Aboubakar Kamara : « si Dimitar Berbatov avait suivi mon centre, ça aurait pu changer ma vie »

Du rocher monégasque à la ville de Thessalonique, située au fond du golfe Thermaïque, la carrière d'Aboubakar Kamara n'a pas été un long fleuve tranquille. Porté par la devise horatienne du Carpe diem, le natif de Gonesse s'est ainsi progressivement construit entre expériences heureuses et conduites sulfureuses. Débarqué sur le sol grec, le 17 août dernier, où il s'est engagé pour quatre saisons avec l'Aris Salonique, l'attaquant international mauritanien est surtout devenu le transfert le plus cher de l'histoire du club grec. Une nouvelle étape pour celui qu'on surnomme "AK47". Entretien.

Aboubakar Kamara, nouvelle recrue de l'Aris Salonique.
Aboubakar Kamara, nouvelle recrue de l'Aris Salonique. ©Maxppp
La suite après cette publicité

Foot Mercato : Aboubakar Kamara, avant de revenir plus en profondeur sur votre parcours, vous avez rejoint l’Aris Salonique, club en D1 grecque, le 17 août dernier, comment vivez-vous vos premiers pas et pouvez-vous nous parler de ce choix ?

Aboubakar Kamara : moi ça va, je me sens bien, ça se passe bien en Grèce, ici tout le monde m’a bien accueilli, c’est un beau pays, un très bon club et la mentalité des gens ici me plaît, il n’y a vraiment pas à se plaindre. Pourquoi ce choix ? Je pense que c’était une fin, la fin d’un petit cycle avec Fulham, je sais pas si j’ai fait assez longtemps dans ce club, si je n’aurais pas dû rester encore un peu, mais très honnêtement je pense plus que c’était la fin d’un cycle. Il fallait que je m’en aille, il fallait que je découvre de nouveaux horizons pour m’épanouir et puis tout simplement changer d’air.

FM : au niveau de vos performances individuelles, vous en êtes aujourd’hui à 7 titularisations en 7 matches avec deux buts et deux passes décisives au compteur, c’est déjà une forme de confiance accordée par votre coach Apostolos Mantzios ? Quelles sont ses attentes ?

A.K : exactement et c’est d’ailleurs aussi pour ça que je suis parti de Fulham même si je me sentais bien dans ce club et que j’avais tous mes repères à Fulham. Après avoir eu une discussion avec le coach, une grande discussion avec mes agents (ndlr : KDS Football Management) mais aussi une discussion avec le club d’Aris, mon choix s’est porté vers la Grèce et aujourd’hui je joue tous les matches donc c’est déjà positif sur ce point et quand on t'accorde la confiance, ça participe forcément à ton épanouissement. Après sur les attentes du coach, déjà on échange souvent. Quand je suis arrivé et c’est pour ça qu’il m’a pris, c’est qu’il avait besoin de mon profil en attaque parce qu’il n’avait pas de joueur comme moi. Donc je suis venu renforcer leur équipe et pour l’heure je pense bien le faire même si jusqu’à présent nous n'avons pas eu que des victoires. Mais bon ça fait aussi partie du football. En tout cas je pense répondre à ses attentes et j’essaie de continuer sur cette lancée chaque week-end. Après, pour le reste, comme je suis attaquant, je suis attendu sur les statistiques mais les buts, les passes décisives, ça va venir, c’est juste une histoire de temps.

FM : vous avez déjà marqué deux fois…

A.K : oui j’ai déjà marqué deux fois mais après on sait tous que les statistiques dans ce monde du football c’est très très important. Comme je vous ai dit au début, je suis venu, dans un premier temps, dans cette équipe pour les aider, pour la renforcer de mon profil et pour l’instant ça se passe plutôt pas mal. Tout le monde ici est content de moi. Je n’ai que deux buts à mon compteur donc j’espère qu’il y en aura d’autres mais le plus important vous savez, ça reste de gagner et d’enchaîner les victoires.

