Luis Alberto, l'incroyable ascension du maestro de la Lazio

Inconnu du grand public il y a quelques saisons, Luis Alberto ne laisse plus personne indifférent en Serie A. Maître du jeu de la surprenante Lazio Rome, le joueur de 27 ans peut plus que jamais espérer décrocher une place dans les 23 Espagnols pour l’Euro 2020. Une belle revanche pour un joueur qui était pourtant aux bords de la déprime en janvier 2017 et dont la limite reste inconnue.

Découvrez l'histoire de Luis Alberto, le maestro de la Lazio Rome
Découvrez l'histoire de Luis Alberto, le maestro de la Lazio Rome ©Maxppp

Lorsque l’on parle des milieux de terrain les plus complets du monde, les mêmes noms reviennent souvent : Kevin de Bruyne, Thiago Alcantara, Paul Pogba, etc. Rares sont ceux qui vont citer Luis Alberto. Pourtant, le milieu espagnol de la Lazio est un joueur dominant dans une équipe qui trône actuellement en tête de la Serie A (en ayant joué un match de plus que la Juventus Turin). D’ailleurs, à l’instar de De Bruyne, le milieu espagnol est un adepte des saisons en “double-double” (plus de 10 buts et 10 passes décisives), et après 30 matches disputés cette saison (toutes compétitions confondues), il tourne déjà à 5 buts et 14 passes décisives. Des performances qui seraient davantage saluées si Luis Alberto évoluait dans une grande équipe de Premier League ou de Liga. Mais l’Espagnol revient déjà de tellement loin, qu’il lui en faut plus pour vraiment l’atteindre.

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Un Andalou avec un ADN blaugrana

Né en Andalousie, Luis Alberto Romero Alconchel intègre le FC Séville à 12 ans. Son talent, qui saute aux yeux des observateurs, lui vaut rapidement le surnom d’”El Mago”, le magicien. Pendant trois ans, il se forge avec la réserve du club qui évolue en troisième division espagnole, tout en arrivant parfois à gratter quelques minutes avec l’équipe fanion. Il livre même sa première passe décisive avec les pros, contre l’Espanyol Barcelone le 21 mai 2011, sur un service parfait pour Frédéric Kanouté de l’extérieur du pied, l’une de ses spécialités. Malheureusement pour lui, ni Marcelino ni Michel (les deux entraîneurs du FC Séville en 2011/2012) ne lui font confiance et il effectue quasiment une saison blanche. La saison suivante, la réserve du FC Barcelone, qui évolue en deuxième division espagnole, part alors à la rescousse du joueur, qui est positionné à l’époque sur l’aile gauche.

Replacé en milieu avancé, en compagnie de Sergi Roberto, dans le fameux 4-3-3 pointe basse des Blaugranas, Luis Alberto s’éclate et étoffe son registre de jeu. Il développe fortement son appétence pour les passes cachées qui créent le décalage. Le style de jeu du Barça lui sied à merveille et sa polyvalence lui permet même de se balader entre les postes de faux numéro 9, d'ailier droit et parfois d’ailier gauche. Il finit la saison avec des statistiques solides (11 buts, 18 passes décisives), qui convainc Liverpool de l'enrôler lors de l’été 2013. Admirateur du football espagnol, Brendan Rodgers, alors en place sur le banc des Scousers, ne semble pourtant pas faire confiance à Luis Alberto qui ne joue que neuf bouts de match (à peine 258 minutes au total) durant la saison 2013/2014, pour une seule passe décisive. Il est prêté à Malaga la saison suivante, sans grand succès, puis prêté au Deportivo La Corogne, où il retrouve du temps de jeu et des sensations dans un rôle de numéro 10 dans un 4-2-3-1.

Ses 6 buts et 8 passes décisives en 31 matches de Liga séduisent la Lazio Rome, qui saute sur l’occasion pour le signer durant l'été 2016. «À ce moment-là, la Lazio avait un vrai manque au milieu de terrain et Luis Alberto était un pari qui ne coûtait pas cher vu que le club a déboursé seulement 4 millions d’euros pour l’acquérir. Ce joueur réunissait toutes les conditions que Claudio Lotito (le président de la Lazio, ndlr) aime, à savoir : un joueur à gros potentiel qui ne coûte pas grand-chose et qu’il peut revendre très cher», nous explique Elio Gusti, rédacteur pour le site calciomio.fr et grand fan de la Lazio Rome.

De la dépression à la sélection espagnole grâce à un coach mental

La première année de Luis Alberto à Rome est très difficile. Entre la barrière de la langue, des blessures musculaires et un manque de stabilité au niveau de sa position sur le terrain, l’Espagnol plonge dans une terrible période de doute. «En janvier-février 2017, j’ai connu le pire moment de ma carrière. Je voyais tout en noir, dans ma tête, je me disais que je ne servais à rien», avoue Luis Alberto au journal Marca. Heureusement pour lui, sa famille l’aide à surmonter cette période difficile, tout comme Juan Alvarez Campillo, son coach mental. Il poursuit, toujours dans Marca : «en quelques semaines, un changement radical s’est effectué. Je l’ai remarqué immédiatement. Le coaching m’a fait réaliser que j’étais utile. Que je pouvais donner beaucoup plus. Ça m’a donné la force d’aller de l’avant, de vouloir m’en sortir. Tout était lié au mental mais j’étais bloqué. J’aurais aimé savoir tout ça quand j’étais plus jeune».

