Foot Mercato : Depuis votre signature à Monaco l’été dernier, beaucoup de choses se sont passées. Comment avez-vous vécu cette année ?

Soualiho Meité : Je l’ai mal vécu parce qu’on ne m’a pas donné ma chance. À plusieurs reprises j’aurais pu l’avoir, mais on ne me l’a pas donnée. Aujourd’hui, c’est le seul regret que j’ai pu avoir.

FM : Que vous a-t-il manqué pour y réussir ?

SM : De mon côté, j’ai mis tous les ingrédients. J’ai travaillé, j’ai beaucoup pris sur moi mais en même temps, même sans jouer j’ai acquis de l’expérience. Ça m’a permis de travailler mentalement car c’était une période difficile. Nous les joueurs, on veut toujours jouer. Quand vous avez la possibilité de jouer et qu’on ne vous la donne pas, c’est toujours frustrant. Mais ça n’empêche pas de continuer à travailler. C’est ce que j’ai fait. J’ai continué à travailler, je n’ai rien lâché. Mais je n’ai pas pu avoir ma chance. C’est triste. Mais c’est comme ça. Je pense que tout ça m’a fait progresser. Maintenant, je suis plus patient. J’ai eu tellement d’épreuves à Monaco où je me suis dit : "ah ce n’est pas possible, là je peux jouer et il ne me fait pas jouer". Aujourd’hui, je suis plus patient quand je dois affronter les choses.

FM : Quand vous m’aviez parlé de votre passage au LOSC, vous m’aviez dit qu’à Lille on ne croyait pas en vous et qu’à Zulte Waregem, vous aviez trouvé un coach qui vous faisait confiance. Est-ce qu’on ne vous a pas fait assez confiance sur le Rocher ?

S.M : Oui, c’est clair. Je savais qu’en arrivant à Monaco, c’était un autre club. Ça n’avait rien à voir avec ce que j’avais connu en Belgique. Je savais que mon statut serait différent et que je devais prouver. Mais avec le temps, je pense avoir démontré jour après jour à l’entraînement que j’avais des qualités. On ne m’a pas donné cette chance. Donc je ne pouvais rien y faire. J’ai travaillé pour apprendre des anciens, de ceux qui jouaient. Même en regardant les matches à la télévision, j’apprenais et je progressais malgré tout.

FM : Vous dites : "on ne m’a pas donné ma chance". Vous faites référence à Leonardo Jardim. Quelle était votre relation avec lui ?

SM : Vous savez, j’ai très peu parlé avec Leonardo Jardim, voire même pas du tout. Les seules fois où on a parlé tous les deux, c’était pour me dire que c’était mieux que je sois prêté ou quelque chose comme ça. Donc vous voyez que la relation avec lui ce n’était pas trop ça. Mais je l’ai toujours respecté. Malgré tout ça, j’ai appris. Il faut s’adapter. Demain je peux signer dans un autre club par exemple et je ne sais pas sur quel coach je pourrais tomber. Cette relation-là m’a permis de savoir comment appréhender ce type de situation, comment la prendre par le bon bout et essayer d’avancer malgré tout. Mais c’est sûr que j’aurais voulu avoir plus d’échanges avec lui. Je comprends qu’il avait des joueurs, qu’il fallait les faire jouer, etc...Je pense que j’aurais mérité d’avoir ma chance à Monaco plus que ce que j’ai pu avoir. C’est la vie, c’est comme ça. On ne peut pas revenir en arrière. On ne peut pas changer les choses. Mais avec tout ça, comme je vous ai dit, j’ai appris à être plus patient.

FM : Lui en avez-vous voulu ?

S.M  : Forcément, oui je lui en ai voulu. Je suis un compétiteur. J’avais envie de jouer et je voulais aussi démontrer ce que je savais faire sur le terrain. Je n’ai pas pu.

FM : Après six mois compliqués à Monaco, vous avez été prêté à Bordeaux. Qu’en retenez-vous ? Avez-vous envisagé d’y rester cette année ?

