Le Stade Rennais a annoncé à la surprise générale le départ de son président délégué Olivier Létang. L’ancien dirigeant du PSG sera resté à son poste pendant 27 mois et aura hissé le club breton à un rang qu’il n’avait alors jamais connu durant son histoire entre une victoire en Coupe de France, deux qualifications en Coupe d’Europe et quelques jolis coups sur le marché des transferts. Retour sur les événements clés de sa présidence.

- 7/8 novembre 2017 : René Ruello vient d’être débarqué du club par la famille Pinault et pour le remplacer, elle nomme Olivier Létang, ancien directeur sportif adjoint du PSG, le 7 novembre. Ce dernier compte bien faire le ménage. Dès le lendemain de son arrivée, le nouveau président délégué vire Christian Gourcuff pour le remplacer par Sabri Lamouchi. L’actuel entraîneur de Nantes ne digère pas même s’il s’y attendait. « Des investisseurs qui travaillent avec des agents qui placent des entraîneurs, qui placent des joueurs. Le président de Rennes était président d’une boîte d’agents. Là, on est dans des conflits d’intérêts, dans le business », racontait-il à Presse-Océan deux ans plus tard.

- mercato 2018 : le Stade Rennais termine la saison à la cinquième place et se qualifie pour la Ligue Europa pour la première fois depuis sept ans. Olivier Létang et son actionnaire mettent le paquet dans le recrutement. Mbaye Niang, Clément Grenier et surtout Hatem Ben Arfa débarquent et démontrent l’ambition du club de passer un cap. En fin de contrat au PSG, Ben Arfa signe un bail de deux saisons et est présenté à la toute fin du mercato dans un Roazhon Park en plein délire. Les espoirs sont grands et permis.

- décembre 2018 : pourtant, les choses ne se passent pas très bien sur le terrain. Sabri Lamouchi peine à faire performer son équipe, qui est déjà loin en championnat et au bord de l’élimination en Ligue Europa. Les joueurs finissent par avoir la tête de leur entraîneur le 2 décembre. Dix jours plus tard, Olivier Létang maintient l’intérimaire Julien Stéphan au poste de coach de l’équipe première, lui qui dirigeait alors la réserve rennaise. Le choix est osé même s’il est conforté par la famille Pinault. Le fils de Guy Stéphan n’a aucune expérience du haut niveau. Le destin bascule aussi pour lui car deux mois avant, il avait longuement hésité à accompagner Thierry Henry à Monaco. Alors que le champion du monde 98 galère en Principauté, Stéphan parvient à redresser les résultats en remportant ses six premiers matches.

- février/mars 2019 : il arrive notamment à qualifier in extremis le Stade Rennais en 16e de finale de la Ligue Europa où les Bretons écriront l’une des plus belles pages de leur histoire. Après un nul au Roazhon Park 3-3 face au Betis, les Rouge-et-Noir vont créer l’exploit en allant gagner 3-1 au Benito Villamarín. L’effectif comme les supporters sont en transe et s’en vont défier Arsenal au tour suivant. L’impensable qualification est route après une victoire 3-1 en Bretagne mais la défaite cinglante 3-0 à l’Emirates Stadium, une semaine plus tard, met fin à la belle aventure. Malgré tout, une équipe est probablement née dans cette épopée européenne et Olivier Létang est applaudi par les fans ayant fait le déplacement en Angleterre.

- 27 avril 2019 : l’acmé de cette belle histoire entre le Stade Rennais et son président est atteinte ce soir-là. Menés de deux buts par le PSG en finale de Coupe de France avant même la mi-temps, les joueurs font preuve d’un esprit de résilience admirable. Ils parviennent à égaliser et même à remporter le trophée aux tirs au but. C’est le premier titre du club depuis 48 ans, qui vient récompenser une saison exceptionnelle, et valide les choix Stéphan et Létang. « Il y a 17 mois, j’entendais qu’on avait peur de la relégation et finalement, on s’est qualifié la saison dernière pour une saison européenne, et ce soir on va chercher ce trophée. Je suis vraiment content pour notre communauté que beaucoup ont découvert cette année. Je savais que la Bretagne est une vraie terre de football, il y a un vrai public à Rennes. Il a une attitude fantastique qui apporte beaucoup de fraîcheur. Pour tout cela, je suis aussi très content. »

- octobre 2019 : le mercato estival a laissé des traces et fait remonter des divergences entre le coach et son président. Les deux hommes ne sont pas vraiment d’accord sur les recrues à choisir, ni sur la gestion globale de cette période. François-Henri Pinault est la clé de cette réconciliation temporaire. Le conflit repart de plus belle en octobre lorsque Julien Stéphan reproche ouvertement les propos tenus par Sylvain Armand, coordinateur sportif du groupe pro dans un entretien à Ouest-France. « Ma position d’entraîneur a été fragilisée il y a quelques semaines, très clairement, lors de la sortie médiatique de la direction sur le site du club. À ce moment-là, j’ai été fragilisé. Mais je suis extrêmement combatif, extrêmement déterminé. » Létang tente de calmer le jeu mais le coach est bel et bien menacé, lui qui reste alors sur une série de 10 matches de suite sans victoire. Il conserve néanmoins le soutien complet de son groupe.

- mercato d’hiver 2020 : les résultats se sont redressés, plus qu’un peu même puisque le Stade Rennais occupe désormais la troisième place de Ligue 1. Le mercato d’hiver arrive et le dernier jour, Olivier Létang parvient à accrocher la signature de Steven Nzonzi. Le milieu de terrain champion du monde 2018 arrive sous forme de prêt en provenance de la Roma et s’annonce comme une recrue de premier plan. Omniprésent sur ce dossier, c’est en quelque sorte le cadeau de départ d’Olivier Létang mais aussi ce qui causera sa perte. L’ancien joueur du Mans et de Reims est remercié une semaine après la fermeture du marché des transferts par la famille Pinault. Outre le conflit larvé avec l’entraîneur du club, le salaire de Nzonzi poserait problème.