Responsable de la stratégie économique du Milan, Barbara Berlusconi, la fille du président rossonero, est chargée d’une mission plus que compliquée : mettre le club le plus titré au monde à la diète afin de retrouver un équilibre financier. Un choix stratégique vital pour une formation, mais qui fait plus que jamais débat chez des supporters milanais plutôt habitués à voir leur cher Silvio Berlusconi casser sa tirelire pour recruter des champions. Dans les colonnes de L’Équipe, la fille Berlusconi s’explique.

« Les clubs de foot sont des entreprises comme les autres, qui ne peuvent pas générer sans cesse plus de dettes. Il faut donc que le club devienne capable de vivre sur ses ressources propres. Le modèle, c’est le Bayern Munich : il a cette autonomie, un excellent chiffre d’affaires, des bénéfices et évolue au plus haut niveau chaque saison. » L’instauration du fair-play financier par l’UEFA a donc été plutôt bien accueillie par la direction lombarde. « Cette direction est aujourd’hui la seule possible. Et je ne la prends pas à cause de l’UEFA, mais parce que j’en suis convaincue. Ce que les clubs possèdent, leurs capitaux propres, ce n’est aujourd’hui que 9 % de leurs moyens de financement. Les dettes vers les banques ou vers des tiers représentent, elles, plus de 50 %. Cela veut dire que les gens qui font le foot ne le possèdent pas, ou alors a minima, et que si, un jour, les banques ne les soutiennent plus, cette réalité s’écroulera. »

Reste maintenant à savoir comment le Milan AC mettra en pratique sa volonté affichée d’assainir ses comptes. Mais une chose est sûre, n’allez pas parler de vente du club. « D’une manière générale, il ne faut jamais rien exclure. Aujourd’hui, nous ne souhaitons pas céder le club. Mais nous ne sommes pas fermés à une participation extérieure, un partenariat qui permettrait d’augmenter le chiffre d’affaires. Cela peut, par exemple, concerner la rénovation du stade ou un projet commercial dans des pays émergents. » Trouver un partenaire capable d’investir des millions, une tactique répandue, mais qui n’empêche pas la mise en place du moyen le plus sûr d’équilibrer les comptes : le dégraissage. Quitte à perdre des stars telles que Thiago Silva et Zlatan Ibrahimovic.

« Nous devons leur faire comprendre que le chemin pris aujourd’hui est le seul possible et surtout celui qui leur donne le plus de garanties. Et puis, les grands champions, on peut aussi les fabriquer à la maison. Nous avons renoncé à Ibrahimovic, mais nous avons trouvé avec El-Shaarawy (20 ans, meilleur buteur de Serie A avec 13 buts en 16 matches) un jeune talentueux, qui représente parfaitement le club. Disons que nous avons saisi une bonne occasion avec cette offre du PSG qu’il était impossible de refuser. Perdre un joueur de grande qualité est toujours désagréable. Mais c’est comme ça... Un champion s’en va ? Nous en fabriquons un autre. Les champions sont très importants, Mais ils vont et viennent. Quel est le véritable emblème du club ? Le maillot. Et pour le supporter, il doit être plus important que le joueur phare du moment. La valeur de fond, c’est la marque. La part des salaires dans le chiffre d’affaires des clubs est trop forte. Nous travaillons pour la réduire considérablement. À l’avenir, pour garder des finances saines, les clubs devront veiller à ce que la masse salariale n’excède pas 50 % du chiffre d’affaires. C’est ce que nous avons fait. La saison précédente, cette part atteignait, chez nous, 70 %. » Qu’on se le dise, des départs seront bel et bien au programme du mercato milanais.