Foot Mercato : à votre arrivée à Tottenham, vous aviez dit que c’était un rêve pour vous de jouer en Premier League. Comment imaginiez-vous ce championnat avant d’y jouer ?

Tanguy Ndombele : je l’imaginais comme je le vis aujourd’hui je vais dire. Il y a beaucoup d’intensité. Les fans sont toujours derrière les équipes et il y a beaucoup d’ambiance. C’est un championnat où rien ne s’arrête. Tu peux aller chez le dernier et perdre, comme aller chez le premier et gagner. C’est ça la Premier League.

FM : est-ce que cela correspond à ce que vous voyez sur le terrain maintenant que votre rêve est devenu réalité ?

T.N : oui, mais je ne pensais pas qu’il y aurait autant d’intensité. J’essaye de m’adapter au plus vite.

FM : cela fait pratiquement cinq mois que vous êtes ici, parliez-vous anglais en arrivant ou prenez-vous des cours ?

T.N : non, je ne parlais pas anglais, mais j’avais quelques bases car à Lyon il y avait pas mal de joueurs qui ne parlaient pas français comme Memphis (Depay). On communiquait en anglais, on bricolait. Mais depuis que je suis ici, j’ai pris des cours d’anglais. Ça ne va pas vite pour l’instant (sourire).

FM : vous ne vous sentez pas encore capable de faire une interview en anglais pour le moment.

T.N : non, je ne peux pas. Impossible (rires).

FM : en quoi le Tanguy d’aujourd’hui est-il différent de celui qui est arrivé ?

T.N : je n’ai pas vraiment changé. Comme vous l’avez dit, je ne suis ici que depuis quelques mois seulement. J’essaye de m’adapter. Mais il est vrai que j’essaye de mettre beaucoup plus d’intensité dans mon jeu, que ce soit avec ou sans ballon ; de répéter les efforts match après match et d’être décisif. C’est la marche à suivre.

FM : on vous sent quand même plus épanoui et plus ouvert qu’à Lyon aujourd’hui. Est-ce que je me trompe ?

T.N : plus épanoui, je ne sais pas. Plus ouvert, peut-être. Je ne sais pas, vous savez mieux que moi (sourire). Mais ce n’est pas le même jeu ici. C’est un jeu beaucoup plus offensif que la France. C’est peut-être pour ça que vous avez l’impression que je suis plus épanoui.

FM : on vous voit également plus communiquer à présent. J’imagine que cela est lié à votre statut de joueur de Tottenham et d’international tricolore...

T.N : oui, c’est ça. On a beaucoup plus de sollicitations. J’en avait aussi avant. Quand tu n’es pas connu, on veut savoir qui tu es. Aujourd’hui, le fait d’évoluer et d’avancer fait qu’il y a plus de sollicitations. Parfois, il faut répondre. Je n’aime pas trop (cet exercice), mais il faut parler à certains moments.

FM : vous avez été recruté par un club qui n’avait pas retouché son effectif lors des deux mercatos précédents, soit une année. A-t-il été difficile de trouver votre place ?

T.N : non, ça a été assez facile de trouver ma place. Les joueurs m’ont bien accueilli. Comme ils se connaissaient tous, ils ont essayé de me faire entrer dans le moule je vais dire. J’essaye de bien me fondre dans la masse et d’amener ma pierre à l’édifice. C’est vrai qu’il n’y a pas eu beaucoup de nouveaux joueurs (les mercatos précédents). Le club m’a recruté et j’en suis content.

FM : vous avez pu compter sur le soutien des nombreux joueurs français ou francophones dans l’équipe.

T.N : oui. Ce sont mes "vieux" comme je le dis (rire). Moussa (Sissoko), Serge (Aurier), ils sont là pour m’aider. Il y a également Hugo (Lloris). Il y a aussi des joueurs comme Jan Vertonghen, qui est Belge et qui parle français. Donc ça va. J’essaye aussi de communiquer avec les Anglais. Mais ça c’est compliqué. On va plus communiquer en blaguant. J’essaye de m’adapter le plus vite possible.

FM : quels conseils les "vieux" vous donnent-ils ?

T.N : ils me donnent des conseils sur tout. On ne parle pas que de foot. Ils me donnent des conseils sur la vie en général. Parfois, on se côtoie en dehors du foot. Ce n’est pas tout le temps car ils ont aussi des choses à faire. Ils me conseillent sur beaucoup de choses : le foot, la Premier League et le club. Je suis nouveau ici et j’essaye de prendre mes repères. Comme ils ont déjà les leurs, j’essaye de les suivre.

