Algérie, Belgique, Canada… ces pays qui vont énormément voyager pour la Coupe du Monde 2026
Avec un Mondial éclaté entre les États-Unis, le Canada et le Mexique, toutes les sélections ne partent pas à égalité face au casse-tête des déplacements. Malgré les efforts de la FIFA pour limiter les trajets, certaines équipes vont enchaîner les vols et traverser le continent, quand d’autres profiteront d’un calendrier étonnamment clément. Voici celles qui s’en sortent le mieux… et celles qui paient le prix fort du tirage.
Depuis la publication de sa première version en février 2024, le calendrier des matches de la Coupe du Monde 2026 n’a cessé d’être peaufiné afin de répondre à un défi inédit, celui d’organiser un tournoi élargi à 48 équipes sur un territoire gigantesque s’étendant des rivages du Pacifique canadien aux plaines du Midwest américain, jusqu’aux plateaux mexicains. La FIFA a longuement ajusté la programmation, modifiant heures des rencontres et répartition des stades dans une logique d’optimisation du bien-être des joueurs et du public. À l’étude, les températures moyennes, les systèmes de refroidissement des enceintes, les distances entre villes, la densité des transports publics ou encore la disponibilité des infrastructures médicales et logistiques. Cette version affinée du calendrier, dévoilée ce week-end, devait répondre à un équilibre complexe, à savoir préserver des temps de récupération suffisants, limiter les voyages excessifs, mais aussi offrir une exposition planétaire maximale grâce à des horaires adaptés à de nombreux fuseaux horaires. Un véritable casse-tête technique ayant nécessité la mobilisation concertée de multiples services internes tels que la gestion des compétitions, la médecine, la télévision, la diffusion, la billetterie afin d’aboutir à une matrice théoriquement optimisée pour l’ensemble des participants.
Pourtant, malgré cet immense travail d’ingénierie sportive, le tirage au sort, dévoilé vendredi soir au terme d’une cérémonie fleuve, a déjà mis en lumière un revers de la médaille. Certaines sélections n’échapperont pas à un périple digne d’un tour du continent. Le tableau final, désormais presque complet à l’exception des ultimes barrages prévus en mars prochain, a livré ses premiers enseignements. Les cadors savent désormais à quoi s’en tenir. L’Allemagne, l’Argentine ou l’Espagne ont hérité de groupes à la lisibilité confortable, tandis que l’équipe de France, propulsée dans une poule redoutable avec le Sénégal et la Norvège, avant d’affronter le vainqueur d’un barrage intercontinental très ouvert, devra composer avec une adversité immédiate. Pourtant, au-delà de la dimension sportive, une autre réalité saute aux yeux : celle de la géographie. Avec 16 villes hôtes réparties dans trois pays, tous les groupes ne sont pas logés à la même enseigne, et certains itinéraires ressemblent déjà davantage à un marathon aérien qu’à un simple parcours de poule. À l’heure où les nations qualifiées finalisent le choix de leur camp de base et organisent leur logistique interne, un paramètre s’annonce déterminant pour la performance finale : l’ampleur des déplacements imposés par le calendrier. Car si certains pays bénéficieront d’un programme compact et cohérent, d’autres s’apprêtent à enchaîner les vols à répétition, avec des distances cumulées dépassant parfois les 4 000 kilomètres. Un véritable défi pour la récupération physique, la gestion du sommeil et la préparation mentale.
L’Algérie promise à un marathon aérien
Parmi les nations les moins épargnées par la géographie et le hasard du tirage, l’Algérie se détache nettement comme l’un des cas les plus extrêmes de ce Mondial XXL. Les Fennecs évolueront dans un groupe au calendrier totalement éclaté, les obligeant à traverser le continent nord-américain de part en part. Entre San Francisco, située à la frontière pacifique, et Kansas City, en plein cœur des États-Unis, l’Algérie se retrouve à enchaîner des déplacements cumulant à eux seuls les 4 840 kilomètres. Pour une équipe habituée aux compétitions disputées dans des périmètres relativement compacts, ce choc logistique ressemble à une petite expédition internationale à chaque match, rendant la gestion de la récupération, du sommeil et des cycles d’entraînement particulièrement délicate. Et l’Algérie n’est pas la seule victime collatérale de ce tirage chaotique. Avec 5 040 kilomètres, le vainqueur de la Voie A des barrages européens (Italie, Pays de Galles, Bosnie-Herzégovine ou Irlande du Nord) pourrait lui aussi hériter du pire enchaînement improbable entre villes très éloignées (Toronto, Los Angeles, Seattle), avec des allers-retours qui n’ont rien d’anodin lorsqu’on sait que les équipes devront maintenir une fraîcheur physique maximale dès les trois premiers matchs. Même constat pour le vainqueur du barrage FIFA 1 (Nouvelle-Calédonie, Jamaïque, RD Congo). Quelle que soit l’équipe qualifiée, son parcours de poule s’annonce comme l’un des plus énergivores du tournoi avec 3 658 kilomètres. À ces cas déjà critiques s’ajoutent deux nations confirmées dans le haut du classement des plus gros voyageurs. La Belgique, qui devra zigzaguer entre Seattle, Los Angeles et Vancouver, et l’Équateur, coincé dans un groupe au maillage géographique à l’Est des Etats-Unis qui condamne la Tri à avaler 3 424 kilomètres avant même d’espérer voir les huitièmes de finale.
