À l’issue de la 38e journée de Ligue 2, le RC Lens termine 6e, alors qu’un retour en L1 était à leur portée, laissant ainsi les supporters sang-et-or sur une nouvelle saison remplie de déceptions. Mais en coulisses, le championnat vient seulement de commencer. Habitué à passer quelques étés agités, le RCL vient cette fois de tourner une nouvelle page de son histoire en changeant de propriétaire. Exit Hafiz Mammadov, place à Solferino.

En 2013, l’ancien actionnaire majoritaire du RC Lens, Hafiz Mammadov, avait investi plus de 20 millions d’euros avant de disparaître des écrans radars. Mais avec la liquidation judiciaire de RCL holding, la société qui détenait la quasi-totalité des actions du club, le Baghlan Group d’Hafiz Mammadov ne récupérera que près de 160 000 euros, d’après les informations de France 3 Nord. Pour racheter les champions de France 1998, Solferino a mis sur la table 660 000 euros, assortis d’un premier investissement de 5 millions d’euros afin de couvrir les besoins immédiats du club et de passer de façon sereine demain devant le gendarme financier du football français, la DNCG.

Solferino veut faire revenir le RC Lens en Ligue 1

Le projet Solferino est activement soutenu par le président lensois Gervais Martel, car il lui permet de rester aux commandes du club, en tant que président. Ce qui n’était pas forcément le cas avec Charles-Kader Gooré qui a retiré son offre au dernier moment. Le rachat du club artois se compose d’un groupe d’individu lié au milieu de la finance qui détiet 65% du RCL, puis il y a l’Atlético Madrid à hauteur de 35%. Cependant, Lens est encore en attente de validation de l’assemblée générale de l’Atléti qui se déroulera fin juin.

À la tête du RC Lens aujourd’hui, il y a toujours le président Gervais Martel, et à ses côtés l’Espagnol Ignacio Aguillo, proche conseiller de l’Atlético Madrid et directeur en charge du développement du club espagnol à l’étranger depuis trois ans. Il avait notamment contribué à lancer une franchise indienne, l’Atlético de Kolkata, vainqueur de l’Indian Super League en 2014 lors de sa première année d’existence. Gervais Martel le connaît bien puisqu’Aguillo avait accompagné le président lensois le 25 janvier dernier lors d’une audience devant la DNCG. « Ma priorité est de faire remonter le club en Ligue 1 et de le stabiliser à ce niveau à moyen terme, en se donnant les moyens de recruter », a promis Ignacio Aguillo aujourd’hui en conférence de presse. Chez Solferino, il y a également un autre membre de l’Atlético Madrid, avec un poste encore plus important qu’Aguillo. Il s’agit de Miguel Angel Gil Martin, le directeur général des Colchoneros, et fils de l’ancien président du club madrilène Jesús Gil.

Puis, à Solferino, il y a le Français Gilles Fretigne, expert de la finance et dirigeant d’une société d’investissement britannique (Amber Capital UK) en étroite collaboration avec Joseph Oughourlian, français d’origine arménienne. Ancien de Goldman Sachs et Lehman Brothers, Gilles Fretigne et ses fonds spéculatifs d’Amber Capital possèdent également Millonarios FC, un club colombien de Bogota. Mais « Mr Fretigne n’a pas vocation à intervenir quotidiennement dans la gestion du club », selon Ignacio Aguillo. Pour le reste de l’actionnariat, l’Espagnol n’a pas souhaité révélé l’identité des autres personnes impliquées dans le projet, alors qu’il a pourtant annoncé « qu’un principe de transparence allait être mis en place ».

Cette association entre le Racing Club de Lens et l’Atlético Madrid, qui disputera la finale de Ligue des Champions le 28 mai, pourrait permettre au club madrilène d’être en première ligne sur l’acquisition de certains talents de la Gaillette, qui a vu éclore des joueurs comme Raphaël Varane, Geoffrey Kondogbia ou Serge Aurier. En échange, le club lensois pourrait accueillir de jeunes pépites colchoneros en quête d’expériences et de temps de jeu. « Le RC Lens pourrait être la plate-forme intermédiaire pour le développement de certains joueurs en manque de temps de jeu à l’Atlético », a déclaré Ignacio Aguillo. Dans le même temps, Gervais Martel s’est voulu rassurant sur les jeunes du Racing : « les bons joueurs de Lens ne porteront pas le maillot de l’Atléti demain, je leur souhaite mais ce n’est pas possible. On a de très bons joueurs mais on parle d’un club qui est en finale de Champions League ». À noter qu’un système de filiation existe déjà en Europe entre l’Udinese, Grenade et Watford.

Plus jamais de Coupes d’Europe pour Lens ?

De quoi donner un souffle nouveau et réjouir les supporters qui vont pouvoir enfin aller de l’avant et envisager l’avenir du club avec de hautes ambitions. Problème : le club madrilène empêcherait les Sang-et-Or de participer à n’importe quelle compétition européenne. En effet, le règlement de l’UEFA ne tolère pas qu’un club participant aux coupes d’Europe détienne directement ou indirectement des actions de tout autre club participant également à une compétition organisée par l’UEFA. Même si le RC Lens est loin d’une qualification dans un proche avenir, il n’est pas impensable de retrouver à moyen ou à long terme les Sang-et-Or sur le devant de la scène européenne. Le Racing pourrait également se qualifier pour la Ligue Europa s’il parvenait à remporter l’une des deux coupes nationales françaises l’an prochain. Ce doux rêve serait donc inaccessible en cas de présence de l’Atlético dans l’actionnariat du club, même de façon minoritaire. Mais le président Martel a tenu à rassurer les supporters : « si un jour Lens retrouve l’Europe, il est prévu que le club madrilène revende ses parts à Solferino ».

En surface, Hafiz Mammadov ne se trouve définitivement plus dans le projet du club artois. Pourtant, il existe un réel lien entre l’homme d’affaires azéri et l’un des nouveaux actionnaires du RC Lens, Ignacio Aguillo. Ces deux-là se connaissent comme l’a confirmé Aguillo : « j’ai une relation personnelle avec Hafiz Mammadov, c’est un ami à moi, et c’est grâce à lui que je suis là aujourd’hui, à la tête du RC Lens. Nous avons essayé de le garder dans le projet mais nous n’y sommes pas parvenus ». Tout en sachant, bien entendu, que l’Atlético Madrid dispose toujours du sponsor "Azerbaijan, Land of Fire" sur les abords du terrain, ce slogan qui vise à promouvoir le pays et qui a garni les maillots des joueurs lensois sous la houlette de Hafiz Mammadov. De quoi donner de sacrés maux de tête aux supporters lensois.