Foot Mercato : comment vous sentez-vous après votre fin d’aventure à Caen ?

Fabien Mercadal : déçu. Forcément déçu. C’est assez violent mais petit à petit, on reprend le dessus, forcément.

FM : c’était prévu votre départ en cas de descente ?

F Me : non, moi j’avais pris ma décision depuis un mois et demi. Je serais parti même si on s’était maintenu aussi.

FM : le club change de tête, des figures qui s’en vont, est-ce que le club était armé pour se maintenir ?

F Me : ce qui clochait c’est qu’avec tous ces départs, le recrutement avait pris du retard. Dans la mesure où le club a perdu ses meilleurs joueurs comme Santini ou Damien Da Silva, son meilleur buteur et son meilleur défenseur, les joueurs cadres, c’était compliqué. Je me doutais que ce serait difficile.

FM : on vous avait prévenu qu’ils allaient partir ?

F Me : oui, j’ai été prévenu. Les dirigeants ont été honnêtes avec moi, on savait que ça allait être très compliqué. On pensait garder Damien Da Silva. Ça a été raté. Ça s’est enchaîné comme ça et c’est devenu de plus en plus compliqué.

FM : vous aimez le jeu. Est-ce que comme Bielsa vous pensez que le chemin est plus intéressant que la destination ?

F Me : je pense que le résultat passe par le chemin. Je ne crois pas au hasard. Il faut avoir un football pragmatique, c’est-à-dire adapté aux joueurs qu’on a. Si vous n’avez pas une structure de jeu cohérente sur le long terme, vous n’avez pas de résultat. Je pense que le chemin mène au résultat.

FM : mais à un moment donné, vous avez changé de philosophie.

F Me : oui, j’ai été obligé. Les premiers matches ont été encourageants sur le contenu. On fait un partout chez nous contre Nice, deux partout contre Lyon, on avait été performants. On fait 2-2 contre Montpellier, encore performants. Mais ces matches-là n’ont pas payé. C’était des matches nuls et on a senti que les joueurs doutaient un peu, car quand tu ne prends pas de points, tu doutes un peu. Ce qui est contradictoire, c’est la victoire contre Amiens. On n’est pas vraiment bon, on avait fait le choix d’être plutôt sur du jeu direct, on gagne 1-0, ça nous a orientés sur un jeu différent. On a lâché, entre guillemets, le beau jeu pour passer à autre chose.

FM : est-ce que vous vous êtes dit, à un moment donné, ça ne va pas le faire ?

F Me : on est à 18 points à la trêve, on n’est pas relégable. On finit bien le mois de décembre. On a entendu toute l’année qu’on allait finir dernier. On sait que l’effectif est un peu juste en qualité et en quantité. On n’est même pas barragiste, mais maintenu à la trêve et on attend le mercato. On veut trois-quatre joueurs qui amènent une plus-value à cette équipe et on rate le mercato hivernal. On fait un joueur qui se blesse (Aly Ndom, ndlr) du coup, on fait personne. Derrière, Guingamp fait quelques joueurs. Voilà, ça nous a fait du mal. On a eu une période, janvier-février compliquée puis on s’est relevé et ensuite on y a toujours cru.

« J’accepte parce que je pense que dans la communication, Rolland peut remobiliser le groupe et puis pour sa connaissance du foot »

FM : vous avez un match référence en tête ?

F Me : celui contre Marseille (défaite 1-0). Celui-là, on met beaucoup d’intensité, c’est un match abouti. C’est comme ça que j’aurais aimé qu’on joue tous les matches. On sait qu’on a un déficit d’individualité par rapport à Marseille, mais on perd ce match et ça a été un coup dur. Moi j’étais triste à la fin. Le contenu était là, mais il faut le valider par un but ou quelque chose qui fait la différence et eux mettent un joli but.

FM : est-ce qu’on se dit quand Monaco est relégable et qu’on est devant que ça va être compliqué ?

F Me : on sait que Monaco va changer toute son équipe. Ils ont les moyens de le faire et ils le font. Donc on sait qu’on va devoir aller grappiller une ou deux équipes devant. On sait qu’on en a les moyens. Encore une fois, toute la saison on nous a dit qu’on allait finir 20e. Parfois, ça peut jouer un peu dans les têtes. On sait qu’on n’a pas le meilleur effectif de Ligue 1, mais on pensait pouvoir accrocher les équipes au-dessus, car on savait que Monaco allait finir devant nous. Enfin, ils n’ont que trois points de plus.

FM : et concernant l’arrivée de Rolland Courbis ?

F Me : ce n’est pas tout à fait mon idée. On évoque avec la direction, quand on est dans ces moments-là, l’arrivée d’un préparateur mental. Pas forcément un préparateur mental, mais quelqu’un capable de remobiliser les joueurs, car ce mercato hivernal raté avait fait du mal aux garçons. On sentait qu’ils étaient sur une mauvaise pente. J’avais de temps en temps Rolland au téléphone et le président me propose le nom de Rolland. Et j’accepte parce que je pense que dans la communication, il peut remobiliser le groupe et puis pour sa connaissance du foot.