FM : quels sont vos objectifs avec l’Aris Salonique et sur le plan collectif, quelles sont les ambitions du club sur la saison ?

A.K : mon objectif est, entre guillemets, très simple, c’est de gagner tous les matches, si je gagne tous les matches bah c’est logique je suis premier (rires). On sait que ce n’est pas aussi simple et que ca ne se passe quasiment jamais comme ça mais ça reste mon objectif, sur le plan personnel, je veux gagner tous les matches, qu’on soit acteur du match, qu’on enchaine les bonnes prestations collectives le samedi ou le lundi, parce qu’on joue souvent le lundi ici et puis après par la suite on verra. Sur le plan collectif, le club a démarré avec -6 points (ndlr : la Fédération hellénique de football (EPO) a décidé que l'Aris commencerait le nouveau championnat avec une déduction de six points, sanctionnant une falsification du contrat de Borche Laskov), on a donc démarré avec ces 6 points en moins d’entrée de jeu, ça nous donne un gros désavantage mais on va essayer de combler cette sanction, de rattraper tout ça et si on arrive à le faire, ça prouvera aussi que notre équipe tient le coup et qu’on a un gros effectif dans ce championnat.

FM : comment s’est passé votre intégration dans ce club qui n’a finalement que peu de locaux au sein de son effectif mais beaucoup de joueurs étrangers. Des joueurs comme Yohan Benalouane ou Kóstas Mítroglou (arrivé au club cet été) qui ont évolué en Ligue 1 ont pu faciliter votre intégration, vous les avez côtoyé durant votre carrière ?

A.K : non même pas, moi vous savez je n’ai pas une grande carrière, (Yohan) Benalouane je ne l’ai jamais rencontré alors oui j’en avais déjà entendu parler et Kóstas Mítroglou je l’ai vu à la télé (rires). Après il y a effectivement beaucoup d’étrangers mais on s’entend bien globalement. Bon il y en a toujours qui sont un peu dans leur coin mais ça c’est normal, ça dépend du caractère de chacun et tu ne peux pas changer ça mais rien de bizarre ici, tout se passe très bien. Dans ces conditions-là, je n’ai jamais ressenti de difficultés, je suis quelqu’un de très sociable, même pour la possible barrière de la langue, je sais parler anglais donc ça va, mais même si je ne savais pas parler anglais, j’aurais trouvé d’autres moyens, par les gestes ou autre chose (rires) pour échanger, pour rigoler, ça ce n’est pas un problème. Ici, la moyenne d’âge est assez élevée, cela montre une certaine expérience, ils ont voyagé donc tout le monde sait à peu près parler anglais, tout le monde a des petites bases donc ça nous facilite la communication au quotidien.

FM : je reviens sur l’opération même de votre transfert vers l’Aris Salonique, comment ça s’est passé ?

A.K : comment ça s’est passé ? Pour ça, il faut demander à mes agents, c’est eux qui font le boulot, moi je suis la pour jouer au football et le reste ce n’est pas mon domaine, je ne m’en occupe pas et je ne connais même pas tout ça…

«Je m’en souviens encore, c’est Geoffrey Kondogbia qui me passe le premier ballon»

FM : évoquons votre parcours, vous êtes formé à l’AS Monaco où vous faites, sous Leo Jardim, vos premières apparitions en Ligue 1 lors de la saison 2014-2015. Globalement que retenez-vous de vos premiers pas sur le Rocher ?

A.K : une superbe expérience à Monaco, franchement j’étais bien, ça m’a fait très plaisir d’avoir la confiance d’un coach. C’était la première fois pour moi, ça m’a fait bizarre mais voilà je savais que le plus dur commençait et j’en garde vraiment de bons souvenirs.

FM : qu’est ce qui vous a fait bizarre ?