SM : Bordeaux, c’est un prêt qui m’a fait du bien. Ça s’est fait très rapidement avec eux car le coach Jocelyn Gourvennec m’a fait confiance. Dès le début, il m’a fait jouer. Il m’a mis dans de bonnes conditions pour que mon prêt se passe au mieux. Mais il n’est pas resté avec nous très longtemps, ce qui était triste. C’était un coach franc et cash. Quand il n’aimait pas, il le disait. Quand il aimait, il le disait aussi. C’est le genre de coaches que j’aime bien. Des personnes qui disent les choses comme elles sont. Donc tu ne peux que progresser (...) Je n’ai pas signé à Bordeaux. Mais c’était envisageable, bien sûr.Toutes les pistes étaient possibles. Mon prêt à Bordeaux m’a beaucoup plu.

FM : À votre retour de prêt, que vous a-t-on dit à Monaco ?

SM : Le retour à Monaco n’a rien changé pour moi. On a commencé la préparation. Il (Jardim) n’a même pas eu la patience d’attendre de voir comment se passait la préparation, les amicaux. Quand vous avez un coach qui, après un bon prêt à Bordeaux, vous dit dès le début : "c’est mieux que tu fasses encore un prêt" alors que vous n’avez même pas encore fait un amical, là vous vous posez des questions. Ce n’est pas une histoire de niveau ou d’avoir les qualités pour jouer. Là, c’était personnel.

Un nouveau départ au Torino

FM : Vous avez finalement rejoint le Torino, alors que plusieurs clubs étaient intéressés par vous. Pourquoi ce choix ?

SM : La personne la plus proche de moi a eu des contacts avec le Torino. Les dirigeants lui ont donné des garanties sur le fait que j’allais être bien dans ce club. Donc j’ai suivi ses conseils. J’ai aussi parlé avec des coéquipiers qui étaient passés par le Torino. J’ai eu de bons échos. Je suis ravi d’avoir signé dans ce club. Le championnat italien est un gros championnat avec de belles équipes. C’est très structuré. C’est beaucoup plus physique, beaucoup plus rigoureux. Tactiquement, je ne vous en parle même pas. Tous les jours, on fait de la tactique, on s’améliore et on peaufine les détails. Je pense que c’est cette rigueur que met en place le coach qui fait que j’arrive à progresser et aller de l’avant (...) Je n’ai eu aucun regret après ma signature au Torino. Tout se passe très bien pour moi. Je ne regrette en aucun cas d’avoir signé là-bas car j’ai beaucoup progressé.

FM : Avez-vous pris encore plus le temps de la réflexion pour choisir votre club après ce qui s’est passé à Monaco ?

SM : Les gens verront Monaco comme un échec. Moi, je vous le dis, Monaco ce n’est pas un échec pour moi. C’est qu’on ne m’a pas donné ma chance pour que je puisse m’exprimer. Quand vous sortez d’un club où vous n’avez pas joué, forcément, quand vous partez ailleurs c’est pour jouer, avoir un coach qui vous fait confiance et qui vous donne plus l’opportunité de jouer. Ce sont ces certitudes-là que j’ai eu lorsque j’ai pu discuter avec le directeur sportif et le coach (Walter Mazzarri) avant de signer au Torino.

FM : Comment se passe votre adaptation ?

SM : Tout se passe très bien. Je suis heureux. J’ai des coéquipiers géniaux, j’ai un entraîneur qui est très exigeant avec moi, qui veut toujours que j’en fasse plus, que je cours plus, mais c’est pour mon bien. Juste le fait d’avoir un entraîneur toujours derrière vous, à vous parler, à vous donner des conseils, là vous vous sentez "important" et vous vous sentez concerné. C’est ce que je n’ai pas ressenti à Monaco. Quand vous jouez, vous engrangez de la confiance et les choses vont toutes seules.

FM : La présence de Nicolas N’Koulou facilite aussi votre intégration.