FM : entre vous deux, ça a été difficile parfois ?

F Me : non, non. La seule difficulté que j’ai eue, c’est que j’ai observé Rolland. Je n’ai pas d’a priori. Quand il est arrivé, on m’a dit "fais attention", mais moi je n’avais pas d’a priori et j’ai observé son fonctionnement et je lui ai laissé la place à laquelle il allait le plus nous apporter, que ce soit dans la com avec les joueurs ou avec les médias. Il est très performant. Puis j’ai échangé tous les jours avec lui, c’était un plaisir.

FM : vous avez beaucoup appris avec lui ?

F Me : oui, bien sûr. Ça a été un vrai soutien. On a vraiment bossé ensemble. C’était enrichissant. Des discussions à n’en plus finir, mais j’ai vraiment apprécié l’homme et le technicien.

FM : puis il est parti juste après vous.

F Me : oh, s’il était resté à ma place, je ne lui en aurais vraiment pas voulu. Je pense que Rolland, il n’était pas dans l’idée d’être entraîneur, toute la journée sur le terrain, ce n’est pas son truc.

FM : c’est impressionnant le changement d’infrastructures entre Caen et le Paris FC ?

F Me : oui. Au PFC, je les connaissais sans rien. Les deux gros changements, ce sont les infrastructures et le côté médiatique, bien plus relevé en Ligue 1. J’ai beaucoup aimé le PFC, c’est un club famille malgré ce qu’on peut penser. Il y a deux têtes fortes avec le président Ferracci et Pierre Dreossi. Ils ont fait un recrutement intelligent, j’ai pris beaucoup de plaisir.

FM : en Ligue 1, des coaches vous ont impressionnés ?

F Me : oui. En plus, j’arrive avec beaucoup d’humilité. Des structures de jeu qui m’ont plu. On n’en parle pas beaucoup, mais Halilhodžić, qui est un peu dans la case wanted en ce moment, a bien relevé cette équipe. J’ai trouvé qu’il avait changé le profil de cette équipe. Nantes, c’était un peu la victime et en fin de championnat, ils étaient très durs à jouer. Personne n’avait envie de les jouer. Le travail de Galtier à Lille est impressionnant aussi après une saison compliquée, j’ai trouvé que c’était du bon boulot. Au même titre que Blaquart à Nîmes ou Guion à Reims.

FM : et humainement ?

F Me : j’ai bien aimé Patrick Vieira. J’ai toujours apprécié ce qu’il représentait, je l’ai trouvé sympa. Des petits mots sympas suffisent parce qu’entre coaches, on n’a pas trop le temps d’échanger. J’ai aimé ce petit moment avec Patrick Vieira, qui fait du très bon boulot à Nice. Garcia aussi, j’ai fait mon stage à Lille, ils m’ont extrêmement bien reçu. Je déjeunais avec eux le midi avec son adjoint Fred Bompard, c’est quelqu’un que j’apprécie beaucoup. Humainement... C’est comme Gasset. C’est un amour, un mec formidable.

FM : est-ce que vous pensez que Thomas Tuchel aurait fait mieux que vous à Caen ?

F Me : c’est une question... Il ne faut pas que ce soit mal pris, mais je me la pose. Est-ce qu’on a optimisé le potentiel de l’effectif qu’on avait ? On ne finit pas loin. On finit à un but de jouer les barrages. Est-ce qu’on a fait le maximum et qu’on est arrivé en bout de course ou est-ce qu’on avait encore de la marge et là ça serait une grosse déception pour Rolland ou moi. Est-ce que Tuchel aurait maintenu Caen ? Je ne sais pas, on ne peut pas y répondre. Ça reste un des mystères, mais je me pose cette question souvent. Il y a évidemment des entraîneurs meilleurs que moi. Mais, même en étant meilleur, est-ce que cet effectif est adapté au coach ? Est-ce que Tuchel est adapté à cet effectif ? On ne le saura jamais.

FM : et pour vous, maintenant ?

F Me : un peu de repos, c’est quand même violent. Ça fait dix ans que je fais ce métier en tant que numéro un. J’ai fait le point. Sur les dix ans, 5 saisons on m’annonce dernier en début de saison. Parce que j’ai un profil de coach qui récupère des clubs qui ne jouent pas forcément le top 5 de leur compétition. La première à Dunkerque, après notre accession en National et avec le plus petit budget, on m’annonce la relégation, l’année d’après pareil parce que je perds mon meilleur buteur. Je signe à Tours, on m’annonce la relégation. L’année dernière au PFC, quand on est repêché, on nous dit qu’on finira avec deux points et qu’on aurait dû refuser le repêchage. Et malgré ça, je n’étais jamais descendu. C’est pour ça que j’ai cru à ma bonne étoile. Je me suis dit "tu vois, on nous annonce la relégation et on va encore s’en sortir". Malheureusement, c’est ma première relégation donc c’est un peu plus dur à digérer. J’y ai cru pour ça. Tu crois en ton étoile. Il ne manquait pas grand-chose, mais on est tombé quand même.

