Bayer Leverkusen : jusqu’où ira le phénomène Xabi Alonso ?

Par Victor Garlan
8 min.
Xabi Alonso @Maxppp

Toujours invaincu en Bundesliga, le Bayer Leverkusen ne cesse de s’affirmer comme un futur champion à mesure que les journées s’égrènent, pour le plus grand bonheur de son entraîneur Xabi Alonso, prédestiné à une grande carrière d’entraîneur. Fin tacticien, le coach espagnol est logiquement victime de son succès.

Quelques jours après avoir terrassé le Bayern Munich devant son public et au sortir d’un nouveau week-end où il s’était imposé dans la douleur contre le promu Heidenheim, le Bayer Leverkusen se devait d’éviter le piège Mayence et poursuivre sur sa belle lancée. Si la formation de Rhénanie-Palatinat, à la lutte pour sa survie en fin de saison, a donné du fil à retordre à son adversaire, la hiérarchie a finalement été respectée. Grâce à des réalisations de Granit Xhaka et de Robert Andrich en seconde période, le Bayer Leverkusen s’est imposé d’une courte tête (2-1) en ouverture de la 23e journée de Bundesliga. Avec cette nouvelle victoire, la troisième consécutive, la formation dirigée par le talentueux Xabi Alonso caracole en tête du championnat allemand et relègue provisoirement son dauphin (à savoir le Bayern Munich) à onze longueurs.

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Surtout, les ouailles du technicien espagnol ont établi une nouvelle série record pour un club allemand de 33 matchs consécutifs sans défaite, améliorant ainsi le record détenu par le Bayern Munich de Hansi Flick. Lors des saisons 2019-2020 et 2020-2021, le Rekordmeister avait enchaîné avec 32 rencontres sans connaître la moindre défaite tout en réalisant le quadruplé historique Bundesliga - Coupe d’Allemagne - Ligue des champions - Supercoupe d’Europe. Bien parti pour aller au bout, il paraît difficile d’imaginer la formation du B04 s’écrouler comme un château de cartes tant celle-ci roule littéralement sur l’ensemble de ses concurrents outre-Rhin. Mais pas que. Toujours en lice en Ligue Europa, le Bayer Leverkusen s’apprête à disputer un 8e de finale face au FK Qarabag après avoir terminé à la première place du groupe H (devant la dite formation azerbaïdjanaise), le tout en remportant la totalité de ses confrontations (soit 6/6) et en marquant pas moins de 19 buts (pour 3 petits pions encaissés).

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Des débuts plus que convaincants avec le Bayer Leverkusen !

Si le Bayer Leverkusen marche actuellement sur l’eau, que ce soit sur le plan national ou continental, qui aurait misé un kopeck sur une telle réussite il y a tout juste un an ? Surtout qui aurait cru qu’un certain Xabi Alonso, qui avait déjà démontré l’étendue de son talent en tant que joueur, parviendrait à se forger une solide réputation de meneur d’hommes et de fin tacticien à peine la quarantaine passée ? Avant que le natif de Tolosa ne soit intronisé à la tête du B04, le club allemand était au bord du naufrage. Réalisant l’un de ses pires débuts de saison de son histoire, la formation rhénane flirtait dangereusement avec la zone de relégation. Une énième défaite face au FC Porto en Ligue des champions un soir du 4 octobre 2022 avait eu raison de Gerardo Seoane. Eliminé dès le premier tour de la Coupe d’Allemagne et à la rue en championnat (17e), l’entraîneur hispano-suisse était finalement remercié. Dès lors, la direction du Bayer Leverkusen plaçait ses espoirs entre les mains de Xabi Alonso. Troquant son costume de footballeur à celui d’entraîneur à l’issue d’une Coupe du monde 2014 où la sélection espagnole, championne en titre, avait été évincée dès la phase de poules, l’Ibère ne comptait qu’une simple pige aux commandes des jeunes du Real Madrid ainsi qu’une expérience de trois ans sur le banc de la réserve de la Real Sociedad, son club formateur.

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Appelé pour jouer les pompiers de service et déterminé à percer dans le milieu, Xabi Alonso se retroussait les manches et parvenait progressivement à imposer sa patte. Adepte d’un style de jeu porté vers l’avant et rejetant l’idée de se baser essentiellement sur la possession de balle à l’image du tiki-taka qui a grandement participé à la renommée de son compatriote Pep Guardiola au FC Barcelone dans le tournant des années 2010, l’ex-international espagnol a bouclé un premier exercice accompli en Allemagne. Mieux encore, il a permis à son équipe de remonter progressivement au classement afin d’accrocher une 6e place, synonyme de qualification pour une Coupe d’Europe, avant de parapher un nouveau bail le liant jusqu’en juin 2026 avec le B04. «Je suis très reconnaissant de la confiance que le Bayer 04 m’accorde. Le fait que nous soyons convaincus de la même idée et de la même direction au sens strictement sportif assure une grande proximité et confiance entre les responsables du club et moi. C’est une autre raison pour laquelle j’aime vraiment mon travail avec mon personnel et tous les employés du club. Je vois la saison écoulée comme positive. Mais j’en veux plus, tout comme le club. Nous y travaillons maintenant avec détermination», exprimait le champion du monde 2010 à l’époque de la signature de son nouveau contrat.

