Vente OM, Stéphane Cohen (co-fondateur de Wingate) : « on travaille pour Monsieur Ajroudi depuis plusieurs semaines, pour ne pas dire plusieurs mois »

Nous apprenions récemment que Wingate, la banque d'affaires française, avait été mandatée par Mohamed Ajroudi pour négocier le rachat de l'OM. Stéphane Cohen, son co-fondateur, nous a présenté son entreprise et dit un peu plus sur sa relation avec le potentiel acquéreur du club phocéen.

Stéphane Cohen de Wingate
Stéphane Cohen de Wingate ©Maxppp
La suite après cette publicité

Foot Mercato : pouvez-vous nous présenter Wingate ?

Stéphane Cohen : c'est une banque d'affaires qui intervient sur des opérations de fusion-acquisition auprès des entreprises de tailles intermédiaires, ce qu'on appelle les mid-caps, qu'on accompagne dans leur projet d'acquisition. Ce qui est le cas de l'OM. On accompagne parfois des investisseurs ou des family offices dans le cadre d'acquisition ou des actionnaires et chef d’entreprises dans le cas de cession totale ou partielle. Sinon, nous accompagnons aussi les entreprises dans le cadre de leur levée de fonds pour financer leur projet de développement, ce qu'on appelle le capital-développement.

Foot Mercato : vous avez été cité par l'AFP en tant que banque d'affaires.

SC : Oui d’ailleurs ce terme nous a valu d'être harcelé par des gens qui nous demandent des crédits (rires). Une banque d'affaires, c'est le jargon professionnel, on l'appelle aussi banque d'investissement, c'est tout simplement un intermédiaire dans des opérations de fusion-acquisition ou de levée de fonds. Wingate, nous sommes une banque d'affaires. Nous sommes présents à Paris, à Lyon, à Bruxelles, depuis peu à Londres et nous avons comme projet d'être présents, bientôt, à New York, cela devrait se dealer dans le courant du mois d'août ou septembre.

Foot Mercato : combien êtes-vous ?

SC : nous sommes une équipe de trente professionnels. Vous avez deux associés gérants, au total six associés. Les deux associés gérants sont Daniel Ramakichenane et moi-même. Qu'est-ce que ça veut dire ? Nous sommes les associés qui avons créé Wingate et qui avons la capacité d'engager Wingate dans tous ses actes. Nous avons deux jeunes associés qui sont à Paris, Pierre Chupin et Gabriel Hainault. Enfin nous avons, un associé senior advisor, qui est à Lyon, qui s'appelle Bernard Liatti, qui dirige le bureau d'Auvergne Rhône-Alpes et ensuite deux personnes, dont je tairais le nom, qui sont associés à Londres, qui s'occupent de gérer les opérations crossborder entre l'Angleterre et la France. C'est le type d'opération où nous allons chercher des fonds d'investissements, soit des fonds de dettes, soit des fonds de capital pour investir dans des opérations en France.

Foot Mercato : quel est exactement votre travail ?

SC : nous avons deux piliers branches d’activité : une pour les entreprises qui se portent bien et une pour les entreprises qui se trouvent dans des « situations spéciales ». C'est un mot au sens large. Ce sont des situations où on peut trouver des conflits d'actionnaires, une situation dans laquelle on trouve des difficultés de trésorerie ou du sur-endettement. C'est d'ailleurs pour cela qu'on lit un peu partout que nous sommes des acteurs, avec Lazard et Rothschild, spécialisés dans la restructuration financière et industrielle des entreprises.

Foot Mercato : quel type d'opérations avez-vous fait ?

SC : sur ce volet précis, la dépêche cite Naf Naf, mais il n'y a pas que ça ! C'est quand même une entreprise qui fait plus de 200 millions d'euros de chiffre d'affaires et qu'on vient de restructurer en l'adossant à un groupe fabriquant tunisien, turc et français. Dans les dossiers emblématiques, on a fait une opération où on a adossé le leader Auvergne Rhône-Alpes du bâtiment et des travaux publics, Moulin BTP, qu'on a adossé au groupe Fayat, qui est un des premiers groupes indépendants français, un peu plus de 4 milliards et demi de chiffres d'affaires. On a restructuré l'endettement de la Grande Récré, qui a permis de faire entre entrer le family office FIB (financière-immobilière bordelaise), pour lequel nous travaillons sur un projet d'acquisition, en plan de cession, du groupe Camaïeu. C'est 500 millions de chiffre d'affaires. Dans certains cas on les conseille à l'achat, c'est le même cas que l’OM, à la différence que l'OM n'est pas en situation de difficultés. On conseille un investisseur ou un acteur industriel à l'achat. Wingate c'est, dans les banques d'affaires indépendantes, je dirais presque l’une des première en terme de taille. C'est 30 personnes. En nombre, c'est beaucoup, ce n'est pas petit dans les banques d'affaires indépendantes.

