La terrible descente aux enfers de l'AS Nancy-Lorraine !

Depuis sa dernière descente en Ligue 2 en 2017, l'AS Nancy-Lorraine joue pour sa survie dans l'antichambre de la Ligue 1. Club marquant du paysage français, la formation meurthe-et-mosellane pensait prendre un nouveau départ avant cette saison 2021/2022. L'arrivée du groupe NewCity Capital et de son propriétaire chinois Chien Lee devait laisser place à de belles ambitions pour le club au chardon mais dans les faits cela n'a pas été suivi par les moyens ni les résultats. Le fiasco au bout d'à peine un an est total et l'ASNL risque fort de descendre en National 1. Le club lorrain est plus que jamais lanterne rouge de Ligue 2 et le climat est délétère avec les supporters.

Les supporters de Nancy affichent leur mécontentement après un nul contre Amiens
Les supporters de Nancy affichent leur mécontentement après un nul contre Amiens ©Maxppp

L'Open d'Australie s'est achevé dimanche dernier sur une victoire de Rafael Nadal, mais les scores de tennis sont toujours d'actualité. En déplacement du côté de Valenciennes pour le compte d'un match en retard de la 22e journée de Ligue 2, l'AS Nancy-Lorraine a volé en éclats. Contre des Nordistes survoltés, les Lorrains ont totalement craqué et ont terminé la rencontre à dix lors d'une défaite 6-1. Une nouvelle défaite cuisante après le revers 4-0 contre Toulouse le week-end précédent. L'ASNL est ainsi devenue la 4e équipe de l'histoire de la Ligue 2 (à poule unique) à subir 2 défaites consécutives avec au moins 4 buts d'écart. Une statistique loin d'être reluisante tout comme le classement du club au chardon qui est dernier de Ligue 2 à 7 points de Grenoble qui est barragiste et à 9 longueurs de Bastia le premier non-relégable. Alors qu'il reste encore 16 matches à disputer, le spectre de la relégation se fait clairement ressentir pour l'AS Nancy-Lorraine. Mais comment sommes-nous arrivés là ?

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La perte de vitesse et le départ de Jacques Rousselot

Au 21e siècle, l'ASNL a laissé une belle trace dans le paysage footballistique. Club partagé entre la Ligue 1 (30 saisons) et la Ligue 2 (25 saisons) depuis ses débuts, le Chardon va vivre une période faste sous la houlette de Pablo Correa. Championne de Ligue 2 en 2004-2005, l'équipe lorraine est restée pendant huit saisons consécutives dans l'élite jusqu'à sa descente en 2012/2013. Remportant alors la Coupe de la Ligue en 2006 contre Nice (2-1) puis terminant quatrième de Ligue 1 en 2007/2008 manquant à la dernière journée une qualification historique en Ligue des Champions, Nancy a joué son rôle de trouble-fête. Sa descente de 2012/2013 a permis de rebondir avec un centre de formation de plus en plus performant et avec ses jeunes pousses (Clément Lenglet, Christ-Emmanuel Faitout Maouassa, Arnaud Lusamba ou encore Youssef Ait Benasser) a su remporter le championnat de Ligue 2 2015/2016. Redescendu directement l'année suivante, le club accusait cette fois vraiment le coup. Depuis des années, le président Jacques Rousselot (qui a occupé le poste de 1994 à 2020) voulait céder le club, mais la situation s'était intensifiée.

Jouant le maintien régulièrement depuis sa dernière descente en Ligue 2 (17e en 2018, 14e en 2019, 12e en 2020), Nancy attendait clairement de prendre un nouveau départ. Et celui-ci mettait un temps fou à arriver. Alors que le City Group a longtemps été en bonne posture pour racheter le club, cela ne s'est finalement pas fait et Jacques Rousselot a dû réinjecter des fonds pour passer l'étape de la DNCG. Accusant un déficit structurel, le club lorrain dépend entièrement de son propriétaire et malgré l'amour de Jacques Rousselot pour ce club, il fallait initier quelque chose de neuf. Finalement le nouvel investisseur est arrivé le 31 décembre 2020 avec Chien Lee et Pacific Media Group. Passés à Nice de 2016 à 2019, ces derniers sont aussi propriétaire du FC Thun, de Barnsley, mais aussi du KV Oostende. Gauthier Ganaye prenait le rôle de président et l'optimiste était au beau fixe. De plus, à ce moment-là, le club revenait d'une première partie de saison compliquée et enchaînait une belle série qui permettra de finir l'exercice au 8e rang. Quoi de mieux avant d'enclencher un projet ? Dans de bonnes grâces, ce nouvel ASNL se voulait ambitieux avec en ligne de mire la Ligue 1.