A.K : ma première rentrée… C’était contre Lyon (ndlr : le 12 septembre 2014 lors de la 5e journée de Ligue 1) si je m’en souviens bien, c’était la première fois que je jouais sur un grand terrain, je me souviens, c’était Gerland, c’était immense, c’était hyper grand honnêtement et moi j’arrive avec mon gros numéro 33 là et je ne comprend rien du tout à ce qui m’arrive, je me dis que je vais pas rentrer dans ce match-là mais d’un autre côté je m’y étais préparé parce que je me suis dit : "bon là Leo Jardim, il m’a pris", mes coéquipiers de CFA à ce moment-là, ils devaient jouer contre Saint-Etienne et moi je suis là alors qu’à l’époque, Saint-Etienne c’était un gros match, avec Monaco il y avait toujours une petite rivalité donc forcément j’ai trouvé ça étrange qu’il me prenne, je me suis posé des questions et puis le match il passe et il ne se passe rien, donc là je me dis, désolé du terme mais "voilà n**** si je ne joue pas, c’est pas grave", il m’a pris dans le groupe et ça me faisait vraiment plaisir. Mais on en veut toujours plus. Et là quand il m’a fait rentrer, je me suis dit : "waouh mais qu’est-ce que je vais faire ?", j’étais perdu, je crois qu’il y avait 1-1 ou 2-1 pour Lyon (ndlr : 2-1 pour l'OL), je ne sais plus exactement, je ne m’en rappelle plus et puis je rentre (ndlr : Aboubakar Kamara remplace Yannick Carrasco à la 84e), il me fait rentrer, je crois qu’il restait quatre minutes avec le temps additionnel compté et quand il me fait rentrer j’essaie de courir partout, j’oublie tout (rires), j’oublie même les bases, sur le placement etc, je me dis : "mais quand tu vas recevoir le ballon, il faut que tu le maitrises bien". Vous savez, je viens de loin donc c’était avant tout une chance, ce n’était pas précipité mais à partir du moment où il me dit "tu es dans le groupe", ça veut dire que je suis prêt et moi du coup sur ces minutes-là, je cherche la balle, je propose partout, j’essaie de faire des appels, de demander le ballon à droite, à gauche et personne ne me la donne et moi ça bouillonne, je me dis mais je suis prêt pourquoi on ne ne me la donne pas...

FM : la frustration doit monter...

A.K : je me rends compte surtout que c’est un autre niveau, le ballon il circule à une vitesse folle, les déplacements il faut aussi les faire pour tes partenaires etc etc… Je ne suis pas perdu mais je suis en attente d’une première balle pour essayer de me mettre en confiance. Et donc je finis par toucher mon premier ballon et je m’en souviens encore, c’est Geoffrey Kondogbia qui me le passe et d’ailleurs je suis content que ce soit lui qui me le passe parce que lui tout le temps il me disait : "accroche toi". Il me conseillait, il me parlait beaucoup, j’étais proche de lui donc c’est aussi un symbole que ce soit lui qui me passe le ballon. Donc il me le donne, je progresse avec et je vais pour centrer, c’était les dernières minutes, je centre et dans ma tête mais… pour moi il y avait but sûr et certain. Franchement le centre n’est pas mauvais, je le dépose au deuxième poteau, vraiment il n’est pas mauvais et je me dis que si Berbatov, mais même jusqu’à aujourd’hui, je me dis que si Berbatov il avait suivi le ballon, il aurait marqué parce qu’il n’est pas passé très loin de lui, j’ai encore l’image dans mon esprit là et je vous assure qu’il aurait marqué (rires) parce qu’en plus il était très très bon de la tête et c’était un très grand finisseur. Ça veut dire que moi dans mon esprit, il allait la terminer la balle, il suit un peu mais il ne fait pas vraiment l’effort et là je me dis putain (rires), ça aurait pu changer le match, ça aurait pu changer ma vie tu vois… Mais bon voilà, c’est comme ça. Finalement on a perdu le match mais en tout cas, Monaco oui je suis resté content de ce petit début.

