Cette fois c’est fait. Le projet de reprise du Havre Athletic Club par le mystérieux investisseur Christophe Maillol est définitivement mort et enterré. C’est donc, pour le club doyen, la fin de plusieurs longs mois de tergiversations, de faux espoirs, entrecoupés de moments de grâce comme la présentation d’Adriano en marge de la rencontre de Ligue 2 face à Arles-Avignon, ou les annonces des arrivées imminentes du Portugais Simão et du Brésilien Rodolfo notamment. Supporters désabusés, pouvoirs publics et sponsors dupés, cet épisode laissera vraisemblablement des traces autour du Stade Océane. Retour sur cette vraie-fausse reprise miraculeuse qui a tourné au fiasco retentissant.

- 19 août 2014 : premier coup de tonnerre ! Passant complètement à côté de son début de saison, Le Havre apprend qu’un ancien rugbymen de 48 ans reconverti en entrepreneur, Christophe Maillol, serait sur le point de reprendre 92% du club pour lui donner un nouveau souffle. Dans l’emballement, le repreneur miracle annonce que le club évoluera en Ligue 1 la saison suivante et révèle que l’ancien ministre Eric Besson va participer à l’aventure. Les supporters sont comblés, l’imposture peut commencer.

- 21 septembre 2014 : passée l’annonce, place aux actes, Maillot annonce au Parisien que la reprise en main est imminente, aucune raison de mettre sa parole en doute jusqu’ici : « Les choses suivent leur cours. Les vérifications sont sur le point de s’achever. D’ici dix jours tout sera réglé, je n’ai aucune inquiétude. »

- 14 octobre 2014 : la situation prend un peu de temps à se décanter et plusieurs voix s’élèvent pour rappeler le passé nébuleux de l’homme d’affaires, qui ne varie pas sa position d’un iota dans Paris-Normandie : « Peut-être que certaines personnes se complaisent dans l’inquiétude. Moi je vis bien, je dors bien, il n’y a pas la moindre inquiétude à avoir, a-t-il expliqué. Ce n’est qu’une question de jours. Mais que les actionnaires se rassurent, ils toucheront leur argent avant le 23 octobre. »

- 17 octobre 2014 : même explication quelques jours plus tard auprès de L’Équipe : « Les fond arriveront en fin de semaine prochaine. »

- 19 novembre 2014 : Canal+ consacre l’une de ses émissions Enquêtes de Foot à Christophe Maillol en pointant du doigt les zones d’ombres de son passé. Pourtant l’entrepreneur s’entête : « Il n’y a rien qui bloque, tous les documents sont en train d’arriver, ça peut se finaliser très vite. Ces documents ne sont pas des garanties, c’est l’argent qui va arriver sur les comptes. On est en attente du virement. Je dirai tout lors d’une conférence de presse quand je serai président, je montrerai tous les documents, je serai clair, tout sera prouvé noir sur blanc et je prouverai mes bonnes intentions à ceux qui s’en sont pris à moi. »

- 26 novembre 2014 : face à ces critiques, Maillol ne perd pas de temps à réagir et monte au créneau dans L’Équipe : « Je vais racheter le club avec de l’argent propre, de source incontestable. Je suis lassé par le lynchage, les calomnies. Les aigris iront aigrir ailleurs. Je suis en contact permanent avec M. Louvel, un homme loyal et irréprochable. »

- 2 décembre 2014 : cette fois c’est la presse brésilienne qui s’en mêle, constatant que le transfert d’Adriano prend nettement plus de temps que prévu à se concrétiser. Maillol persiste et signe pour Globo Esporte : « J’ai réussi à racheter le club, et tout va se finaliser cette semaine. Tout est OK. »

- 12 décembre 2014 : quand il ne s’épanche pas dans les médias, Christophe Maillol profite des réseaux sociaux pour clamer sa bonne foi : « Je me tais volontairement. Mais j ’apporterai toutes les preuves à la DNCG. Ceux qui m’ont fait confiance vont être heureux. Merci à eux. Aux supporters. Soutenez l’équipe ce soir. Malgré Boulogne. On va rebâtir ensemble. Je serai encore absent ce soir. Mais je prépare l ’avenir du club. Vous ne serez pas déçus. Allez le HAC », glisse-t-il sur Twitter.