« Si c’était le but, de me blesser, ils ont gagné »

FM : vous êtes déjà sollicité, ça doit vous réjouir ?

F Me : oui j’ai quelques sollicitations, ça me fait plaisir. C’est toujours gratifiant. J’ai quelques discussions avec des clubs, mais rien de bien concret encore. Je me sens prêt à repartir et je suis régénéré parce que c’est ma passion le foot. J’ai des touches en France et un club à l’étranger pas dans un championnat exotique (rires). J’ai une possibilité en Europe sur un bon club et puis après quelques frémissements sur des Ligue 2 en France. Des clubs avec un projet qu’on peut mettre en place. On va étudier tout ça.

FM : vous voulez donc rebondir tout de suite ?

F Me : oui, j’ai envie. Parce que je n’ai pas perdu la foi. J’étais très déçu de la relégation. C’est quand on revient le plus fort qu’on descend, c’était compliqué à digérer. Mais je crois en notre travail et j’ai envie de bosser, servir un club. J’ai passé quand même des bons moments cette année hein ! Avec des gens autour du Stade Malherbe. Ce qu’on voit dans le regard des dirigeants, des supporters et des éducateurs, ça réchauffe le cœur. Des messages de haine, je n’en ai pas eu. Je n’ai eu que des messages de gens qui étaient tristes pour moi et le club et ça m’a fait plaisir, ça veut dire qu’on n’a pas triché.

FM : des choses vous ont blessé ?

F Me : oui, quelques articles, pas forcément mensongers, mais faits à la va-vite, sans avoir fouillé. Un édito... dedans il était marqué que je choisissais juste la couleur de l’encre du stylo de Rolland Courbis quand il faisait l’équipe. Ça m’a blessé et ça a blessé ma famille. Ça a choqué nos joueurs aussi. On est bien payé, travailler c’est un minimum, mais quand on est presque accusé de ne pas travailler... Si c’était le but, de me blesser, ils ont gagné, mais... C’est l’angle qui est navrant. Ce n’est pas une attaque de ma part, c’est une réflexion que je mène, mais parfois, chez certains, il y a un manque d’intelligence. Ma position, on peut la voir de deux façons. "Ouais, Mercadal il fout plus rien, c’est Courbis qui fait les séances, les conférences de presse, il ne fait plus les causeries avec les joueurs". On peut dire aussi : "Mercadal a agi intelligemment. Il laisse Rolland s’exprimer pour ne pas qu’il y ait de clashes parce que le but c’est de servir le club. Il a laissé agir Rolland sur ses forces et il a fait le travail que Rolland aime moins faire". Je préfère retenir l’angle choisit par la presse régionale et locale qui me suivait au quotidien, qui savait ce qui se passait et j’ai passé un très bon moment avec ces journalistes-là.

FM : le problème, ce n’est pas le manque d’accès à vous ?

F Me : il y a de ça et il faut l’admettre, il y a un peu de copinage. Mais moi, je sers mon club. Je ne vais pas appeler des journalistes dans le dos de ma direction. Et je pense qu’on te le fait payer. Mais je le paye volontiers. Je préfère ne pas être valorisé. Le but c’est de progresser tous les jours. Je dois l’admettre, je suis tombé à Caen, j’ai des responsabilités et elles sont grandes quand tu es entraîneur, tu ne peux pas te cacher. Après, l’important c’est de se relever. On a aussi travaillé pour l’avenir du club. On a lancé des jeunes, on a remis une relation avec le centre de formation, c’est important pour l’avenir du club. Nous finissons un match à Reims avec sept joueurs formés au club. Personne n’en a parlé. On l’a fait pour le club. Ce qui compte, c’est ce qu’on laisse au club, même si on a laissé aussi une relégation, ne pas laisser une terre brûlée.

FM : je crois qu’on doit juger un entraîneur aussi après son départ.

F Me : il y a des questions à se poser. Quel héritage a-t-il laissé ? Encore une fois et ça se vérifie facilement, les meilleurs coaches ne laissent pas une terre brûlée a leur successeur.

FM : vous pensez qu’on met les entraîneurs dans des cases ?

F Me : oui, ça m’ennuie un peu. Qu’on dise "Mercadal, c’est la compétition à tout prix". Oui, c’est vrai que j’ai joué le maintien avec des équipes qui avaient de petits effectifs donc on était dans la compétition. Personne ne se rend compte que je lance des jeunes. Et Rolland, on l’a mis dans une case aussi et d’autres. Je trouve ça réducteur et c’est douloureux. Après, je sais que vous faites un métier très difficile. Je l’ai dit à la dernière conférence de presse et ce n’était pas ironique. Vous vous faites massacrer parfois.

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