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Le Havre, Abdoulaye Touré : « au départ je ne savais pas ce que j’allais faire et quand je regarde le gardien, je me dis et si je la tentais ? »

Tombeur (3-2) du Racing Club de Strasbourg au terme d’un scénario dingue, samedi dernier lors de la 34e et dernière journée, Le Havre évoluera une nouvelle fois en Ligue 1 la saison prochaine, et ce pour la troisième année consécutive. Héros des Ciel et Marine, Abdoulaye Touré, auteur d’une incroyable panenka au bout du temps additionnel (90e +9), s’est longuement confié pour Foot Mercato. De ce geste fou plongeant le peuple havrais dans un bonheur indescriptible à une saison plus globalement marquée par de nombreux rebondissements en passant par son avenir, le vice-capitaine des Ciel et Marine, encore sur son petit nuage, n’a éludé aucun sujet. Entretien.

Par Josué Cassé
22 min.
Abdoulaye Touré sous les couleurs du HAC. @Maxppp

Foot Mercato : bonjour Abdoulaye, j’ai une idée de votre réponse, mais je vais vous poser la question quand même, comment allez-vous quelques jours après ce week-end complètement fou ?

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Abdoulaye Touré : forcément content, soulagé, parce que la saison, elle a été longue et éprouvante donc, beaucoup de soulagement, mais aussi de la fierté parce qu’on revient quand même de loin. Ce n’était pas donné, mais on a montré qu’on avait une force de caractère et que tous ensemble, on pouvait soulever des montagnes, que ce soit avec les supporters, la direction et tout le staff.

FM : avez-vous eu le temps de célébrer un peu ? Vous réalisez aujourd’hui ce que vous avez fait ou c’est encore trop à chaud ?

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AT : non, je ne réalise toujours pas. Le paradoxe dans tout ça, c’est qu’on a un peu célébré dans le vestiaire, mais une fois qu’on est rentré, tout le monde est rentré de son côté. C’est ça qui fait qu’on n’arrive pas forcément à réaliser ce qu’on a fait. Il n’y a peut-être pas eu la prise de conscience totale encore.

FM : Le Havre, en tout cas, est officiellement maintenu et va jouer sa troisième saison d’affilée en Ligue 1. C’est maintenant l’heure des bilans pour tous les clubs, de votre côté, quel regard portez-vous sur la saison des Ciel et Marine ?

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AT : avec du recul, je trouve qu’on est un peu dans la continuité de la saison dernière, même si cette année, ça a été un peu plus compliqué, mais on ne va pas se mentir. En démarrant la saison, on savait que ça allait être difficile, dû au fait qu’on n’a pas forcément de moyens et qu’on est un groupe assez jeune. Allier les deux, forcément, tu t’attends à ce qu’on joue le maintien. Sur ça, il n’y a pas forcément de surprise, mais on ne s’attendait pas à ce que ça soit aussi compliqué. Après, forcément, quand ça se termine bien, et surtout quand ça se termine de cette manière-là, on va dire que la saison, tu la savoures et tu te dis que tu es content que ça se finisse, et surtout de cette façon-là.

«Depuis samedi, je peux croiser n’importe qui, tout le monde me parle de ce geste !»

FM : l’histoire est belle, c’est vous qui libérez le club avec cette panenka à la dernière seconde, est-ce que vous pouvez me reparler de ce geste ?

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AT : franchement, j’ai pris le ballon et au tout départ, je ne savais pas forcément ce que j’allais faire, mais quand je récupère le ballon, que je regarde le gardien, je me dis « et si je la tentais ? ». J’ai réfléchi, j’ai réfléchi, je me suis dit « bon, au pire des cas, si je rate, on va au barrage, donc allez, j’y vais au culot, je la tente ». Et finalement, c’est passé. Et c’est marrant, parce qu’encore une fois, je ne me rends pas forcément compte encore, parce que je suis encore dans l’euphorie, mais depuis samedi dernier, j’ai croisé mille et une personnes, et que ce soit une personne lambda que je ne connais pas forcément, un proche, un collègue… Je peux croiser n’importe qui, tout le monde me parle de ce geste. Je reçois énormément de messages, que ce soit des personnes que je ne connais pas, des personnalités… sur les réseaux sociaux, dans le monde de la musique. C’est complètement fou.