Un mercato agité et contesté

Jean-Louis Garcia non conservé en mai 2021, Nancy a rapidement misé sur un nouveau coach Daniel Stendel. Le timing est plutôt bon puisqu'il va permettre à ce dernier de bien travailler avec la pré-saison qui se profile. Passé à la tête de Barnsley entre 2018 et 2019, il avait permis au club de remonter en Championship (D2) avant d'être vite renvoyé lors de l'exercice suivant. Pas un CV très emballant à défaut de ne pas être catastrophique. À cela s'est vite ajouté une interdiction de recruter à titre onéreux de la part de la DNCG ainsi que l'encadrement de la masse salariale. Perdant trois de ses meilleurs jeunes talents, à savoir Kenny Rocha Santos (Oostende), Christopher Wooh (Lens) ou encore Amine Bassi (Metz puis prêté cet hiver à Barnsley), le recrutement était assez limité. Outre les arrivées libres de Shaqil Delos (Chambly), Elliot Simoes (Barnsley), Soares (Batuque) et Kelvin Patrick (Batuque), l'ASNL s'est fait prêter Wilfried Bianda par l'AS Roma et Nathan Trott par West Ham. Utilisant ses connexions avec Oostende, club appartenant au même propriétaire, l'ASNL a pu contourner légalement (on peut le contester, mais cela reste acceptable sur le plan légal) son interdiction de recrutement onéreux en passant par des achats via le club belge.

Ainsi, Oostende a acheté Andrew Jung 750 000 euros avant de le prêter le lendemain à l'AS Nancy-Lorraine. Sieben Dewaele, Mamadou Thiam et Thomas Basila ont aussi rejoint la Lorraine via la Belgique tandis que Mickaël Biron a été acheté à Nancy par Oostende mais prêté pour l'exercice 2021/2022. Cette méthode a été vivement contestée par d'autres équipes de Ligue 2 qui iront même jusqu'à adresser un courrier à la LFP. «Le club de l’AS Nancy–Lorraine, institution historique et respectable du football français, est depuis le début de l’année doté d’une nouvelle gouvernance. Ils contournent allègrement les modalités de recrutement qui lui ont été imposées par la DNCG, à la suite de l’examen de sa situation financière. Par l’intermédiaire du club belge d’Ostende, contrôlé par les mêmes actionnaires, l’ASNL ne respecte aucunement les contraintes imposées aux autres clubs de L2. Compte tenu de cette concurrence déloyale et de l’iniquité flagrante qui en découle au sein du championnat de Ligue 2» pouvait-on notamment lire. Une grogne qui a duré quelques semaines, mais qui a vite été oubliée puisque l'alchimie n'a pas pris du côté de l'ASNL.

Se brûler les ailes tel Icare

Ambitionnant de finir en première partie de tableau, le club au chardon a vite dû revoir ses objectifs. C'est simple, il a réalisé le pire départ de son histoire. Après 10 matches (4 nuls, 6 défaites) c'était trop pour les dirigeants qui ont mis à pied Daniel Stendel après un nul 1-1 contre Amiens. Son équipe avait alors évolué à 45 minutes à 11 contre 9 sans parvenir à l'emporter. Nommant alors Benoît Pedretti pour prendre le relais, Nancy a un petit peu relevé la tête. En deux matches, l'ancien milieu de Sochaux, Lyon, Marseille ou encore Auxerre faisait déjà aussi bien que son prédécesseur. La fin d'année était certes décevante avec 4 défaites contre Rodez (2-0), Quevilly (2-1), Nîmes (2-1) et Dijon (3-0), mais Benoît Pedretti avait eu le mérite de remettre un peu d'ordre dans un effectif en décrépitude malgré son inexpérience. Toutefois insuffisant pour espérer se maintenir, les dirigeants ont pris un vrai numéro un avec Albert Cartier pour espérer se maintenir.