FM : de qui vous sentez-vous le plus proche ?

T.N : il n’y en a pas un dont je me sens le plus proche. Je m’entends bien avec Serge et Moussa.

Ndombele n’a aucune pression par rapport à son prix

FM : Tottenham vous voulait absolument cet été. Comment avez-vous vécu votre transfert et les négociations ? Vous y êtes-vous intéressé ?

T.N  : par moment, je m’y intéressais, et à d’autres, pas forcément. Moi, je continuais à jouer. Ça ne m’a pas trop perturbé. C’est comme ça, c’est le milieu du football. Entre les négociations et l’offre, il y a un monde, ce que beaucoup de gens ne savent pas. Mais pour ma part, cette période n’a pas été compliquée à gérer.

FM : vous avez été acheté 60 millions d’euros, hors bonus. Pensiez-vous valoir autant ?

T.N : moi, je ne m’en occupe pas. L’argent, ce n’est pas moi qui l’ait sorti. J’ai tout entendu sur le prix. Soixante, soixante-deux, soixante-dix...moi je ne me préoccupe pas de toutes ces choses. Mais je n’ai pas trop de pression par rapport à mon prix.

FM : c’est vrai qu’on sent que vous n’avez aucune pression par rapport à votre prix.

TN : peut-être que c’est moi qui ne me rend pas compte. Mais on va dire que ça fait un petit montant quand même !

FM : mais ça vous rend petit peu fier de vous quand même ?

T.N : oui, c’est sûr que je suis fier de moi. Je suis content de ce que je fais. Mais je ne suis pas rassasié. Je continue sur ma lancée pour le moment.

FM : justement vous êtes sur une belle lancée, puisque vous êtes passé d’Amiens à Lyon en 2017. Vous avez aussi intégré l’équipe de France et maintenant vous êtes à Tottenham. On peut parler d’une ascension fulgurante. Vous attendiez-vous à ce que ça aille aussi vite ?

T.N : non, je ne m’y attendais pas. On connaît le milieu du foot, ça va vite dans les deux sens. Il faut toujours resté focus. Je peux repartir aussi vite que je suis arrivé.

FM : c’est votre expérience personnelle qui vous fait dire ça ?

T.N : oui, on peut dire ça. J’essaye aussi de prendre exemple sur d’autres joueurs. J’ai vu des joueurs qui avaient à peu près mon âge, auxquels on prédisait une grande carrière. Aujourd’hui, je ne vais pas dire qu’ils ne font plus rien. Ils sont là mais ils sont dans l’anonymat. Le foot va très vite et il faut s’en souvenir.

Le Frenchy prend ses marques à Tottenham et en Angleterre

FM : comment jugez-vous votre adaptation à Tottenham ?

T.N : ça va. Je tente de m’adapter. Il y a beaucoup d’intensité aux entraînements. C’est différent de Lyon, c’est le championnat anglais qui veut ça. J’ai eu quelques pépins physiques. C’est comme ça, ça fait partie du jeu. J’essaye de m’adapter au plus vite. Quand ça va, c’est bien pour tout le monde. Quand ça ne va pas, tout le monde est perdant. Donc j’essaye d’être bien sur tous les plans.

FM : vous avez parlé des entraînements. Que travaille-t-on en Angleterre ?

T.N : ici, on travaille beaucoup sur le physique. On fait de la musculation. En Angleterre, on travaille beaucoup plus qu’en France. On travaille sur le physique et le jeu.

FM : comment vous sentez-vous dans ce championnat ?

T.N : pour l’instant, je m’y sens bien. J’essaye de m’adapter. Après, je ne pensais pas que ça allait être aussi dur. C’est très compliqué la Premier League. Je prends mes marques petit à petit. J’espère que ce sera mieux à l’avenir.

FM : est-ce que la Premier League correspond plus à votre style de jeu ?

T.N : beaucoup diront oui, d’autres diront non. Moi, franchement je ne sais pas. Je peux m’adapter partout où je vais.

FM : qu’aimez-vous dans votre jeu ? Et que devez-vous encore travailler selon vous ?

T.N : j’aime ma prise de risque. Après le football, c’est dans la tête. Ce n’est pas les pieds, c’est que la tête. Les pieds, c’est l’outil de travail. Mais les pieds font ce que la tête veut (...) Je dois encore travailler ma capacité à répéter les courses. C’est le plus gros point que j’ai à travailler. Mais au final, je peux dire que j’ai tout à travailler.