FM : vous avez en plus eu le temps de cogiter plusieurs minutes avant de tenter cette panenka puisque la VAR intervient pour vérifier si le penalty est bien réel ou non. Qu’est-ce qui se passe dans votre tête à ce moment-là ?

AT : honnêtement, avant ça, je ne me pose pas forcément la question de savoir ce que je vais faire, comment je vais tirer. Je me pose juste la question de savoir si l’arbitre va l’accorder. Je ne suis pas du tout encore sur la réflexion du geste, juste de la sentence et ensuite, à partir du moment où ça a été confirmé, c’est là où vient le fait de me poser la question de savoir où est-ce que je vais tirer et surtout ce que je vais faire, mais ça s’est fait en une fraction de seconde…

FM : il y a quelques heures, Mathieu Bodmer a déclaré : « Abdou a tiré le penalty pour sauver un club. Certains disaient que sa panenka était peut-être inconsciente. Mais il tire très bien les penalties, a le sang glacé. Et aucun gardien au monde ne va pas partir sur un côté à la 99e minute. C’était le geste juste ». Qu’est ce que ça vous fait d’entendre ça ?

AT : franchement, ça ne me surprend pas forcément ce qu’il dit, parce que ça montre la cohésion qu’il y a dans ce club, que ce soit de la direction ou même entre les joueurs et le staff, et avec les supporters surtout, ça montre qu’il y a une communion depuis que je suis arrivé, et franchement, ça ne me surprend pas. Le fait qu’il dise que si j’avais raté, personne n’allait m’en vouloir, je ne suis pas surpris mais moi, je m’en serais voulu, parce que c’est sûr que c’est un geste qui est osé et qu’il faut le tenter, mais c’est vrai qu’à ce moment-là, si tu fais ça et tu le rates, t’en as gros sur la patate pour rester poli. Je m’en serais forcément voulu mais dans tous les cas je l’aurais assumé, parce que ça reste un geste qui n’est pas naturel. C’est quand même inédit.

«C’est la meilleure saison de ma carrière !»

FM : cette saison, sur vos 10 buts, vous avez d’ailleurs inscrit 8 penalties, vous êtes à une unité de Mohamed Salah et Harry Kane… ma première question, qu’est ce que ça vous fait d’être associé à ces joueurs là ? Et deuxièmement, est-ce un exercice que vous travaillez régulièrement pour avoir un tel taux de réussite ?

AT : pour la première question, c’est sûr que c’est très flatteur parce qu’on parle quand même de joueurs internationaux et des joueurs qui évoluent actuellement avec les plus gros cadors européens donc forcément, ça montre que le travail que je fournis au quotidien est récompensé. Après, c’est sûr qu’un penalty pour moi, c’est un geste technique donc ça se travaille et je le fais souvent à l’entraînement, mais le fait de marquer une panenka, ce n’est pas travaillé, là, on est juste sur de l’instinct.

FM : plus globalement, est-ce que vous pouvez m’en dire plus sur les émotions ressenties au cours de cette folle soirée ?

AT : je pense qu’il y a eu beaucoup de soulagement parce que comme je l’ai dit, on revient de loin et personne ne nous voyait à cette place-là en fin de saison donc beaucoup de soulagement. Après, on s’est aussi tous dit que ce qu’on venait de faire, ce n’était quand même pas rien. Depuis samedi dernier, j’entends beaucoup de monde me dire que ça fait partie des plus grands exploits du 21e siècle et je pense que c’est peut-être pas faux quand on voit le scénario et les conséquences. On partait de très loin mais c’était notre histoire. On a traversé tellement de choses et ça se termine avec ce penalty à la dernière minute. C’est difficile d’imaginer un meilleur scénario.

FM : au cours de cette 34e journée, il y a eu beaucoup de rebondissements sur les autres pelouses de L1, vous vous teniez informés des résultats ?

AT : forcément, on regarde parce qu’on se dit qu’à un but près, notre destin peut changer donc on se renseigne petit à petit. Quand il y a des petits temps morts, on s’approche un peu du banc et on demande des infos à droite à gauche, mais on savait qu’avant tout, il fallait qu’on fasse d’abord le travail sur le terrain avant de compter sur les autres.