Mais l’un des aspects les plus surprenants de cette Coupe du Monde réside ailleurs, à savoir dans la situation pour le moins paradoxale des pays hôtes. Le Canada, pays organisateur et pourtant immense géographiquement, figure dans le Top 10 des équipes qui voyageront le plus, malgré seulement deux villes d’accueil dans son programme. Le problème ? Ces deux villes sont Vancouver et Toronto, séparées par plus de 3 358 kilomètres en avion, soit un trajet équivalent à un Paris–Le Caire. A peine le tournoi lancé, les Canadiens devront se coltiner l’un des plus longs trajets internes du premier tour, un comble pour un pays censé bénéficier d’un avantage logistique. Même scénario improbable du côté des États-Unis, pourtant dotés du plus grand nombre de stades. Au lieu de demeurer dans une zone compacte, la sélection américaine a été projetée dans un groupe qui l’oblige à effectuer un vrai voyage transcontinental entre ses deux premières rencontres. Une odyssée qui l’inscrit, elle aussi, parmi les équipes les plus mobiles de la phase de poules avec 3 090 kilomètres. Voir deux hôtes du tournoi apparaître dans le classement des dix nations qui voyageront le plus souligne l’une des contradictions majeures de ce Mondial à trois pays. Malgré tous les efforts de la FIFA pour réduire les distances, certaines configurations échappent à toute logique géographique. Le Canada et les États-Unis, censés profiter d’un environnement familier, se retrouvent confrontés à une problématique typique des sélections étrangères : composer avec des vols longs, des décalages horaires internes et une gestion du repos largement impactée par des déplacements tentaculaires.
La France très bien lotie
À l’autre extrémité du spectre, certaines nations peuvent remercier le tirage au sort et la géographie puisqu’elles figurent parmi les grandes gagnantes logistiques de ce Mondial éclaté sur trois pays. Et la France, fait exceptionnel pour une grande nation attendue au tournant, hérite de l’un des programmes le plus doux des 48 équipes engagées. Les Bleus ne quitteront quasiment pas la façade Est et n’effectueront que deux petits déplacements aériens : un simple saut de puce entre New York et Philadephie, puis un dernier petit parcours à Boston, à peine 565 kilomètres, soit moins d’une heure de vol à chaque fois. Dans une compétition où certaines équipes avalent près de 4 000 kilomètres en trois matches, la différence est colossale. Le Sénégal, pourtant logé dans deux pays différents, jouit d’un confort similaire avec un seul transfert entre New York et Toronto, environ 550 kilomètres, une broutille à l’échelle nord-américaine. Dans les deux cas, la gestion du sommeil, la récupération et la préparation seront largement facilitées, un luxe précieux quand l’usure du voyage peut vite se transformer en handicap compétitif. Autre favori de ce classement inattendu : l’Argentine, championne du monde en titre et étrangement épargnée par la loterie géographique. L’Albiceleste n’aura qu’un seul vol à effectuer, entre Kansas City et Dallas, un trajet d’environ 730 kilomètres, là encore extrêmement raisonnable au regard de la structure du tournoi. Trois mastodontes du football mondial, trois équipes qui débuteront leur Mondial dans des conditions quasi idéales, loin du chaos logistique imposé à d’autres nations.
Dans cette hiérarchie des privilégiés, le Maroc occupe une position intermédiaire, mais confortable. Les Lions de l’Atlas devront certes enchaîner deux vols, mais ceux-ci restent courts et parfaitement gérables : New York puis Boston et enfin Atlanta pour un total d’environ 1 812 kilomètres, soit l’équivalent d’un Paris–Istanbul réparti en deux segments très raisonnables. Compte tenu de ce Mondial géographiquement délirant, cela ressemble presque à un cadeau. Là où d’autres sélections devront traverser un continent entier pour disputer trois matches en moins de dix jours, le Maroc évoluera sur un axe cohérent, bien desservi, et sans variation climatique brutale entre les villes hôtes. Une situation loin d’être anodine pour une équipe qui compte sur son intensité physique et sa rigueur tactique. En limitant la fatigue induite par les voyages, les Marocains auront toutes les cartes en main pour aborder la phase de groupes avec une fraîcheur proche de l’optimum. Leur tirage ne se distingue peut-être pas par la clémence sportive, mais sur le plan logistique, il fait partie des plus acceptables. Un avantage qu’il ne faudra pas sous-estimer dans un tournoi où la gestion énergétique devient presque une arme à part entière. Avec 2 366 kilomètres sur un seul vol, l’Espagne voyagera qu’une fois, mais plus lointain. Quant au Portugal, les coéquipiers de Cristiano Ronaldo feront qu’un vol de 1 556 kilomètres entre Houston et Miami.
Le Top 10 des équipes qui voyagent le plus
- Barrage UEFA Voie A (Italie, Pays de Galles, Bosnie-Herzégovine, Irlande du Nord) : 5 040km en deux vols (Toronto → Los Angeles → Seattle)
- Algérie : 4 840km en deux vols (Kansas City → San Francisco → Kansas City)
- Barragiste UEFA Voie D (Tchéquie, Macédoine du Nord, Irlande, Danemark) : 4 526km en deux vols (Guadalajara → Atlanta → Mexico City)
- Afrique du Sud : 3 936km en deux vols (Mexico City → Atlanta → Monterrey)
- Barragiste FIFA 1 (Nouvelle-Calédonie, Jamaïque, RDC) : 3 657km en deux vols (Houston → Guadalajara → Atlanta)
- Equateur : 3 425km en deux vols (Philadelphia → Kansas City → New York)
- Canada : 3 359km en un seul vol (Toronto → Vancouver)
- Belgique : 3 285km en deux vols (Seattle → Los Angeles → Vancouver)
- Autriche : 3 114km en deux vols (San Francisco → Dallas → Kansas City)
- Etats-Unis : 3 091km en deux vols (Los Angeles → Seattle → Los Angeles)
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