FM : après un petit passage en Belgique (ndlr : KV Kortrijk), vous arrivez à Amiens et là le souvenir doit aussi être bon avec une montée en Ligue 2 (5 buts, 1 passe dé en 16 matchs) puis une montée en L1 (11 buts, 2 passe dé en 29 matches)...

A.K : oui pendant une saison et demie, je suis arrivé en janvier lors du mercato hivernal et oui ça s’est bien passé, j’ai rencontré de belles personnes, j’ai fait de belles connaissances, notamment des personnes que j’avais joué quand j’étais en CFA. Une personne précisément c’est Gessouma Fofana que j’avais rencontré contre Lyon la Duchère donc oui un très bon groupe, très soudé, une bonne année et demie que j’ai pu réaliser là-bas et franchement ça m’a ouvert les yeux sur le football. Je me suis rendu compte qu’il pouvait y avoir de bons amis dans le football parce que moi au départ j’entendais que des conneries sur le monde professionnel, qu’il n’y a pas d’amis, qu’il n’y a pas ceci, pas cela, qu’il ne fallait pas faire confiance aux gens. À Amiens sincèrement j’ai trouvé une vraie famille et on a d’ailleurs carrément fait un travail de famille.

FM : ce regard péjoratif sur le football, on vous en a parlé durant vos années de formation ?

A.K : oui mais après il faut le dire, c’est un milieu de requin, ce n’est pas facile. Dans ce milieu les gens sont dangereux, honnêtement et moi j’en ai fait les frais avec les agents. Oui au départ j’avais aussi cette image-là mais après quand je suis arrivé à Amiens, mon approche a complètement changé et j’ai décidé de faire abstraction de tout ça, d’aller vers l’avant, de ne plus rentrer dans ces histoires et ça a payé.

FM : après un passage à Fulham où vous êtes moins utilisé sur la fin, vous décidez de revenir en France, à Dijon… Pourquoi ce choix ? S’imposer en L1 était un objectif ?

A.K : sans parler de s’imposer, je me suis surtout dit qu’un retour en Ligue 1 pouvait être une bonne chose pour moi, j’en ai discuté avec mon agent, on en a longtemps discuté mais moi je devais jouer un peu plus. Il me fallait des minutes dans les jambes. Donc après réflexion on s’est retrouvé à Dijon et je me suis dit que ca allait être un bon rebond pour moi et ça m’a aidé. C'était une très bonne expérience mais comme dans tous les clubs où je vais, je rencontre de nouvelles personnes, je découvre une nouvelle vision des choses, du football. Ce n’était pas facile il faut le dire, je suis arrivé à Dijon avec beaucoup d’ambitions mais aussi avec beaucoup de frustrations. Je voulais montrer que je suis un joueur à respecter, un bon joueur de football, que je sais faire des choses mais bon ça ne s’est pas forcément très bien passé (ndlr : 1 but en 11 matches), aussi peut-être à cause de ce côté trop excessif, parce que j’avais faim. J’avais trop faim mais ouais... ça ne s’est pas forcément très bien passé vers la fin, on est descendu avec Dijon mais encore une fois ce sont des expériences qui te permettent d’apprendre et j’ai appris que rien n’est fini dans la vie (rires), ce n’est pas parce que tu descends que ta carrière s’écroule.

FM : vous continuez à suivre la Ligue 1 aujourd’hui ?

A.K : non franchement très honnêtement je vais dire la vérité (rires), je ne sais pas si on va m’en vouloir pour ça mais le football je ne le suis pas plus que ça, je suis focalisé sur moi, sur mes performances et puis c’est tout.