FM : outre cette dernière soirée totalement dingue, comment jugez-vous votre saison sur le plan personnel (10 buts, 1 passe décisive, ndlr) ?

AT : honnêtement, pour moi, c’est la meilleure saison de ma carrière. Pas seulement en termes de statistiques, mais en termes de volume de jeu, d’impact, d’importance au niveau du collectif. Je trouve qu’entre ce que j’ai proposé la saison dernière et cette année, j’ai quand même étoffé mon jeu. L’année dernière, j’étais plus basé sur un poste de numéro 6, de récupérateur alors que cette année le coach m’a permis d’avoir un peu plus de projections, d’être plus proche du but adverse et d’être dans mon rôle préférentiel, celui de numéro 8. Que ce soit en termes de statistiques ou de rendement, c’est clairement ma saison la plus aboutie.

FM : un autre épisode de cette saison est cette blessure. Vous êtes sur la touche pour plusieurs matches entre Lens (J17) et Toulouse (J23) à cause de deux côtes fracturées. Comment avez-vous vécu ce moment alors que le club luttait pour le maintien ?

AT : ce n’est jamais simple, on se dit qu’on aimerait être sur le terrain pour aider les coéquipiers parce qu’on était quand même dans une situation un peu délicate. On veut toujours être sur le terrain, parce que nous sommes des compétiteurs. Ce qui nous anime, c’est ce sport-là, c’est le foot. Dans un autre sens, on prend notre mal en patience, parce qu’encore une fois cette blessure, ce n’est pas comme si c’était une blessure musculaire ou comme si je m’étais fait mal tout seul. C’était dû à un duel, et ce geste-là qu’on m’a fait, je ne pouvais pas l’éviter donc je n’étais pas forcément coupable de ce que j’ai pu faire. J’ai subi un fait de jeu.

FM : aujourd’hui justement, vous faites partie des cadres du vestiaire havrais, quel a été votre rôle cette année, qui plus est avec ce contexte sportif ?

AT : honnêtement, depuis que je suis arrivé, il n’y a pas forcément de rôle défini. Chacun a son mot à dire quand il faut parler, mais c’est sûr que nous, les plus anciens, que ce soit moi, que ce soit André (Ayew), que ce soit Loïc (Nego), que ce soit Mathieu Gorgelin ou même Gautier (Lloris) ou Arthur (Desmas), quand il y a quelque chose à dire, on sait que forcément qu’on va être un peu plus écoutés que certains. Arouna (Sanganté) aussi en tant que capitaine. Avec notre petite expérience, on essaie d’avoir un groupe uni au quotidien, que ce soit à l’entraînement, mais surtout en match. Comme je l’ai dit au début, on sait qu’on partait avec peu de moyens, on savait que si on allait s’en sortir, c’était forcément par le collectif. C’est ce qu’on a démontré tout au long de la saison, même si c’était une saison en galère.

«Didier Digard m’a apporté de la liberté, je me devais de lui rendre la confiance accordée»

FM : une saison galère où Didier Digard, votre coach, a rapidement été critiqué… Comment avez-vous vécu ces moments-là ?

AT : pour être très honnête, ça nous a impactés, oui et non. Je m’explique. Quand je dis « impactés », c’est dans le sens où ça nous a tous surpris parce qu’on s’est dit qu’ils étaient quand même un peu trop exigeants avec lui au vu des moyens qu’il avait à sa disposition. Et pas impactés parce qu’on a toujours gardé cette solidarité, que ce soit entre nous, les joueurs et surtout avec le coach. Ça a été une force complémentaire pour nous de se dire qu’il fallait leur prouver, aux supporters, que personne ne devait rester chacun de son côté, qu’on devait passer cette période-là tous ensemble. Un maintien, ça se joue avec tout le monde et pas chacun de son côté.

FM : je pense notamment à cette scène au Stade Océane contre Marseille où vous êtes allé voir le Kop après les débordements…

AT : ça, c’est mon leadership naturel. On dit qu’on est unis, donc forcément quand il y a des situations comme ça, je ne calcule pas forcément, même s’il faut prendre un peu plus de recul parfois. C’est ma personnalité à moi. On était dans une situation qui n’était pas forcément favorable. Comme je l’ai dit, dans ces situations-là, on peut s’en sortir qu’en étant soudés, mais pas en étant désolidarisés. Surtout un soir comme ça, tu as la peur d’un point de pénalité ou de ce genre de choses. C’est ce que j’ai essayé d’expliquer aux supporters, qu’en faisant ça, c’était plus nous qui étions perdants qu’autre chose.

