Liga : les pépites prennent le pouvoir

Ce début de championnat en Espagne est marqué par l'éclosion de plusieurs (très) jeunes joueurs, à l'image d'Ansu Fati ou de Martin Odegaard.

Plusieurs jeunes joueurs brillent en Espagne
Plusieurs jeunes joueurs brillent en Espagne ©Maxppp

Ces dernières années, on a beaucoup reproché aux puissances du championnat espagnol de ne pas vraiment avoir fait confiance aux jeunes joueurs, préférant miser sur des cadres expérimentés coûte que coûte. C'est notamment valable du côté de Barcelone, où le manque d'opportunités dont ont pu profiter les joueurs formés à La Masia ont valu de nombreuses critiques à Ernesto Valverde. De façon globale, c'est plus vers l'Allemagne, l'Angleterre et même la France qu'il a fallu se tourner ces dernières années pour voir les stars de demain éclore au plus haut niveau. Jusqu'à cette saison. En ce début d'exercice 2019/2020, on voit de plus en plus de jeunes avoir leurs chances en Liga. Mieux encore, ils brillent. Certains ont su profiter de différents contextes (blessures, suspensions etc), alors que d'autres ont rapidement obtenu les clés du jeu de leur équipe.

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Ansu Fati enflamme Barcelone

L'explosion qui a fait le plus parler est celle d'Ansu Fati, forcément. Du haut de ses 16 ans, le jeune bissau-guinéen qui devrait représenter la Roja en sélection s'offre des débuts plus que remarqués en Liga. Entré lors du match face au Betis de la 2e journée, il a su saisir sa chance, à tel point qu'Ernesto Valverde a fait appel à lui lors du match suivant face à Osasuna. Il s'est offert une entrée décisive après la pause, alors que son équipe était menée, marquant même le but pour réduire l'écart. Ce week-end, il signait sa première titularisation face à Valence, et il a mis le Camp Nou à ses pieds, avec un but et une passe décisive entre autres.

Au delà de ses qualités techniques et de sa fougue, ce qui impressionne le plus reste sa maturité. Bien qu'il n'ait que 16 ans, il joue comme un joueur plutôt expérimenté, réalisant toujours le bon choix, comprenant à merveille le jeu. Jamais il ne fait le crochet de trop, ses transmissions sont toujours réussies, ses appels et ses déplacements sont toujours dans le bon tempo. Ansu Fati est clairement au niveau de l'équipe première du FC Barcelone. Reste tout de même à voir comment Ernesto Valverde gérera son cas dans les prochaines semaines, une fois que des joueurs comme Messi ou Ousmane Dembélé seront revenus de blessure notamment. Il y a en tout cas bien longtemps qu'on n'avait pas assisté à de tels débuts en fanfare chez un jeune joueur en Liga.

Le Real Madrid peut aussi se frotter les mains

Si le FC Barcelone est convaincu de tenir sa future star, les Madrilènes ont eux aussi de quoi être optimistes lorsqu'ils se tournent vers l'avenir. Premièrement, car Vinicius Junior démontre toujours avoir un talent fou. Il a certes de nombreux défauts, dans le dernier geste notamment, mais sa facilité à créer du danger est toujours impressionnante. Des lacunes qu'il va devoir gommer cette saison, mais nul doute que le potentiel est là. On a encore vu face à Levante qu'il parvient à mettre le feu dans les défenses adverses sans difficulté majeure. Une qualité qu'on a aussi vu chez Takefusa Kubo, qui s'est lui exilé aux Baléares, chez le promu Mallorca. Face à l'Athletic le week-end dernier, il est entré pour la dernière demi-heure. Le temps suffisant pour en faire voir de toutes les couleurs à l'ancien Parisien Yuri Berchiche, provoquant notamment un penalty. Le prodige nippon a une qualité technique à en faire pâlir les meilleurs joueurs de la planète, et il devrait rapidement devenir un titulaire indiscutable chez les Bermellones.

