À l’instar du monde du cinéma ou du monde de la musique, le football est fait de strass et de paillettes. Un côté bling-bling dans lequel se retrouvent avec plaisir les plus grandes stars du ballon rond. Mais tous nos amis footballeurs ne sont pas sous les feux des projecteurs et n’ont pas la chance de crever l’écran jour après jour. Univers impitoyable s’il en est, ce sport voit donc certains de ses joueurs devoir prendre leur baluchon pour partir aux quatre coins du globe dans le seul et unique but de pouvoir exercer leur métier, qui reste avant toute chose une passion. La semaine passée, nous vous emmenions du côté de Chypre. Pour cette édition, notre tour d’horizon fait escale en Asie, et plus précisément en Thaïlande, où évolue Romain Gasmi. Contacté par nos soins, le milieu de terrain nous raconte son parcours :

« Je suis arrivé à Strasbourg à 16 ans. J’ai fait trois ans au centre de formation et j’ai signé pro à 18 ans après avoir remporté la Gambardella. J’ai attaqué sous les ordres de Jean-Pierre Papin. Ça se passait super bien. Mais à la mi-saison, j’ai moins joué parce qu’on se battait pour la montée donc il a plus fait jouer les anciens. Au final, on est remonté en Ligue 1 mais ils ont décidé de changer de coach. Ils l’ont écarté. Il a préféré partir, je n’ai jamais su vraiment quelles étaient les histoires. On monte avec Jean-Pierre Papin et le Racing a préféré prendre Jean-Marc Furlan qui venait de descendre avec Troyes à l’époque. J’ai fait la reprise avec Strasbourg comme convenu vu que j’avais encore deux ans de contrat. J’ai fait la préparation avec eux, j’ai marqué des buts en match de préparation. J’ai fait ensuite 5 ou 6 bancs de touche en Ligue 1, puis je suis rentré une fois contre Auxerre, 15 minutes. Le match d’après, je n’étais plus dans le groupe et je n’ai plus jamais eu droit de faire mes preuves. J’ai eu beaucoup de mal à retrouver mes marques, à m’en remettre parce qu’on ne m’a jamais expliqué pourquoi je n’avais pas ma chance. Alors que certains en ont eu pas mal, puisque quand on est redescendu en Ligue 2, on a aligné la même équipe la saison d’après. J’ai donc été prêté une saison à Southampton, où j’ai pris beaucoup de plaisir. Mais la clause était à 1M€ et le club était en déficit. Ils ne se sont donc pas trop attardés sur mon sujet et m’ont laissé rentrer chez moi ».

Un retour en Alsace qui n’a malheureusement pas porté ses fruits, le joueur se retrouvant une fois de plus écarté des terrains : « Je suis revenu à Strasbourg la saison dernière, Gilbert Gress est arrivé. J’ai eu un entretien avec lui, il m’a dit qu’il comptait sur moi pour essayer d’aider l’équipe à remonter. Je suis resté au lieu de demander à résilier mon contrat. Mais il s’est fait virer tout de suite, Pascal Janin a été nommé. J’ai eu plusieurs entretiens avec lui mais son discours n’était pas cohérent selon moi. Je suis allé au bout de mon contrat, pour me retrouver au chômage pendant plus de 6 mois. J’ai fait des essais à Fréjus, mais ils n’étaient pas motivés à l’idée de me faire signer. J’ai attendu longtemps que l’UNFP m’appelle mais tous leurs stages étaient soi-disant complets. Je n’ai jamais eu de nouvelles d’eux, pourtant je cotisais (rires). Je pensais qu’on avait tous les mêmes droits, mais là ce n’était pas le cas. J’ai donc été au chômage, et j’ai aussi joué à Chasselay pendant deux ou trois mois pour garder la forme. Ils ne s’entraînaient que trois fois par semaine, donc je suis allé dans la salle de sports de M. Robert Duverne, à Brignais. J’ai trouvé des gens supers, qui se sont bien occupés de moi et qui m’ont aidé à me remettre dans le bain ».

Et à force de s’accrocher, le natif de Lyon a fini par être récompensé. En effet, le joueur de 24 ans a signé un contrat en Thaïlande : « J’ai un ami qui m’a donné le numéro d’un agent basé en Asie. En fait mon cousin est proche de Sylvain Idangar, que je connaissais déjà avant. Sylvain lui a donné le numéro et mon cousin m’a dit d’appeler. Il est venu avec moi en Thaïlande pendant mon essai. Il m’a suivi et m’a beaucoup aidé. Malgré tous les appels que j’ai pu passer à droite et à gauche à des agents en France, on n’a jamais pu me trouver un seul essai. J’ai donc appelé cet agent et trois jours après je me suis retrouvé à Bangkok avec un essai dans une équipe qui n’est peut-être pas le rêve américain mais c’est pas mal pour un joueur dans ma situation. J’ai trouvé mon bonheur, ils m’ont tout de suite fait signer. On en est à 5 matches, on est 4ème et j’en suis à 3 buts. On commence à bien parler de moi en Asie, je suis donc bien content pour l’instant. J’appréhendais beaucoup le fait de partir en Asie. Je me demandais vraiment où j’allais atterrir. Mais les gens sont supers, ils m’ont vraiment bien accueilli. J’essaye de leur rendre sur le terrain. Je ne veux pas me porter l’œil, je touche du bois, mais pour l’heure je me sens vraiment bien. Je reprends du plaisir à jouer au football ».

Un plaisir retrouvé qui pourrait bien le pousser à ne pas vouloir griller les étapes. S’il n’écarte pas l’idée d’un départ, cela ne se fera pas dans l’immédiat : « Maintenant, je suis dans une optique où je vais là où il y a de bonnes choses à prendre. Pour l’instant, je n’ai pas envie de chercher ailleurs. Je suis très bien là où je suis et je veux rester jusqu’à la trêve. Le début du championnat est en février, le mercato en juin et la fin de saison en décembre. Pour l’instant, je préfère donc rester là où je suis jusqu’en juin. Si j’ai réussi à faire suffisamment parler de moi pour un quelconque championnat, que ce soit en Europe, en Asie ou n’importe où dans le monde... Pourquoi pas, je suis ouvert à tout. Je me suis prouvé en partant en Asie que rien ne pouvait m’arrêter pour jouer au football. Je retrouve mes sensations, mon poids de forme. Je me retrouve avec un match par semaine et un championnat complet, c’est bon à prendre. Si j’étais resté en France à attendre que la lune se décroche, je serais encore en train de pointer au chômage à l’heure qu’il est (rires) ». Réussir à enchaîner les belles performances jusqu’en juin et, pourquoi pas, taper dans l’œil d’une autre écurie : tels sont les deux objectifs de Romain Gasmi. Y parviendra-t-il ? C’est en tout cas tout le mal qu’on lui souhaite.

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