FM : sans suivre le football, l’arrivée de Messi vous avez dû forcément en attendre parler…

A.K : oui forcément après je discute du football ici, avec mes collègues, dans l’équipe, dans le vestiaire, à l’Aris Salonique on en parle… Et Messi oui ça a fait du bruit, du très très gros bruit forcément, je n’aurais jamais cru qu’il allait partir du Barça personnellement, comme beaucoup de monde d’ailleurs, mais c’est bien pour lui, il a décidé de le faire et c’est bien pour lui mais ça c’est son problème.

F.M : vous qui avez connu plusieurs footballs différents avec la Ligue 1, la Premier League, pouvez-vous nous décrire le football en Grèce ?

A.K : le football grec franchement c’est un bon football, avec de bons joueurs, ici sincèrement, il y a de très très bon joueurs et comme je dis toujours, que ce soit en Belgique, partout où je suis passé, en commençant en France, Amiens, Belgique, Fulham, tous les championnats ont leurs difficultés. Au-delà même des comparaisons possibles, il y a déjà un temps d’adaptation par exemple parce que je ne viens pas d’ici, il y a de bonnes équipes et ça reste un football physique, ça joue dur après il n’y a pas forcément toujours la qualité technique qu’on peut trouver en Angleterre ou en France mais ça reste un championnat difficile. En Premier League par exemple c’est la bagarre (rires), quand je dis bagarre ce n’est pas la bagarre au sens strict mais c'est surtout cette envie de tout donner et moi j’étais plutôt à l’aise avec ça, ça m'a pas mal réussi.

«Je ne pensais pas finir joueur de football professionnel»

FM : à ce titre, cette arrivée à l’Aris Salonique, qu’est ce que cela représente pour vous ?

A.K : c’est une nouvelle étape dans ma vie, un nouveau pays, une nouvelle langue, vous pouvez aussi le voir comme un rebond pour moi mais je peux aussi rester ici. Franchement je ne sais pas ce que l’avenir me réserve et moi je suis quelqu’un qui vit au jour le jour donc pour l’instant ça se passe bien ici et peut-être que je vais rester toute ma vie en Grèce, peut-être que je vais changer. Après depuis le début je parle aussi beaucoup de mon agent mais mon agent c’est mon frère, c’est un pilier dans ma vie, c’est avec lui que je discute de tout, au niveau du football mais aussi en dehors. C’est avec lui que je discute de tout donc si il doit y avoir une discussion à ce sujet, je verrai ça forcément avec lui. Pour l’instant je me plais bien ici et on verra ce que la suite me réserve. Mon rêve aujourd’hui c’est de bien gérer mon après-carrière, de bien finir ma carrière de footballeur avec une bonne image. Ce n’est pas quelque chose de facile, je viens de loin et je ne suis pas rentré dans le monde du football depuis très longtemps, en tout cas pas dès le plus jeune âge. Je suis rentré dans ce milieu pour prendre du plaisir parce que c’est toujours l’image que j’ai eu du football, un sport pour prendre du plaisir. Après subvenir aux besoins de ma famille parce que ça reste le plus important et puis quand je marque des buts ou que je fais des passes décisives c’est un plus mais le plus important se trouve dans ce que j’ai dit avant.

FM : 36 buts et 12 passes décisives en 180 matches, j’en viens à votre profil de joueur. Comment vous vous décrivez ? Vos forces et vos axes d’amélioration…

A.K : ma force, c’est clairement mon caractère, c’est lui qui m’a permis d’en arriver là aujourd’hui. Au niveau du terrain, je peux parler de ma condition physique qui fait partie de mes forces parce que j’allie ce coté costaud et en même temps je suis assez rapide. Après je ne marque pas tant que ça en effet et c’est ça qu’on me reproche parfois, d’être un peu trop gentil, un peu trop altruiste. D’un côté je dois progresser sur ça mais c’est aussi ce qui m’a permis d’être ici aujourd’hui. J’ai conscience qu’aujourd’hui ce sont les statistiques qui comptent mais moi je suis heureux quand je vois un ami marquer ou quand mon équipe gagne ou quand j’ai récupéré la balle et que derrière un autre a marqué. Ça pour moi ça n’a pas de prix, participer à l’action du but et vivre quelque chose ensemble.