Mais s'il faut mettre un joueur en lumière, c'est Martin Odegaard. Cet été, le Real Madrid a décidé de le prêter à la Real Sociedad, qui bâtit un nouveau projet misant sur un mélange de jeunes à potentiel et de joueurs expérimentés. Le pari n'est pas payant, il est même prolifique ! Après quatre journées de championnat, le Norvégien de 20 ans est déjà le maître à jouer de l'équipe, étant à l'origine de pratiquement toutes les offensives des Basques. Ce week-end encore, il a sorti une nouvelle prestation de haute volée, ponctuée par un but, étant le meilleur joueur sur la pelouse lors de la victoire des Txuri-Urdines face à l'Atlético de Madrid (2-0). Un prêt de deux ans pendant lequel Odegaard devrait rapidement devenir une des références du championnat, avant de revenir conquérir Madrid...

João Félix marqué à la culotte

C'était celui qui était le plus attendu, principalement à cause de son prix exorbitant, mais il réalise des débuts un peu en dents de scie. Après un départ canon, le Portugais a légèrement baissé le pied. Il faut dire que les adversaires ne le lâchent pas d'une semelle, et qu'il est souvent victime de contacts assez durs. Les défenseurs de Liga n'y vont pas de main morte avec lui, et contrairement à un joueur comme Griezmann, ou même à Vinicius Junior et Fati, il est encore très dépendant de ses partenaires, avec qui il aime bien combiner. Ses qualités techniques et son talent sont indiscutables, on le voit quand il a de l'espace devant lui, mais il n'est clairement pas (encore ?) à l'aise dans les espaces réduits, et il ne brille pas forcément lorsqu'il est dos au jeu ou quand il décide de jouer en une touche de balle.

L'absence d'Alvaro Morata, avec qui il semblait bien s'entendre, y est aussi pour beaucoup, et Diego Simeone doit lui trouver un poste définitif. Utilisé en deuxième pointe, il a pourtant semblé plus épanoui en tant qu'ailier droit, moins harcelé par les rivaux et avec du temps pour lever la tête et décider de quoi faire du cuir. Son apprentissage est donc loin d'être terminé, mais lorsqu'il a un coup de génie, il peut faire basculer un match à lui seul. D'autres joueurs sont également à suivre de très près dans les prochains mois, comme Kang-in Lee, le petit prodige coréen de Valence, MVP du dernier Mondial U20, ou Bryan Gil, jeune attaquant de Séville.

Comment expliquer ce phénomène ?

Chaque cas est différent, forcément, puisque les contextes eux-mêmes ne sont pas les mêmes et que ces joueurs n'ont même pas vraiment été formés dans les mêmes conditions. Expliquer tout ça par cette course au jeunisme qui vise à mettre des jeunes joueurs en avant le plus tôt possible pour espérer toucher le gros lot en les revendant ne tient pas forcément, puisque ces joueurs appartiennent pour la plupart à des clubs qui ne sont pas vraiment dans cette optique de plus-value. On retrouve cependant un point commun chez tous ces jeunes joueurs. Tous ont été projetés sur le devant de la scène assez rapidement, et tous ont déjà un bon petit CV. Takefusa Kubo a déjà de l'expérience en D1 japonaise, est international nippon, tout comme Martin Odegaard, qui défend les couleurs de sa sélection depuis son plus jeune âge et a déjà de la bouteille en Eredivisie.

Vinicius Junior a lui aussi fait ses preuves au Brésil avant de rejoindre l'Espagne, tout comme João Félix qui avait pratiquement une saison à Benfica dans les pattes et des capes en équipe première du Portugal lorsqu'il a atterri à Madrid. Même un joueur comme Ansu Fati, qui n'avait jamais mis un pied dans le monde pro, était déjà connu depuis un petit moment en Catalogne. Comme l'expliquent bien les médias espagnols, sa grave blessure à l'âge de 13 ans lui a aussi fait gagner en maturité. "Maturité", un mot qui est clé donc lorsqu'il s'agit d'expliquer la précocité de ces joueurs. On voit très bien dans leur façon de jouer que leur lecture du jeu et leur compréhension d'un match est excellente, choses que d'autres joueurs du même âge pourtant très doués techniquement n'ont pas. Faites le stock de pop-corn, ces pépites vont nous régaler cette saison !

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