Été 2007, Antonio Cassano est à un tournant de sa carrière. L’attaquant reste sur un échec cuisant au Real Madrid, d’où il ressort avec un embonpoint scandaleux et l’étiquette de joueur ingérable. Alors âgé de 25 ans, il veut relancer une carrière au point mort, bien loin des prédictions faites aux débuts du « plus grand talent italien depuis Baggio ». FantAntonio l’assure, il veut revenir en Italie. « Même en Serie B ». Mais personne ne veut de l’enfant terrible, capable de flinguer un vestiaire à lui seul. Personne, sauf Giuseppe Marotta. L’actuel directeur général de la Juventus, à l’époque en poste à la Sampdoria, parvient à concrétiser son transfert à Gênes sous la forme d’un prêt avec option d’achat. L’apparente prise de risque se transforme en belle histoire : Cassano retrouve la forme et son meilleur football, propulse une Samp’ qui pataugeait depuis quelques années dans le ventre mou vers la Ligue des Champions, formant avec Pazzini un tandem offensif rappelant celui de la Sampd’oro des années 90, alliant Gianluca Vialli à Roberto Mancini. 115 présences, 41 buts et 39 passes décisives plus tard cependant, Cassano pète un câble. Comme toujours.

Des insultes et plus de quatre ans d’attente

Sommé par son président Riccardo Garrone de venir réceptionner un prix décerné par les tifosi en octobre 2010, le Pibe de Bari refuse fermement l’invitation. Et devant l’insistance du dirigeant, finit par l’insulter. Un « va te faire enculer, vieux de merde » qui lui vaut une suspension jusqu’à l’intersaison, où il sera transféré au Milan AC. La suite, on la connaît : la Sampdoria, huitième au départ de son plus grand talent, coulera jusqu’à la relégation, pendant que ce dernier remportera le championnat. Un enchaînement d’événements tragiques, qui n’a cependant pas mis un terme à l’histoire d’amour entre Cassano et les Blucerchiati. Alors que nombre de tifosi invitaient publiquement les dirigeants à lui pardonner, FantAntonio clamait après seulement quelques mois hors de Gênes qu’il se verrait bien revenir. Les Garrone ont longtemps balayé cette idée.

Si la paix a été prononcée par ces derniers – Riccardo, décédé en janvier 2013, puis son fils Edoardo –, il fallait exclure du terme toute idée de pardon. Un pardon qui n’est intervenu que bien plus tard, à l’anniversaire du joueur en juin 2014. « Il est humain d’aimer, et encore plus humain de pardonner », tweetait alors la Samp’. Hasard ou pas, cette annonce coïncidait avec la cession du club au fantasque Massimo Ferrero. Un changement de direction qui a immédiatement relancé les rumeurs du retour de l’enfant prodigue, rumeurs qui se sont encore intensifiées à la résiliation de ce dernier avec Parme, en janvier dernier. Libre de tout contrat, Cassano refuse son premier club pro Bari et des offres exotiques – « on m’a proposé les États-Unis, mais l’Amérique ou Dubaï j’irai quand j’aurai 40 ans et que je n’arriverai plus à courir », justifiait-il avec son franc parler habituel –, pour mieux intensifier la drague auprès de son ex. Mais là encore, l’ex fait la sourde oreille.

Une clause anti-cassanata

Mihajlovic avait l’an passé fermé la porte au come-back. Cet été, entre un Ferrero qui avouait ne pas « aimer les remakes » et un nouveau coach, Walter Zenga, qui racontait à La Gazzetta dello Sport comment il avait expliqué au joueur qu’il ne comptait pas sur lui, on pensait que le retour ne se concrétiserait pas. Voire jamais, au vu de l’âge de l’intéressé, qui vient de fêter ses 33 ans. Mais le départ d’Okaka, et surtout la douloureuse élimination en Europa League face au modeste Vojvodina, ont changé la donne : il fallait un attaquant, FantAntonio permettait d’effacer par son simple nom n’importe quel prédécesseur et, cerise sur le gâteau, toute désillusion sportive. L’enfant terrible du football italien en signe d’apaisement, un comble.

Le retour s’est en tout cas matérialisé pour le plus grand bonheur de Cassano et de tout le peuple doriano. Ils étaient nombreux dimanche dernier à être venus l’accueillir au centre d’entraînement de Bogliasco, tandis que les abonnements ont flambé depuis sa signature. Ferrero a lui revu sa copie, pour déclarer que le Pibe de Bari serait sa bandiera. Pour autant, les dirigeants ont pris leurs précautions. Afin de prévenir le moindre écart de Peter Pan – l’un des autres surnoms du phénomène, l’enfant qui ne veut pas grandir –, ils ont inséré dans son contrat courant jusqu’en 2017 une clause anti-cassanata, pour reprendre le terme inventé à l’époque romaine par l’éminent Capello pour qualifier ses coups de sang. Cassano le sait donc, il ne pourra pas menacer les arbitres, insulter son président, refuser d’entrer en jeu, réclamer de son coach de pouvoir jouer en Timberland, s’en prendre physiquement à un coéquipier ou sécher des rassemblements collectifs, pour dresser une liste non exhaustive de toutes les folies qui ont jalonné sa carrière. Avec Cassano, les histoires d’amour finissent mal, en général. La réalisation de son rêve de fin de carrière le poussera peut-être à faire les efforts nécessaires pour s’offrir, enfin, un happy end.

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