Aboubakar Kamara, nouvelle recrue des Mourabitounes

FM : concernant la Mauritanie, vous avez été appelé en mars dernier pour la première fois, que représente pour vous le fait de porter ce maillot de la sélection mauritanienne ?

A.K : honnêtement beaucoup de fierté, ça fait toujours plaisir de représenter son pays après j’ai toujours eu entre guillemets le choix. On a le choix de nous-même déjà mais on a aussi, en tout cas, pour moi le choix de la sélection qu’on veut défendre. De mon côté, j’avais le choix entre le Sénégal et la Mauritanie et j’ai fait le choix de la Mauritanie et je suis fier de ça, aujourd’hui je suis mauritanien, ça comble ma famille, mes proches, mes amis et j’en suis aussi très satisfait.

FM : qu’est ce qui a motivé cette préférence pour la Mauritanie par rapport au Sénégal ?

A.K : au Sénégal, il y a du monde, les places sont chères, je ne dis pas que je n’ai pas les capacités pour aller là-bas ou quoi que ce soit mais il y a du monde. Après ce n’est pas ça qui m’a fait prendre ma décision, j’aime le challenge et avec la Mauritanie j’avais cet aspect là en plus. De savoir que la Mauritanie au niveau du football mondial est considéré comme un « petit » et de pouvoir venir renforcer cette sélection avec des joueurs comme nous qui jouons en Europe c’est motivant. La volonté de grandir avec eux, honnêtement c’est un beau challenge et c’est principalement ça qui a motivé mon choix. Après pour moi, la Mauritanie n’est pas une petite nation parce qu’il y a de très bons joueurs mais on sait qu’il y a toujours une petite crainte pour les Franco-Mauritaniens ou les Sénégalo-Mauritaniens de rejoindre une équipe qui ne semble pas très élevée sur le plan footballistique. Mais moi ça ne me fait pas peur, ça me fait même kiffer parce que tous les jours, tous les matches qu’on fait, c’est un nouveau défi, on ne joue jamais une équipe, avec notre statut, où on se dit : "ouais c’est une petite sélection, ça va le faire", nous on a tout à apprendre, tout à prouver. D’ailleurs j’en profite pour appeler tous les joueurs qui sont dans cette situation, qui pourraient hésiter entre la Mauritanie et une autre sélection, qui ont la tête entre les deux à nous rejoindre car la Mauritanie reste un très beau pays déjà et sur le plan du football, c’est une nation qui voit grand, qui voit très très grand.

FM : vous êtes d’ailleurs qualifiés pour la CAN 2022 après avoir participé à la CAN 2019. Au niveau des éliminatoires du Mondial, c’est plus compliqué même si ce n’est pas encore scellé mathématiquement (ndlr : 4e du Groupe B avec 1 point derrière la Zambie, la Guinée équatoriale et la Tunisie). Vous y croyez encore ?

A.K : personnellement comme je disais au départ, quand il y a un match, j’ai envie de le gagner mais bon oui faut être réaliste, ça va être plus difficile maintenant avec ce bilan par rapport aux autres équipes du groupe mais tout reste possible. En Afrique, tout est possible mais regardez même en Europe tout est possible, on l’a vu avec la France face à la Suisse (ndlr : éliminée lors des huitièmes de finale du dernier Euro) donc à nous d’aller le plus loin possible, de nous battre avec nos armes. On a vu des matches qui même si sur le papier nous sommes considérés comme bien plus faibles, sur le terrain, moi j’y suis donc je le vois, nous sommes une bonne équipe et on peut poser beaucoup de problèmes à beaucoup d’équipes. Nous savons jouer au football. En l’occurrence, Corentin Martins qui n’est, certes, plus le sélectionneur de la Mauritanie aujourd'hui (ndlr : limogé le 11 octobre dernier) a inculqué aux joueurs et à moi qui suis arrivé un peu plus tard cette confiance, sur le fait que nous sommes des bons joueurs de football et honnêtement il a crée quelque chose de très fort dans ce groupe avec ce qu’il a à disposition. Mais quand on regarde, ça a payé notamment avec ces deux CAN donc faut le remercier pour ça. Moi je le remercie pour ça, de m’avoir fait venir jouer pour la Mauritanie, de m’avoir convaincu de rejoindre cette sélection et aujourd’hui je suis fier de participer à cette aventure.