- 17 décembre 2014 : passé la veille devant la DNCG, Maillol ne se dégonfle pas au micro de RMC malgré les petites 72h données par le gendarme financier pour verser les fonds toujours manquant sur les comptes du Crédit Maritime du Havre : « Les garanties, on les a données hier, avec des documents en bonne et due forme. Ils ont imposé quelque chose qui est tout à fait logique. Mais pour que cela puisse être imposé, il fallait que M.Louvel m’autorise à proposer mon projet. Et c’est ce qu’on a fait à la DNCG hier. Il n’y a pas de problème. L’important, c’est que je tienne ma parole par rapport à M.Louvel. Je l’ai tenue. »

- 20 décembre 2014 : les fonds n’arrivent pas, le montage financier devient de plus en plus obscur et Maillol en vient à expliquer au Parisien l’existence d’un « compte au nom de la société Maillol Sport Investments (MSI), elle-même immatriculée à Abidjan (Côte d’Ivoire). » Le mystère s’épaissit de jours en jours.

- 29 décembre 2014 : Maillol s’agace sur RMC qu’on ne le prenne pas au sérieux et affirme que les garanties financières sont enfin arrivées : « Concernant la reprise du club, monsieur Louvel vous a expliqué ce qu’il se passait. Il y a de véritables garanties irrévocables qui sont arrivées sur le compte du Crédit maritime. Suite à ça, c’est la monétisation qui va se faire dans les prochains jours. Aujourd’hui, il n’y a aucun problème pour que tout se finalise rapidement. » Entretemps, la Banque islamique de Mauritanie serait devenue gage de la solvabilité de l’homme d’affaires. Il est de plus en plus compliqué d’y voir quoi que ce soit.

- 6 janvier 2015 : nouvelle année mais même rengaine, force de détails à l’appui, toujours auprès de RMC : « 8 M€ ont été déposés au Crédit Maritime du Havre, avec garantie bancaire confirmée le 24 décembre, venant de la Banque Atlantique d’Abidjan, partenaire de la Banque Populaire. Le Havre détient donc bien 8 M€ sur son compte. [...] Des garanties réelles sont arrivées sur le compte. Je possède 20 M€ pour le club, qui, il est vrai, sont monétisés avec un peu de retard. J’ai demandé un effort à mes partenaires. Les fonds seront sur le compte avant le 20 janvier. »

- 23 janvier 2015 : « Si Maillol ne respecte pas l’ultimatum, nous chercherons d’autres investisseurs, les chances d’aboutir du projet ? Aujourd’hui je vous dit 50/50. La balle est dans le camp de Christophe Maillol. » En conférence de presse, Louvel semblait perdre patience quant à l’hypothétique projet de reprise de Maillol. Le président du HAC décidait de lui laisser jusqu’au 31 janvier pour apporter les fonds nécessaires à la reprise du club.

- 30 janvier 2015 : Christophe Maillol publie un communiqué de presse pour expliquer les raisons du retard et le processus de rachat du club doyen du football français.

- 31 janvier 2015 : fin du long feuilleton ! « À partir d’aujourd’hui, le processus de reprise par M. Maillol est terminé. Juridiquement, nous sommes libres. Le processus qui nous liait à Christophe Maillol est terminé. Le HAC se met dès à présent en quête d’un nouveau repreneur. En termes de communication, j’admets que nous sommes parfois allés trop loin. Si j’avais montré la moindre faille, le projet était mort. Et derrière, j’ai 234 actionnaires  » déclarait Jean-Pierre Louvel lors d’une conférence de presse. Les promesses n’ont donc duré qu’un temps, elles ne se sont jamais réalisées...