cela de moi (de quitter son poste, ndlr), surtout après le travail effectué et le temps passé ici. Je ne veux pas jeter l’éponge et je ne veux pas parler plus de ça », s'est-il emporté après la défaite d'hier. Affaibli par le syndrome de Guillain-Barré, Tabarez a prévu de rendre son tablier après le Mondial au Qatar, mais face aux mauvais résultats, et alors que se présentent le Paraguay, le Venezuela, le Pérou et le Chili, même la fédération a pensé à un changement anticipé le mois dernier.

La relève a le talent

Finalement confirmé à son poste, le Maestro ne parvient pas à redresser la situation, les deux dernières défaites en attestent. L'absence de nombreux éléments (une dizaine dont Cavani et Valverde) durant cette trêve internationale n'a pas aidé non plus. Pourtant, le réservoir existe. Derrière les vieux briscards, une nouvelle génération, dont le talent est évident, pousse. Encore plus jeune que José Maria Giménez (26 ans), les Rodrigo Bentancur (24 ans), Federico Valverde (23 ans), Ronald Araujo (22 ans), Darwin Nuñez (22 ans) et même les Facundo Torres (21 ans) et Augustin Alvarez (21 ans) représentent l'avenir d'une sélection qui ne veut pas revenir à ses années noires des années 90-2000. Pour cela, et pour voir le Qatar, il faudra réaliser un parcours parfait ou presque en cette fin de phase de qualifications. Et offrir un beau cadeau de sortie à la plus belle des générations modernes de l'Uruguay.

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