Ligue 1

Le ras-le-bol des ultras du PSG et de l’OM gonfle face aux interdictions de déplacement

Depuis sept saisons, les supporters marseillais sont interdits de déplacement au Parc des Princes pour le Classique PSG‑OM. Une privation qui s’ajoute aux 54 arrêtés préfectoraux de la saison 2024‑2025 interdisant les déplacements de supporters à l’extérieur, renforçant le sentiment d’exclusion et le ras-le-bol des ultras des deux clubs.

Par Valentin Feuillette
6 min.
Supporters PSG police @Maxppp

Parmi les rivalités du football français, le Classique PSG-OM n’est pas seulement un choc sportif, mais également un enjeu d’ordre public. Même Luis Enrique a tenu à appeler au calme en conférence de presse : « chaque fois qu’on joue ce type de match, je me rappelle que c’est une ambiance différente. Ce que j’aimerais, c’est de ne pas voir de violence. On cherchera à jouer un match offensif. Profitez du match, profitez du jeu proposé par le PSG, c’est ce que j’aimerais voir. L’ambiance est importante pour nous ». Officiellement et pour la septième saison consécutive, les supporters marseillais sont interdits de déplacement au Parc des Princes pour ce match. Cela ne se produit plus depuis la saison 2018-2019 environ, et cette mesure a été confirmée encore récemment pour la rencontre programmée ce 8 février 2026. Cette décision n’est pas prise à la légère. Chaque fois que PSG et OM se rencontrent, les autorités classent ces matchs à très haut niveau de risque, ce qui mobilise un dispositif policier massif, parfois incluant plusieurs milliers d’agents (police, gendarmerie, CRS et unités spécialisées) en reconnaissance, dispositif anti-émeute et surveillance des flux autour du stade et des zones de transit. Même sans supporters visiteurs physiquement présents, l’ampleur des forces de l’ordre reste élevée pour éviter des affrontements hors contexte sportif, dans les gares, les bars ou les quartiers sensibles.

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Privés de déplacement depuis des années, les ultras dénoncent non seulement l’interdiction en tant que telle, mais aussi le fait qu’elle soit devenue une norme administrative, comme un symbole presque politique de la gestion française des publics ultras. En France, l’interdiction de déplacement de supporters est avant tout une mesure d’ordre public, inscrite dans le Code du sport et encadrée par le droit administratif. Contrairement à une idée reçue, elle ne relève pas d’une décision spontanée ou symbolique, mais d’un processus bien huilé. Tout commence par l’évaluation du risque autour d’une rencontre, avec les services spécialisés de l’État, notamment la Division nationale de lutte contre le hooliganisme, qui analysent l’historique des incidents, les rivalités entre groupes ultras, les tensions locales ou encore le contexte social et sécuritaire du moment. Lorsqu’un match est jugé sensible, il peut être classé à un niveau de vigilance élevé (jusqu’à cinq, comme le PSG-OM de ce soir), ouvrant la voie à des restrictions. Le préfet du département concerné, ou, dans certains cas, le ministre de l’Intérieur, peut alors proposer un arrêté interdisant ou encadrant le déplacement des supporters visiteurs, allant de l’interdiction d’accès au stade à la limitation des circulations, en passant par des restrictions autour des gares, du centre-ville et des axes de transport. Une fois publié, l’arrêté précise le périmètre, la durée et les sanctions encourues. Sur le terrain, police et gendarmerie assurent les contrôles, avec des peines pouvant aller jusqu’à six mois de prison, 30 000 euros d’amende et une interdiction de stade.

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54 arrêtés spécifiques en 2024/2025

Ce mécanisme ne concerne pas uniquement le PSG et l’OM. Lors de la saison 2024-2025, de nombreux matchs de Ligue 1, derbys régionaux, chocs historiques ou simples affiches jugées sensibles, ont fait l’objet de mesures similaires. Lyon–Saint-Étienne, Montpellier–Saint-Étienne, Lens–PSG ou encore Nantes–PSG en sont des exemples récents. À tel point que, selon plusieurs associations de supporters et observateurs du football français, le recours aux arrêtés préfectoraux est devenu quasi systématique pour les rencontres à risque, faisant de la Ligue 1 un cas presque unique en Europe par l’ampleur et la fréquence de ces interdictions. Face à cette multiplication des arrêtés, la Ligue de football professionnel (LFP) avance un discours constant en mettant en avant la sécurité des supporters, des riverains et des forces de l’ordre qui doit primer sur tout le reste. Dans les faits, la LFP joue un rôle clé en amont, en transmettant aux autorités des éléments d’évaluation sur les affiches sensibles, les antécédents de violences ou le comportement de certains groupes ultras. Selon un recensement effectué par l’Observatoire de la Répression des Tribunes Françaises et relayé par plusieurs médias, la saison 2024-2025 a vu 54 arrêtés d’interdiction de déplacement publiés par les préfectures pour les matchs de football. Ce chiffre de 54 arrêtés spécifiques à l’interdiction de déplacement signifie que, sur l’ensemble de la saison, 54 fois les autorités ont formellement interdit aux supporters d’une équipe de se rendre à l’extérieur pour assister à un match.

Lorsqu’un match est classé à haut niveau de risque, cette cotation sert souvent de socle juridique aux décisions préfectorales ou ministérielles. Les responsables politiques, eux, justifient cette sévérité par un contexte plus large, tels que les contraintes budgétaires, l’épuisement des forces de l’ordre, la multiplication des événements à sécuriser en France chaque weekend (manifestations, grands rassemblements, menaces terroristes), et volonté de prévenir plutôt que guérir. Interdire un déplacement est alors présenté comme un moyen simple et efficace de réduire les risques. Mais cette ligne dure est de plus en plus contestée. Les associations de supporters dénoncent des mesures collectives, préventives et parfois disproportionnées, prises sans incident préalable avéré, elles pointent aussi une spécificité française. Là où d’autres grands championnats européens privilégient l’encadrement, le dialogue et la responsabilisation des groupes de supporters, la France a fait le choix d’un outil administratif massif, qui sacrifie la culture du déplacement au nom d’une sécurité maximale. Une stratégie qui alimente un sentiment de stigmatisation durable chez les ultras, toutes couleurs confondues.

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La question du retour des déplacements de supporters en Ligue 1 divise profondément. Pour certains, l’interdiction quasi permanente est devenue une norme difficilement réversible. Pour d’autres, des alternatives existent. Parmi les pistes évoquées, le dialogue structuré avec les associations officielles de supporters revient régulièrement. Dans plusieurs pays européens, ces groupes sont intégrés en amont à l’organisation des déplacements : itinéraires définis, quotas maîtrisés, encadrement social et responsabilité collective. Une autre solution consisterait à privilégier des parcages visiteurs strictement sécurisés et accompagnés, plutôt que des interdictions totales, permettant aux clubs et aux autorités de mieux contrôler les flux. De nombreux acteurs plaident également pour des sanctions plus ciblées, comme interdire individuellement les fauteurs de troubles plutôt que pénaliser des milliers de supporters pacifiques. Certains imaginent une harmonisation européenne des politiques de sécurité autour du football, afin de sortir d’une logique purement répressive et de replacer le déplacement au cœur de la culture supporter. Reste que, dans le climat sécuritaire actuel, un retour massif et durable des supporters à l’extérieur relève encore davantage du combat politique et culturel que d’une simple décision sportive. Pour beaucoup d’ultras, le Classique PSG-OM sans visiteurs n’est plus une exception, mais le symbole d’un football français qui a peu à peu renoncé à l’un de ses poumons.

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