SM : J’ai une super relation avec Nicolas. On est tous les jours ensemble, on rigole bien. Il parle français, donc pour l’intégration ça a été plus facile pour moi. Sur le terrain, il nous apporte beaucoup. C’est un super défenseur. Parler et échanger tous les jours, ça me permet d’apprendre de lui, de son expérience par rapport au football et au terrain. C’est bien d’avoir un coéquipier comme lui.

FM : Vos premiers pas ont été salués par les médias italiens et de nombreux observateurs. J’imagine que ça fait plaisir...

SM  : Oui, ça fait plaisir. Mais vous savez, je ne m’occupe pas trop de ce qu’on dit sur moi. Peut-être qu’on parle de moi, peut-être qu’on n’en parle pas. Moi, je me concentre uniquement sur ce que je fais sur le terrain. Ma mission c’est le rectangle vert. Donc je bosse au quotidien pour m’améliorer tous les jours et performer au maximum.

La Serie A, un championnat parfait pour Meité

FM : La Serie A est-il le championnat idéal pour vous ?

SM : Oui, je pense. La Serie A m’a apportée ce petit plus que je n’avais pas. Ce championnat est très bon. Sur le terrain, je l’ai ressenti directement. Je suis plus rapide, plus technique, je pense plus vite. Le club, le coach qui est derrière vous, le fait d’avoir de bons coéquipiers mais aussi la confiance, tout ça ne peut vous faire qu’avancer.

FM : L’arrivée de star comme Cristiano Ronaldo aussi. Chaque week-end, vous affrontez de grosses équipes.

SM : En Italie, vous pouvez même jouer contre le dernier et perdre. C’est tellement rigoureux ici. On fait attention au moindre détail. C’est une ligue physique. On n’est à l’abri avec aucune équipe. C’est ça qui est bien aussi. Que ce soit un petit ou un gros de Serie A, même si ce sera différent, ce sera un match difficile.

FM : Au-delà du terrain, comment trouvez-vous l’ambiance en Italie ?

SM : Au Torino, il y a une super ambiance. Les supporters sont derrière vous. Ils crient du début à la fin du match. Cette atmosphère est vraiment très bonne. J’ai été surpris. On n’a pas un stade très grand, mais l’engouement des tifosi fait qu’on a l’impression qu’il est immense. Ça ne peut que nous motiver.

FM : Vous cohabitez avec la Juventus à Turin. Comment cela se passe ?

SM : Oui, vous savez la ville de Turin ce sont les supporters du Torino. Pour la Juventus, ce sont des supporters qui viennent un peu de partout. Quand vous arrivez dans la ville, tout le monde vous dira que les supporters du Torino sont dans la ville de Turin.

FM : L’Inter et l’AC Milan seraient séduits par vous. Qu’est-ce que cela vous inspire ? Vous attendiez-vous à être aussi vite suivi ?

SM  : Je ne me préoccupe pas de ça. Je bosse, je bosse et comme on dit, seul le travail paie. C’est vrai que quand je suis arrivé pendant la préparation, je n’étais vraiment pas habitué. J’ai galéré. Physiquement, c’était très dur. Mais je me suis accroché, je n’ai rien lâché et j’ai été récompensé. Ça ne doit pas être une fin en soi. Ce qui m’a permis de faire ces bons matches, c’est l’équipe, mes coéquipiers, l’entraîneur. J’ai aussi beaucoup travaillé. Mais il ne faut pas se relâcher et persister pour avoir ces sollicitations dont vous parlez.

FM : Vos bonnes prestations ont dépassé les frontières de l’Italie. On a dit récemment que Didier Deschamps avait un oeil sur vous. L’équipe de France, est-ce un objectif ? Avez-vous reçu une pré-convocation ou avez-vous discuté avec lui ?

SM : Dans le football, si vous voulez être parmi les meilleurs, il faut passer par cette concurrence. Et c’est à moi aujourd’hui de continuer à gravir les échelons en ayant la tête sur les épaules et en étant soutenu par ma famille et mes proches (...) Non, rien du tout. Moi, je me concentre sur le ballon. Avec le travail, tout vient à point à qui sait attendre.