Foot Mercato : en général, sur ce type d'opération, on ne fait pas plutôt appel à Lazard ou Rothschild ?

SC : pas forcément ! Lazard et Rothschild interviennent en général sur le segment de marché des large cap. On parle de grandes entreprises, celles dont la valeur dépasse les 1,5 milliard d'euros voire 2 milliards. Quand c'est en dessous, les banques d'affaires comme la nôtre ont tout à fait leur mot à dire et interviennent sur des opérations comme celle de l'OM. On est conseil pour des fonds d'investissement comme Naxicap, où on a acheté pour eux une entreprise qui a une valeur de 600 millions d'euros. La valeur est maintenant proche du milliard et c'est nous qui les avons conseillés. On ne se positionne pas sur le même segment de marché que le leur. Lazard et Rothschild sont leaders sur les larges caps, en dessous vous avez d'autres banques d'affaires comme Cambon Partners, par exemple, Advisio Partners. Ce sont des entreprises qui agissent sur le même segment de marché que nous.

Foot Mercato : on évoque une seconde banque de dimension internationale. C'est fréquent que deux banques travaillent sur le même dossier ?

SC : oui ! C'est possible. Nous on est chargé de négocier l'acquisition donc de discuter avec le vendeur, s'il est vendeur (rires) et ses conseils. Parce que nous sommes en France, que c'est un dossier français. Dans ce dossier, vous aurez un tour de table qui ne sera pas franco-français. Cela arrive qu'on travaille en co-mandat avec une banque internationale, qui n'est pas présente en France et pour laquelle nous sommes le représentant en France. Là, en l'occurrence, même si je ne connais pas le nom de l'autre banque, c'est le cas.

Foot Mercato : c'est donc récent ?

SC : c'est tout récent ! J'ai été mandaté cette semaine !

Foot Mercato : donc ça ne fait que quelques jours que vous travaillez sur cela ?

SC : en réalité on travaille pour Monsieur Ajroudi depuis plus semaines, pour ne pas dire plusieurs mois. Effectivement il nous a demandé de nous occuper de ce projet, qui n'est encore qu'un projet à ce stade ! On a accepté parce que l'OM c'est un club de foot et une entreprise. C'est une entreprise qui a un métier différent des secteurs plus traditionnels comme le BTP par exemple, mais ça reste une entreprise avec ce qu'elle suscite comme passion.

Foot Mercato : et pourquoi vous ?

SC : ce qu'il a cherché en nous mandatant, c'est de structurer un process. C'est de la confidentialité, l'un des premiers fondements de la banque d'affaires. Tout ce qui s'échange est confidentiel. Quand on décide de communiquer, on communique tous ensemble. Dans tous les mandats que nous avons signés dans le cas de l'OM, il y a cette clause. C'est pour ça que je ne peux vous parler que de Wingate, mais pas de mon mandat. La deuxième chose c'est que le process est structuré et organisé. Ce n'est pas dans la presse qu'on négocie un deal. On communique quand le deal est fait ou qu'on a des éléments majeurs sur lesquels ensemble on veut communiquer. Il nous arrive de communiquer quand le deal n'est pas fermé, mais un acheteur et un vendeur se mettent d'accord pour annoncer par exemple l'entrée en négociations exclusives. En général on ne communique pas sans qu'il y ait des faits majeurs sur lesquels les deux parties se sont mises d'accord. Il y a eu beaucoup d'écrits dans cette affaire, je ne sais pas comment on en est arrivé là. Mais ce que cherche Monsieur Ajroudi, c'est travailler sereinement, normalement. Il a cherché des compétences, des banquiers d'affaires qui ont des compétences de négociateurs, d'encadrement. C'est ça qu'il est venu chercher chez nous.

Foot Mercato : vous avez donc déjà fixé un calendrier ?

SC : je ne peux pas répondre à cette question.

Foot Mercato : vous avez des contacts avec le clan du vendeur ?

SC : je ne peux pas répondre non plus à cette question.

Plus d'infos

Articles recommandés

Commentaires