FM : la succession est déjà prévue pour Corentin Martins (ndlr : l’entraîneur tunisien Nabil Maaloul est évoqué pour prendre la suite) ?

A.K : honnêtement je ne sais pas du tout, c’est encore très frais même si les échéances arrivent à très grand pas mais pour l’instant rien n'a été dit, rien a été fait et on verra ça dans les prochaines semaines. On attend encore.

FM : globalement que retenez-vous de l’ensemble de votre parcours ?

A.K : dans l’ensemble, je n’ai aucun regret. Il y a des gens qui partent de plus loin que moi mais je pars quand même de loin. Même si toutes les histoires sont différentes, je pars de très loin. Je suis arrivé à Monaco assez tard, avec beaucoup de lacunes, quand je suis arrivé sur le Rocher, je me suis dit que je ne sortirai pas vivant de tout ça (rires). Je ne vais pas en sortir indemne parce qu’honnêtement là-bas, il y avait des joueurs mais c’était des fous, que je dis des fous, c’est que c’était des joueurs magnifiques, très forts avec qui j’ai tissé de très très gros liens. Je ne me suis jamais dit que je ferai partie de l’un d’entre eux, je ne pensais pas finir professionnel et en être là aujourd’hui, de gagner ma vie grâce au football donc c’est une immense fierté et beaucoup de positif.

FM : au départ vous n’envisagiez pas devenir footballeur professionnel ?

A.K : j’ai toujours eu un ballon mais que dans mon quartier donc pour moi il n’y avait rien d’envisageable dans le football, pour moi c’était juste "joue au football et voit ce que tu sais faire". Après quand j’ai atterri à Monaco, je me suis dit peut être que j’ai mes chances et comme je vous ai dit, le reste c’est grâce à mon caractère et mon envie. C’est ma force première donc à partir de là, je me suis dis "joue ta chance à fond et surtout ne regrette rien", parce que je ne regrette jamais rien, peu importe ce qu’il se passe. Donc j’ai joué le jeu à fond, c’est tout.

FM : Newcastle vient de se faire racheter par une puissance financière énorme, quel regard portez-vous sur ce rachat vous qui avez connu de près le football anglais et la Premier League ?

A.K : sincèrement avec le football d’aujourd’hui, tout ça ne me surprend plus mais après ils peuvent acheter tous les joueurs qu’ils veulent… On l’a déjà vu avec les galactiques, avec le PSG, on dit ils vont gagner, ils vont gagner mais au final il ne se passe rien du tout. Après j’espère pour eux que ça va marcher mais ça c’est leur problème. Après Newcastle reste une très bonne équipe de Premier League donc c’est bien pour eux d’avoir de nouveaux investisseurs mais il ne faut pas oublier que c’est du football et seulement du football, c’est pas autre chose…

FM : dans un peu plus d’un mois il y a la cérémonie du Ballon d’Or (ndlr : 29 novembre prochain), avez-vous un favori ?

A.K : franchement ils devraient me prendre moi (rires). On le donne tout le temps aux mêmes personnes donc quitte à changer, autant me le donner à moi... ou à un autre.

Plus d'infos

Commentaires