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La situation en Iran met la FIFA dans un sacré embarras pour la Coupe du Monde 2026

À trois mois du coup d’envoi de la Coupe du monde 2026, l’escalade militaire entre l’Iran, les États-Unis et Israël plonge la FIFA dans une équation explosive. La participation iranienne est devenue un casse-tête géopolitique majeur pour le football mondial.

Par Valentin Feuillette
5 min.
Gianni Infantino, président de la FIFA avec Mehdi Taj, président de la Fédération iranienne @Maxppp

En pleine préparation de la Coupe du Monde 2026, la FIFA se retrouve prise dans une tempête géopolitique d’une rare intensité. Depuis le 28 décembre 2025, l’Iran est secoué par un soulèvement d’ampleur nationale, déclenché par l’effondrement de la monnaie et une crise sociale profonde. La répression a été d’une brutalité inédite en ce début d’année avec, selon les chiffres avancés par les autorités iraniennes elles-mêmes, plus de 3 000 morts enregistrés, et d’après des sources onusiennes occidentales, possiblement bien davantage, montant jusqu’à 30 000 victimes en quelques jours. Coupure totale d’Internet depuis le 8 janvier, arrestations massives, tirs à balles réelles… Le pays qualifié sportivement pour le Mondial vit l’une des périodes les plus sombres de son histoire récente. Et ce qui relevait encore, il y a quelques mois, d’un simple casse-tête diplomatique est devenu, en février, une crise internationale ouverte.

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Le 28 février 2026, les frappes américaines et israéliennes sur Téhéran, Ispahan, Karadj, Qom, Tabriz, Chiraz, Bouchehr, Kermanshah et Ilam, suivies de ripostes balistiques iraniennes au Qatar, à Bahreïn, aux Emirats arabes unis, en Irak, au Koweït, en Israël, ont fait basculer la région dans un conflit direct. L’opération « Epic Fury », revendiquée par Donald Trump aux côtés de Benyamin Netanyahu, visait officiellement les capacités militaires iraniennes. Quelques heures plus tard, le président américain affirmait que le guide suprême Ali Khamenei, ainsi que plusieurs hauts dirigeants, diplomates et généraux étaient morts. Une information d’abord contestée par Téhéran, mais qui a ensuite été confirmée par les médias d’Etat iraniens tard dans la nuit. Un «jour de deuil», selon leurs propos, qui a déjà des conséquences majeures dans la région. Avec la disparition du centre névralgique du régime qui se confirme, c’est tout l’appareil étatique iranien qui entre en zone d’incertitude avec une succession opaque, un risque de fragmentation interne, et un durcissement militaire. Dans ce contexte, imaginer l’équipe nationale iranienne fouler les pelouses de Los Angeles ou de Seattle dans trois mois relève presque de la fiction.

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Un impact direct sur la Coupe du Monde 2026

Car le cœur du problème est là : 78 des 104 matches du Mondial 2026 auront lieu aux États-Unis. Or l’Iran figure toujours sur la liste américaine des pays soumis à de sévères restrictions d’entrée sur le territoire. Même en temps « normal », l’obtention de visas pour des citoyens iraniens relève du parcours du combattant. Des rumeurs avaient déjà eu lieu il y a quelques mois, soulignant un possible boycott de la délégation iranienne au tirage au sort des phases de groupes. En pleine guerre ouverte, avec un président américain appelant publiquement au « soulèvement » du peuple iranien, annonçant directement le retour de Reza Pahlavi, fils aîné de Mohammad Reza Pahlavi, dernier Shah d’Iran déchu par la Révolution islamique en 1979 La question dépasse le cadre administratif, comment garantir la sécurité d’une sélection iranienne sur le sol américain ? Comment gérer les risques de manifestations, de tensions diplomatiques, voire d’incidents ? La FIFPRO s’est déjà inquiétée de la détention du joueur Amirhossein Ghaderzadeh en Iran, signe que la crise touche directement le monde du football. Les joueurs, eux, sont pris en étau entre patriotisme, peur et incertitude, à l’image de la star Mehdi Taremi, menacé de participation à la Coupe du Monde pour avoir réalisé, il y a quelques années, son service militaire (obligatoire) en Iran. Pour rappel, selon les derniers recensements, près d’un million d’Iraniens vivraient aux Etats-Unis et formeraient ainsi la plus grande diaspora du monde hors Iran, avant l’Allemagne et le Canada entre autres.

Sportivement, l’Iran a gagné sa place. Première de son groupe en qualifications asiatiques, elle devait évoluer dans le groupe G face à la Belgique, l’Égypte et la Nouvelle-Zélande, avec trois matches programmés aux États-Unis. En cas de retrait ou d’exclusion, le règlement prévoit un « représentant désigné », probablement issu de la zone asiatique - les Émirats arabes unis ou l’Irak sont évoqués puisque ces derniers joueront les barrages en ce mois de mars. En cas de victoire des Irakiens, les Emiratis, éliminés en barrages AFC par l’Irak, pourraient être sauvés. Mais remplacer à la hâte une nation qualifiée pose un problème d’équité sportive et d’image. Après les polémiques autour du Venezuela dans d’autres compétitions continentales, après les inquiétudes sécuritaires persistantes au Mexique, co-organisateur du tournoi, la Coupe du Monde 2026 ressemble de plus en plus à un champ miné diplomatique. La FIFA, qui se veut apolitique, se retrouve contrainte de faire de la haute voltige géostratégique. Lors d’une interview accordée à la télévision d’État de Téhéran, Mehdi Taj, président de la Fédération de la Republique Islamique d’Iran de football, a déclaré sans ambages : « compte tenu des événements d’aujourd’hui et de l’attaque des États-Unis, il est difficile d’être optimiste quant à la possibilité de se qualifier pour la Coupe du monde. La décision finale revient aux instances sportives . »

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Au fond, la question iranienne rappelle une vérité que le football tente souvent d’oublier. La Coupe du Monde n’est jamais hors-sol. En 2026, elle se jouera au cœur d’un pays directement impliqué dans un conflit armé avec l’une des nations qualifiées. Avec la mort d’Ali Khamenei confirmée, une phase de transition s’ouvre pour l’Iran et son peuple, et qu’elle devienne positive ou négative pour l’échiquier mondial, le régime pourrait durcir sa position, se replier ou au contraire imploser, laissant place à une nouvelle politique. Chaque scénario a des implications pour la sécurité, les déplacements, les symboles. La FIFA voulait un Mondial XXL à 48 équipes, vitrine planétaire du soft power. Elle se retrouve face à un dilemme historique entre préserver l’universalité du football ou céder à la réalité brutale des rapports de force internationaux. Et cette fois, le ballon rond ne pourra pas faire comme si la politique restait aux vestiaires.

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