FM : quelles sont vos ambitions avec les Spurs ?

T.N : je suis quelqu’un d’ambitieux. Vous pourriez me mettre en Ligue 2, je voudrais gagner le championnat. Peu importe avec qui je suis, je veux gagner. Je suis comme ça. Même s’il y a des équipes qui sont meilleures que nous sur le papier, je reste ambitieux. Quoi qu’il arrive, je veux gagner. C’est comme ça que je suis et je serais toujours ainsi.

FM : José Mourinho vous a rejoint il y a quelques jours. Comment vos premiers pas avec lui se passent-ils ?

T.N : ça se passe plutôt bien. Le coach et ses adjoints viennent de prendre leurs marques. Ça ne fait qu’une semaine qu’il est là (entretien réalisé le 27 novembre). Les méthodes de travail changent, mais c’est toujours aussi dur. En Premier League, c’est comme ça. L’approche est différente. Le coach parle français, donc c’est plus facile pour échanger. C’était mon premier match avec lui (mardi face à l’Olympiacos). Petit à petit, on verra comment cela se passe.

FM : avez-vous été impressionné quand vous l’avez rencontré ?

T.N : c’est sûr qu’au premier abord, ça m’a fait bizarre de l’avoir comme coach. Je n’étais pas habitué. D’habitude, je le voyais à la télévision ou en interview, c’était marrant.

FM : lors du match face à l’Olympiacos, je l’ai vu être bluffé et faire des gestes dans sa zone technique pour montrer qu’il appréciait certaines de vos actions.

T.N : je n’étais pas au courant mais merci ça fait toujours plaisir de savoir ça. C’est pas mal. Après comme je vous ai dit, j’essaye de prendre mes marques au plus vite. Je sais que Tottenham n’a pas encore vu mon meilleur visage. Avec le temps, j’espère qu’ils le verront.

« Tottenham n’a pas encore vu le meilleur Tanguy »

FM : vous pensez que les Spurs n’ont pas encore vu le meilleur Tanguy.

T.N : je ne pense pas, je suis sûr que Tottenham n’a pas encore vu le meilleur Tanguy.

FM : vous évoluez dans une formation peuplée de joueurs talentueux. Lequel vous a le plus impressionné ?

T.N : Son (Heung-min). Il est fort. C’est un joueur technique, rapide et adroit devant le but. C’est lui qui m’a le plus impressionné ici.

FM : il vous met la misère aux entraînements ?

T.N : oui et en match aussi (sourire). C’est là le plus important.

FM : et en Premier League, quel joueur vous a le plus bluffé ?

T.N : Kevin De Bruyne. La saison dernière avec Lyon, on avait joué contre Manchester City et il n’avait pas joué. Je l’avais déjà vu à la télé, mais sur le terrain il est beaucoup plus impressionnant.

FM : vous avez connu le Groupama Stadium, qui est une belle enceinte. Mais aujourd’hui, vous évoluez dans le Tottenham Stadium, un stade moderne et magnifique. C’est encore autre chose...

T.N : oui, c’est différent. Le Groupama Stadium est un très joli stade. Petit à petit, on monte... (rire). Pourquoi pas voir mieux plus tard, mais ça va être difficile car le Tottenham Stadium est un très beau stade. Il y a une super ambiance, les supporters ne lâchent pas. Hier (mardi dernier), on perdait 2 à 0 au bout de vingt minutes. Mais les supporters n’ont rien lâché et on a réussi à gagner 4 à 2. C’est parfait pour nous.

FM : vous avez découvert un nouveau championnat et un autre football. Mais vous découvrez aussi une autre culture. Comment se passe votre nouvelle vie à Londres ?

T.N : tout se passe plutôt bien. Moi, j’habite plutôt loin du centre ville. De temps en temps, j’essaye d’y aller.

FM : que fait Tanguy Ndombele en dehors du foot ?

T.N : je suis chez moi, je joue à la Play Station, mais pas trop. Je regarde plus des séries. Parfois, je suis avec des amis ou ma famille. C’est tout ce que je fais.

FM : vous regardez aussi du football, j’imagine. Vous devez suivre la Premier League avec un œil différent maintenant que vous y êtes.

T.N : oui, c’est sûr. Je connais plus les joueurs. Maintenant, je regarde la Premier League de plus près. Ce n’est pas comme avant.