2023-2024, la saison de la confirmation pour Xabi Alonso

Reconduit à la tête des Werkself, Xabi Alonso repartait pied au plancher. Déterminé à mettre un terme à la suprématie du Bayern Munich outre-Rhin, l’entraîneur de 42 ans se concoctait un effectif solide, capable de rivaliser sur tous les fronts. Ainsi, le B04 réalisait un mercato estival séduisant en enrôlant des joueurs d’expérience (Alejandro Grimaldo, Granit Xhaka, Jonas Hoffmann) et en pariant sur la jeunesse (Nathan Tella, Victor Boniface) le tout en parvenant à conserver la plupart de ses pépites, à l’image de Florian Wirtz ou encore de Jeremie Frimpong. Des choix forts et payants au regard des statistiques affichées par ses protégés cette saison. À titre d’exemple, on peut citer le cas de l’attaquant nigérian, révélé sous les couleurs de l’Union Saint-Gilloise et qui s’est adapté très vite à son nouvel environnement de travail, à tel point qu’il comptabilise à lui seul 10 réalisations (et 7 passes décisives) en championnat. Même son de cloche en ce qui concerne Alejandro Grimaldo, indéboulonnable dans son couloir gauche et auteur de performances remarquables depuis son arrivée en provenance du Benfica Lisbonne cet été.

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Ce qui participe également à sa réputation outre-Rhin, c’est sa faculté à laisser une grande liberté à ses hommes. «Sur le terrain, j’ai été encouragé à prendre mes propres décisions. C’est quelque chose que je veux vraiment pousser et que je rappelle aux joueurs. Ce ne sont pas des robots. Ils ont la connaissance de ce qui peut se passer, avec leurs qualités pour décider. Et s’ils font le mauvais choix, on essaiera de faire mieux», détaillait-il lors d’un entretien accordé à l’AFP au cours de la trêve internationale de novembre 2023. Alliant la qualité à la quantité et fort d’un système s’articulant en 3-4-3 (plus précisément en 3-4-2-1) qui fonctionne à merveille, la formation rhénane espère dorénavant poursuivre sur sa lancée afin de se défaire une bonne fois pour toutes du «Neverkusen» qui lui colle à la peau depuis le début du XXI siècle. «Je ne me préoccupe pas des records avant qu’ils arrivent mais une fois qu’ils arrivent, je suis très fier. Je ne me lasse pas de féliciter mes joueurs. Les efforts qu’ils fournissent, l’engagement qu’ils ont chaque semaine, c’est si facile de travailler avec eux. C’est un plaisir de travailler avec eux. J’apprends tellement de chaque entraînement, de chaque match. C’est formidable que nous ayons atteint ce niveau. On ne reçoit pas de médailles pour cela, mais ce n’est pas grave. Le processus est agréable à suivre. Nous avons commencé en juillet avec ce groupe alors voyons jusqu’où nous pouvons aller, mais nous ne voulons pas nous arrêter», a concédé Xabi Alonso après la victoire à Mayence, ce vendredi.

Peut-il résister éternellement à l’appel du pied des cadors européens ?

Entraîneur en vogue alliant le beau jeu et empilant les bons résultats avec l’écurie allemande, Xabi Alonso aiguise l’appétit des cadors européens. Et pour cause, à l’heure où la valse des entraîneurs touche les quatre coins du vieux continent, l’Espagnol fait constamment office de favori pour succéder à un coach déchu ou à un technicien dont le départ a été acté en fin de saison. Ce fut le cas avec le FC Barcelone en janvier où dans le prolongement de l’annonce de Xavi, qui au sortir d’une grosse désillusion face à Villarreal en Liga décidait de rendre son tablier en juin, le nom de Xabi Alonso était revenu avec insistance en Catalogne. Un cas similaire s’est produit fin janvier en Angleterre lorsque Jürgen Klopp a surpris tout son monde en annonçant son départ de Liverpool après neuf ans de bons et loyaux services. Immédiatement, Xabi Alonso, ancien milieu de terrain du club de la Mersey, a été annoncé comme le potentiel successeur de l’Allemand.

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Dernièrement, c’est le Bayern Munich qui s’est laissé séduire par l’entraîneur espagnol. En pleine crise sportive, le champion d’Allemagne en titre songe à lui pour remplacer Thomas Tuchel, dont la greffe n’a jamais réellement pris avec le club bavarois et qui partira également en juin prochain. Logiquement interrogé sur les rumeurs le liant à une arrivée en Bavière cet été, le principal intéressé n’a pas souhaité s’exprimer à ce sujet en marge de la confrontation face à Mayence. «En ce moment, je suis l’entraîneur du Bayer Leverkusen et c’est certain. Concernant l’avenir, je n’ai rien de nouveau à dire. Un appel reçu du Bayern ? Encore une fois, ce n’est qu’hypothétique : je n’ai rien de nouveau à dire. Ce n’est pas un problème pour moi. Je sais que mon objectif est de réussir avec cette équipe. C’est mon travail. Nous sommes dans une très bonne situation en ce moment. Nous voulons continuer ainsi», a-t-il assuré en conférence de presse. Si son avenir demeure toujours aussi flou, Xabi Alonso a fait passer un message très clair : il est déterminé à aller au bout de ses objectifs.

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