FM : pour revenir sur Didier Digard, pourriez-vous me parler de votre relation ? Qu’est-ce qu’il vous a apporté ?

AT : il m’a apporté de la liberté. Quand tu prends un peu plus d’âge, tu arrives à un peu plus comprendre ce que le coach veut de toi. Dès qu’il est arrivé, j’ai senti qu’il voulait faire de moi le leader que j’étais déjà. Quand tu as ces responsabilités-là, tu te dois de prouver à toi-même déjà que tu es le leader que tu penses être, mais de prouver aussi à ceux qui sont autour de toi que le coach ne doit pas et ne peut pas se tromper par rapport à ta personne. C’est aussi une forme de « tu me donnes, je te rends ». Forcément, quand un coach fait confiance à un joueur, la seule possibilité qu’il a, c’est de lui rendre la confiance accordée en faisant le travail, que ce soit sur le terrain ou en dehors. Il y a un côté challengeant aussi, où il te met face à tes responsabilités.

FM : on a vu le HAC réaliser une deuxième partie de saison bien plus efficace comptablement parlant, comment expliquez-vous ce déclic ?

AT : franchement, je n’aurais pas forcément d’explication parce que je ne veux pas venir et te dire : « le fait qu’il y ait eu ces changements-là, c’est parce qu’on a eu une réunion, ça n’allait pas, ça a pété dans le vestiaire, il y a eu des prises de tête et on a pris conscience de la situation ». Oui, on a pris conscience de la situation, c’est indéniable, mais il n’y a pas forcément eu de moment impactant qui a fait que tout le monde a pris conscience. Je pense que c’était plus inconscient. Je pense qu’on est tous footballeurs, on est tous des compétiteurs. Notre réaction, c’était juste une réaction d’orgueil. Le premier match de la reprise, on joue contre Marseille et on en prend cinq. On se dit évidemment que ça va être galère, que potentiellement, on y va tout droit… mais pour inverser la tendance, il faut se retrousser les manches, il faut travailler tous ensemble. Comme je l’ai dit, notre force à nous, c’était le collectif et avec l’aide des supporters, on a fait quelque chose de grand.

«Les recrues hivernales nous ont apporté ce bol d’air frais !»

FM : le mercato hivernal a également apporté un souffle nouveau avec les arrivées de Junior Mwanga, Mahamadou Diawara, Ahmed Hassan, Fodé Ballo-Touré…

AT : oui, ils ont apporté cette fraîcheur-là. Je pense que ces joueurs-là quand ils étaient dans leur club respectif, ils n’avaient pas forcément cet état d’esprit dans lequel tu te dis qu’on est en train de vivre une saison de galère. Ils sont arrivés et ont apporté ce bol d’air frais, ça a fait du bien à tout le collectif. Ils avaient une mentalité irréprochable et il y a aussi la jeunesse qui a fait qu’ils ont amené un peu de gaieté à la vie collective du groupe. Forcément, quand la vie du groupe est encore mieux qu’elle n’était, même si elle était bien jusque-là, c’est un peu plus facile. Ils ne se sont pas dit qu’ils arrivaient dans une équipe en galère. Ils se sont intégrés rapidement, on les a vraiment bien intégrés et ça s’est fait tout naturellement.

FM : selon vous, qu’est-ce qui a permis au HAC de décrocher ce maintien à la dernière seconde au-delà de cette panenka ?

AT : il y a eu beaucoup d’événements, de faits de jeu, cette année qui ont fait qu’il y avait quand même des signaux positifs. Je peux donner plusieurs exemples, il y a la victoire à Lille, il y a la victoire à Lens, il y a la victoire à Auxerre, il y a le point du match nul contre Monaco. Même si on ne gagne pas le match, l’état d’esprit qu’on a montré contre Marseille était aussi très encourageant. Tous ces signaux-là font que, malgré tout, on s’est dit qu’il y avait quand même la place pour décrocher ce maintien-là. Et au-delà de tout ça, il y a le fait qu’on soit une équipe très chiante à jouer à l’extérieur. C’est ça qui a fait qu’on soit allé à Strasbourg en se disant qu’on avait toutes les capacités pour les battre.