Pour réussir sa mission, le technicien de 61 ans a pu compter sur trois renforts expérimentés cet hiver avec Thomas Fontaine (30 ans, Lorient), Yeni N'Gabakoto (30 ans, Panathinaikos) et Antonin Bobichon (26 ans, Angers). Avec le retour du Sénégalais Saliou Ciss qui est à la CAN, cela va faire du bien en seconde partie de saison. Malgré quelques joueurs avec du potentiel comme Thomas Basila (22 ans), Mickaël Biron (24 ans), Andrew Jung (24 ans), Lamine Cissé (18 ans) ou encore Waren Bondo (18 ans), cela ne suffit pas. Le fond de jeu est assez faible jusque-là peu importe les coachs et défensivement l'équipe est en naufrage (pire défense avec 44 buts encaissés en 22 matches). Offensivement c'est pas mieux avec la 18e attaque ex-aequo avec Grenoble (17 buts inscrits, seulement Dunkerque avec 16 fait pire). De plus, Nancy doit faire face à une vraie singularité, finir les matches en infériorité numérique. Sur les onze derniers matches disputés, Nancy a pris sept cartons rouges. Depuis le début de la saison, les Lorrains ont pris la biscotte rouge à 11 reprises toutes compétitions confondues donc 4 pour Giovanni Haag au bout de ses sept premiers matches de Ligue 2. Un triste record pour lui qui est pourtant un joueur à potentiel, mais qui déraille cette saison comme ses coéquipiers.

La National 1 se rapproche ...

Reprenant cette équipe en difficulté, Alber Cartier a vite répondu présent avec une victoire 2-1 contre Bastia. Néanmoins les derniers jours ont été très difficiles avec une élimination en Coupe contre Amiens (2-0) alors que l'ASNL avait battu Troyes à 8 contre 11 (1-1/4-2 aux TAB) puis le Stade Rennais (1-1/4-3 aux TAB). Une fin de parcours assez triste vu les précédentes performances, mais qui va permettre de se reconcentrer sur la Ligue 2 ... Ou pas. Battue 4-0 par Toulouse avant son match de Coupe de France, l'équipe lorraine reste donc sur une humiliation 6-1 contre Valenciennes qui a encore plus compliqué sa situation. Devant jouer Caen (14e), Dunkerque (19e), Grenoble (18e), Amiens (13e) lors des six prochaines journées ainsi qu'Auxerre (5e) qui joue la montée, Nancy a mal négocié ce tournant avant des matches décisifs. Très clairement, Albert Cartier avait relâché sa frustration après le match : «le score reflète le match qu’on fait. C’est une grosse claque dans un match très important pour nous par rapport à notre classement. On est sanctionné normalement par rapport aux erreurs et aux fautes qu’on a faites. L’erreur fait partie du jeu, mais on en fait trop.»

«Il nous a manqué beaucoup de choses. À la mi-temps, l’idée était de ne plus encaisser et pourquoi pas en mettre un pour tenter de raccrocher un peu. Il fallait arrêter de se faire transpercer. Il fallait rester dignes, on aurait pu partir en lambeaux, c’était compliqué pour les garçons. Cela n’a pas été le cas, réduits à 10. Le fait de toujours prendre des rouges, cela nous pénalise, il faut gérer ses émotions. Les garçons ont essayé de trouver des solutions par le jeu, mais on ne va pas dire que la seconde période était meilleure, car elle n’a aucune valeur. Le score à la pause a permis à Valenciennes de gérer. Ce n’est pas à moi d’être en colère, je ne fais pas de cirque en venant devant les médias. Il faut que ce soit les joueurs qui soient en colère contre eux-mêmes, leurs partenaires, les adversaires. C’est à nous de faire bouger les choses» lâchait le technicien passé auparavant au sein du rival messin. Conscient de l'urgence de la situation, le coach Albert Cartier a alors imposé un entraînement à 2h du matin à leur arrivée en Forêt de Haye après la défaite contre les Nordistes comme l'a révélé L'Est Républicain.

L'idée n'étant pas de punir ses joueurs, mais de les réunir pour se préparer ensemble à une fin de saison difficile. L'unité doit primer sur tout, car aujourd'hui Nancy n'a jamais été aussi proche de descendre pour la première fois de son histoire en troisième division... Et les supporters l'ont bien compris comme l'explique le quotidien régional L'Est Républicain. Demain, les groupes de supporters du club lorrain se réuniront dès 14h pour prendre la parole et exprimer pacifiquement leur désaccord avec la gestion. Autrefois considéré positivement au moment de son arrivée, le président Gauthier Ganaye est décrié comme l'ensemble de la direction. Le fait qu'il gère le club à distance puisqu'il est aussi à la tête d'Oostende énerve passablement et l'inquiétude de la descente nourrit aussi de l'inquiétude quant au projet que voulait mettre en place les nouveaux propriétaires. Après avoir fait confiance à ce nouveau cycle qui semblait évident après la longue présidence de Jacques Rousselot, les supporters nancéiens souhaitent désormais des comptes et ne veulent pas voir leur club sombrer. Reste à voir si cette saison cataclysmique va se poursuivre où si les apparences peuvent encore être sauvées.

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