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Allemagne : les choix radicaux de Julian Nagelsmann font jaser

Contrairement à de nombreux sélectionneurs qui laissent planer le doute sur la composition de leur groupe et leurs choix à venir, Julian Nagelsmann a clairement indiqué la direction qu’il allait suivre pour la Coupe du Monde 2026. Ce qui ne fait pas que des heureux en Allemagne.

Par Aurélien Léger-Moëc
5 min.
Nagelsmann compte sur Goretzka @Maxppp

« Je peux d’ores et déjà révéler que certaines décisions ne seront probablement pas bien accueillies. Ni par les joueurs, ni par le grand public. Car un joueur peut ne pas figurer dans notre onze de départ, alors qu’il est titulaire indiscutable et un élément clé de son club. » Julian Nagelsmann a prévenu hier, dans une interview fleuve accordée au magazine allemand Kicker. Le sélectionneur a abordé tous les sujets autour de la Nationalmannschaft, et a livré de gros indices sur la composition de son groupe pour la prochaine Coupe du Monde. Avec cette phrase donc, qui laisse penser à des choix radicaux. Nagelsmann privilégiera la cohésion d’équipe, avec la volonté de bâtir un groupe uni où chacun connait son rôle et n’affichera pas de frustration.

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« Il faut être extrêmement attentif à la façon dont un joueur gère le fait d’être 15e ou 16e dans notre sélection, même s’il est considéré comme un joueur important dans son club, un titulaire indiscutable. Un joueur titulaire dans son club peut-il s’adapter à ce rôle chez nous ? Le déterminer est évidemment très difficile. Mais nous avons tiré de précieux enseignements des stages de préparation de l’année dernière. Certains joueurs ne peuvent tout simplement pas remplir ce rôle efficacement avec nous. Comme je l’ai souligné avant même le Championnat d’Europe, il ne s’agit pas de bon ou de mauvais caractère, mais de savoir qui est adapté à quel poste. Certains traits de caractère et caractéristiques vous aident à être un titulaire régulier et un leader, mais ne vous aident pas à être 15e ou 16e dans l’effectif », déclare-t-il. Une vision similaire à celle de Didier Deschamps, qui rappelle souvent que l’une de ses missions majeures est de rester attentif à ceux qui ne jouent pas, ou peu.

Nagelsmann officialise déjà des choix forts…

A travers son interview, il est quasiment possible de détecter quel sera le onze de départ allemand pour la Coupe du Monde. Dans les buts, Julian Nagelsmann a conforté Oliver Baumann, 35 ans, portier d’Hoffenheim. «J’ai clairement exprimé ma position à ce sujet, et Manu a également donné son avis. C’est d’ailleurs lui qui a pris sa retraite. Je suis toujours convaincu qu’il se débrouille très bien, qu’il est un très bon gardien, mais nous avons aussi un gardien exceptionnel en la personne d’Oli Baumann. Si Oli reste aussi stable et en aussi bonne santé qu’actuellement, il fera une excellente Coupe du Monde. Nous n’avons absolument aucune inquiétude concernant le poste de gardien de but.» En défense, l’indispensable aux yeux du sélectionneur se nomme Nico Schlotterbeck, seul défenseur central gaucher. Il devrait faire la paire avec Jonathan Tah, Kimmich évoluant à droite et Raum à gauche.

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Le plus gros débat outre-Rhin se situe au niveau du double pivot du milieu de terrain. Nagelsmann a déjà indiqué que, pour accompagner Pavlovic, il faisait confiance à Leon Goretzka, qui n’est plus un titulaire indiscutable au Bayern (qu’il quittera en fin de contrat en juin prochain). « En l’état actuel des choses, Leon Goretzka, malgré un temps de jeu réduit au Bayern, a de bonnes chances de jouer et d’avoir un rôle similaire à celui qu’il occupait lors des qualifications pour la Coupe du monde. Car c’est un joueur qui se projette dans la surface, qui est fort dans les airs et qui apporte une bonne puissance », expose le technicien, alors que beaucoup espèrent voir Nmecha titulaire avec Pavlovic. Le trio offensif Wirtz-Musiala-Gnabry ne souffre à l’inverse d’aucune contestation. Le problème sera de trouver d’ici le Mondial un numéro 9 efficace, alors que Füllkrug et Woltemade traversent une passe délicate et que Havertz vient seulement de revenir de blessure. Un sondage publié sur le site Fussball Transfers sur l’identité de l’attaquant titulaire place Denis Undav, joueur de Stuttgart, en tête des votes, devant Havertz et Woltemade.

… qui font jaser

L’honnêteté de Julian Nagelsmann et surtout sa transparence sur l’avancée de ses choix et de sa réflexion font en tout cas parler en Allemagne. La parole, rare, du sélectionneur est accueillie parfois avec bienveillance, parfois avec circonspection. « La démarche de Nagelsmann dans cette interview est probablement unique dans l’histoire du coaching d’équipes nationales. Il soumet son effectif à une critique publique, tant générale qu’individuelle, comme un journaliste sportif qui, comme tout journaliste, cherche naturellement à déceler les faiblesses. (…) De fait, d’un point de vue psychologique, la manière dont le sélectionneur national dissèque avec précision les faiblesses de son équipe pour la Coupe du monde semble pour le moins courageuse », écrit par exemple le Süddeutsche Zeitung. En effet, au cours de son interview, Nagelsmann n’omet pas de relever certains manques (qualité de relance si Schlotterbeck est absent, manque de diversité dans les profils au milieu, accumulation des blessures qui ont empêché les trois milieux offensifs d’évoluer ensemble en sélection, absence de numéro 9 viable sur la durée).

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A l’inverse, d’autres médias critiquent cette initiative de Nagelsmann, comme le Allgemeine Zeitung. « En annonçant son intention de prendre des décisions surprenantes concernant la sélection nationale avant même la Coupe du Monde 2026, notamment en donnant carte blanche à Goretzka, joueur remplaçant au Bayern Munich, Nagelsmann sème l’incompréhension et le mécontentement. C’est vrai pour les joueurs qui attendent avec impatience de connaître leur sélection pour la Coupe du Monde. Mais cela inquiète également de nombreux clubs qui ne peuvent se permettre que leurs joueurs soient en proie au doute quant à leurs choix pendant cette phase cruciale de la saison. Par ailleurs, le sélectionneur national se met prématurément sous pression, ainsi que ses joueurs », écrit le journal. Nagelsmann sait déjà qu’il devra impérativement faire mieux que lors des deux derniers Mondiaux, où l’Allemagne avait été éliminée dès la phase de poules. Avec la Côte d’Ivoire, l’Equateur et le Curacao dans la poule, il faudra malgré tout se méfier.

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