FM : vous parlez de faits de jeu, justement, il y a eu plusieurs polémiques d’arbitrage au cours de la saison… avez-vous ressenti une forme d’injustice vis-à-vis de l’arbitrage français ?

AT : on n’a pas été facilité par l’arbitrage, mais d’autres vont te dire que si parce qu’au-delà du fait que j’ai marqué ces penalties… avant de les mettre, il faut les siffler aussi, tu vois donc forcément, il y en a qui vont dire qu’on a été avantageux par rapport à ça, mais globalement, je trouve qu’on n’a pas été forcément avantagé par les arbitres même si ce n’est pas ce que je demande. Au final, encore une fois, ça montre qu’il y en a peu qui comptaient sur nous et qui se disaient qu’on allait réussir à faire cet exploit-là. Je le répète, la seule manière par laquelle on pouvait s’en sortir, c’était d’avoir cette union contre vents et marées.

«Franchement, des 'qu’est-ce que je fous là' il y en a eu beaucoup (rires)»

FM : après la défaite contre le TFC en début de saison et les premières critiques, Mathieu Bodmer avait donné une interview à Paris-Normandie titrée : « je me suis demandé ce que je faisais ici ». Est-ce un sentiment qui vous a aussi traversé l’esprit ?

AT : franchement ? Des « qu’est-ce que je fous là » il y en a eu beaucoup (rires). C’est aussi le bilan d’une saison galère. Je ne veux pas faire de langue de bois, mais il y en a eu beaucoup. Il y a la défaite contre Marseille, il y a la défaite au match aller contre Paris, il y a la défaite contre Reims à domicile 3-0, il y a la défaite contre Strasbourg à domicile et oui, il y a la défaite de Toulouse à domicile aussi…

FM : justement, comment rebondir rapidement après ces déconvenues ?

AT : je ne sais pas si c’est une chance ou non mais c’est la loi du foot. L’avantage, c’est que quand un match est fini, tu es obligé de vite switcher et de te remettre au travail parce que la semaine passe tellement vite et le match d’après arrive tellement vite… Tu n’as pas le temps de te morfondre et de te poser des questions par rapport à ce qui s’est passé. Tu dois en tirer des leçons le plus rapidement possible parce qu’il y a la semaine de travail à l’entraînement et ce qui n’a pas très bien fonctionné le match précédent, même si tous les adversaires sont différents, tu essaies de le corriger et de ne pas commettre les mêmes erreurs même si, en ayant cette mentalité-là, on a quand même pris beaucoup de scores cette année. Après, l’état d’esprit a toujours été positif, même si c’était compliqué et au final, on est récompensés.

FM : Didier Digard, quelques minutes après le maintien, a déclaré en conférence de presse qu’il n’y avait pas deux clubs comme le HAC. Vous qui avez connu le championnat italien, turc et français, vous le confirmez ?

AT : oui, c’est différent parce que les clubs précédents dans lesquels j’ai évolué, je sais que, par exemple, il y avait des situations un peu délicates et de temps en temps, tu avais le directeur sportif ou tu avais le président qui venait, qui mettait un peu son grain de sel. Là, on savait que le coach avait les pleins pouvoirs et qu’en gros, dans cette situation-là, on pouvait s’en sortir que par nous-mêmes mais sans une pression supplémentaire de la direction. C’est sûr que quand tu travailles comme ça, c’est un peu plus facile parce que tu te dis que tu n’as pas forcément de pression de tout en haut.

FM : en faisant un léger retour dans le passé, vous sortiez, en juillet 2023, d’une expérience contrastée au Genoa, quel bilan tirez-vous aujourd’hui depuis vos débuts au HAC ?