Libéré mentalement, Luis Alberto redouble d’efforts aux entraînements alors que Simone Inzaghi lui donne peu de temps de jeu. Son heure arrive en fin de saison. Il marque son premier but avec les Laziales (un but égalisateur) contre le Genoa, lors de la 32e journée, 9 minutes seulement après son entrée en jeu. Il est ensuite titularisé lors de 36e journée de championnat contre la Fiorentina, et délivre 2 passes décisives tout en jouant l’intégralité de la rencontre. «Même s’il a peu joué lors de sa première saison, on voyait que c’était un joueur très technique mais qui cherchait encore sa bonne position sur le terrain. Même Inzaghi n’avait pas encore trouvé comment le faire jouer», argumente Elio Gusti.

La deuxième saison de Luis Alberto à Rome est celle de la révélation. Titulaire d’emblée, l’Espagnol évolue désormais en soutien de Ciro Immobile dans un 3-5-1-1 et il enchaîne les bonnes performances tout en gonflant ses statistiques. Son début de saison est tellement remarquable que Julen Lopetegui, alors sélectionneur de l’équipe nationale d’Espagne, le convoque pour les matches amicaux du mois de novembre contre le Costa Rica et la Russie. Il ne jouera finalement que 20 minutes contre les Costa Ricains, ce qui restera sa seule sélection à ce jour avec la Roja.

Un numéro 10 des temps modernes

La saison 2017/2018 de l’Andalou est tout simplement brillante avec 12 buts et 18 passes décisives en 47 matches joués toutes compétitions confondues. Mais surtout, Luis Alberto semble enfin avoir trouvé son poste de prédilection. Elio Gusti : «au cours, de cette saison, Simone Inzaghi l’a fait reculer sur le terrain. Un peu à la manière de Pirlo, Luis Alberto est devenu une sorte de quaterback ou un vrai meneur de jeu reculé capable de faire la différence par sa qualité de passe et sa vision du jeu. En plus, il a un vrai sens du but et quand il doit marquer, il le fait. Je pense que c’est à ce poste de Mezzala, entre 8 et 10, qu’il a enfin pu exploiter totalement son potentiel».

Ancien ailier gauche, Luis Alberto a dû s'habituer à défendre plus et mieux. Si ses qualités balle aux pieds sont indéniables et font parfois penser à celles de Pastore - car les deux joueurs partagent la même aisance, la même élégance et cette même capacité à voir et faire des passes magiques vers l’avant avec toutes les surfaces du pied - l’Espagnol a énormément progressé dans la récupération du ballon. «Il a vraiment progressé dans ce registre. Il n’hésite pas à permuter avec Lucas Leiva et Milinkovic-Savic, et il est vraiment capable de récupérer beaucoup de ballons en étant plus dans l’anticipation que dans le duel. Il lit très bien le jeu de l’adversaire, coupe les lignes de passe et se retrouve souvent au bon endroit au bon moment. Et derrière sa technique fait la différence», souligne Elio Gusti.

Stabilisé dans son rôle de milieu relayeur (ou Mezzala) dans le 3-5-2 inamovible d’Inzaghi, Luis Alberto évolue sans doute à son meilleur niveau actuellement après avoir connu une saison 2018/2019 tronquée par les blessures. «La saison dernière, je n’ai pas pu faire la préparation d’avant-saison à cause de problèmes aux adducteurs et à l’aine. Je n’étais pas bien. J’ai commencé à 30% et j’ai joué toute l’année blessé», avait confié le milieu de terrain en octobre 2019. Aujourd’hui, sa fragilité physique semble être le seul frein à son ascension vers les sommets.

L’Euro 2020 en ligne de mire

À 27 ans, Luis Alberto fait tout simplement partie des meilleurs milieux de terrain du monde actuellement et à 12 journées de la fin du championnat, il comptabilise déjà 4 buts et 12 passes décisives. Le record de caviars sur une saison de Serie A de Ronaldinho et de Hamsik (17 passes décisives) n’est donc plus si loin. Elio Gusti : «pour moi, Luis Alberto est le meilleur joueur de la Lazio Rome cette saison. Quand il est absent, la Lazio n’est pas la même équipe. Elle n’a pas la même animation offensive. Même si Acerbi et Immobile font une très grosse saison, celui qui transforme l’équipe, c’est Luis Alberto».

Les bonnes performances régulières de l’Espagnol pourraient lui permettre de figurer sur la prochaine liste de Luis Enrique, le sélectionneur de la Roja, pour les matches amicaux contre l’Allemagne et les Pays-Bas prévus à la fin du mois de mars. Même si la concurrence semble féroce avec notamment Thiago Alcantara, Saul Ñiguez ou encore Fabian Ruiz à son poste, Luis Alberto a les arguments pour décrocher une place pour l’Euro 2020. «Honnêtement, je vois mal comment Luis Alberto ne pourrait pas avoir sa place dans les 23 Espagnols. Même en tant que remplaçant, il pourrait être utile car il a une vraie qualité de frappe sur coup de pied arrêté», avance Elio Gusti.

Alors que la Lazio s’active déjà en coulisses pour le prolonger, Luis Alberto pourrait avoir plusieurs prétendants dans les jours qui arrivent. Mais pourrait-il s’imposer dans un club du gratin européen ? Elio Gusti est catégorique : «c’est le genre de joueur qui voit des lignes de passe que les autres joueurs ne voient pas et c’est exactement ce dont a besoin le Barça actuellement par exemple. Il pourrait donc jouer et être performant là-bas tout comme à Manchester City sous les ordres de Pep Guardiola. S’il arrive à dépasser ses pépins physiques, ça peut être un top player pour un top club». On aura la réponse dans quelques mois...

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