AT : déjà, tous mes choix, je les assume. On pourra peut-être me poser la question de savoir pourquoi j’ai fait ces choix-là. Il faut savoir qu’au moment où je pars en Italie, j’étais cloitré avec l’équipe réserve de Nantes. Si jamais je ne partais pas, j’allais passer la saison sans jouer, c’est ce que m’avait annoncé le coach Kombouaré. Il faut savoir qu’à ce moment-là, la saison qui précédait, c’est la saison où on arrive à se maintenir. On est aux barrages. Si tu comptes les barrages et les derniers matches de la saison, j’ai fait plus d’une dizaine de matchs sans jouer la moindre minute. Forcément, quand l’année d’après, tu veux partir, il n’y a pas 10 000 clubs qui viennent frapper à la porte. Quand le Genoa se présente à moi avec le projet qu’il me présente, pour moi, c’était la meilleure opportunité pour se relancer. Après, ça n’a pas forcément pris mais comme je dis souvent, dans le foot, il y a des paramètres que toi, joueur, tu ne peux pas maîtriser. Encore une fois, c’est un choix que j’assume et si jamais c’était à refaire, je le referai dix fois. Finalement, je rejoins le Havre à l’été 2023 avec cet esprit revanchard et beaucoup m’attendaient au tournant. C’est normal. Je sortais quasiment de deux ans sans jouer mais j’avais toujours cette confiance-là. Je savais de quoi j’étais capable. Le fait d’arriver au Havre comme ça, pour moi, c’était la meilleure opportunité. J’arrivais dans un club où on allait et où on m’a fait confiance. À partir du moment où un joueur de foot a la confiance totale, que ce soit des coéquipiers, de la direction, du public, de toute une ville, forcément, c’est plus facile d’évoluer. Aujourd’hui, le rendement que j’ai eu cette année, pour moi, c’est une suite logique de ce qui s’est passé sur la première saison.

FM : quelle est la chose qui vous plaît le plus dans ce club ?

AT : ce côté famille. C’est un club un peu familial. Ça me fait penser à ce qu’Hassan Kouka ne fait que répéter depuis qu’il est arrivé. Il dit qu’il n’a jamais vécu dans un vestiaire aussi joyeux où il y a une aussi bonne entente entre tous les joueurs. C’est vrai que c’est très rare, parce qu’on sait la dureté et la rareté du métier de footballeur. On sait que tous les jours, ce n’est pas facile, parce qu’il y a la concurrence, il y a l’argent, il y a plein de paramètres qui sont à prendre en compte. Forcément, quand tu arrives dans ces vestiaires-là et que tous ces clichés ne sont pas forcément au goût du jour, c’est plaisant et plus facile de s’intégrer.

«Sans manquer de respect au Havre, après une telle saison, j’ai des envies d’ailleurs»

FM : deux dernières questions Abdoulaye, votre contrat se termine en juin 2026 (une année automatique vient d’être levée puisque le numéro 94 des Ciel et Marine a disputé plus de 50% des matches sur l’exercice 2024-2025, ndlr), comment envisagez-vous l’avenir ?

AT : pour le moment, il n’y a pas forcément de discussions avec le club. Je pense que ce n’est pas encore le moment parce que je pense que tout le monde est encore dans l’euphorie. Le temps viendra pour que chaque partie se mette autour de la table et discute et à partir de ce moment-là, on prendra la meilleure décision possible. Après, c’est sûr que pour moi, au sortir d’une saison comme ça, j’ai des aspirations qui sont forcément plus grandes. Sans manquer de respect au Havre, j’ai des envies d’ailleurs forcément.

FM : un avenir dans la cité portuaire est malgré tout envisageable ?

AT : depuis le premier jour que je suis arrivé ici, je me sens comme un petit poisson dans l’eau donc ça ne serait pas pour moi une épine dans le pied de rester ici mais encore une fois, l’objectif après cette saison, c’est d’avoir des aspirations un peu plus grandes. Malheureusement ou heureusement, je ne sais pas, on a des envies un peu plus grandes et des objectifs qui sont forcément plus grands après des saisons abouties comme celle-là.

FM : sans trahir de secret, quel championnat serait susceptible de vous intéresser pour la suite de votre carrière ?

AT : je n’ai pas forcément de championnat. Avec mon profil et mes prestations, si on pose la question, tout de suite, on va dire l’Allemagne, l’Angleterre, mais au final, regardez, j’ai fini en Italie (rires) donc, non, je n’ai pas forcément de préférence. Je veux surtout allier le côté sportif et le côté financier, qui rentre aussi dans la réflexion, donc pour moi, il faut que ces deux facteurs soient réunis. Après ça, j’irai vers la proposition la plus intéressante.

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