Coupe du Monde

Angleterre-Croatie : les notes du match

La sélection anglaise est venue à bout d’une vaillante équipe croate, qui lui a donné du fil à retordre en première période. Mais le talent de Kane et Bellingham a de quoi nourrir les hautes ambitions des Three Lions. Voici les notes du match.

Par La Rédaction FM
15 min.

C’était l’une des affiches la plus prestigieuse de cette première journée de Coupe du monde 2026, et personne n’a été déçu. L’Angleterre de Thomas Tuchel, vice-championne d’Europe en titre toujours en quête de ce deuxième sacre mondial qui lui échappe depuis 1966, démarrait son tournoi par le morceau le plus corsé de sa poule : un duel contre la Croatie de Zlatko Dalic, qui aligne encore Luka Modric, 40 ans, dans l’entrejeu. Tuchel devait composer avec le forfait de dernière minute de Livramento, remplacé par Chalobah dans le groupe. Sur le terrain, on retrouvait Pickford dans les buts, une défense à quatre James-Stones-Konsa-O’Reilly, Anderson et Rice au milieu, Madueke-Bellingham-Gordon en soutien de Harry Kane, capitaine et seul vrai point de fixation offensif. En face, Dalic avait son groupe au complet, avec Sucic et Baturina pour épauler Modric, et Musa en pointe ou encore l’inépuisable Ivan Perisic à gauche.

La suite après cette publicité

Et dans cette rencontre, ça s’est emballé très vite. Harry Kane ouvrait le score sur penalty à la 12e minute, fidèle à sa réputation de tueur dans la surface. Même s’il avait dû s’y reprendre à deux fois, son premier tir avait été arrêté par Livakovic qui n’avait pas un pied sur la ligne comme le veut la règle. Qu’importe, l’Angleterre prenait le contrôle du match et multipliait les situations dangereuses sans pour autant se mettre à l’abri. Et un peu contre le cout du jeu, la Croatie égalisait grâce à un missile de Baturina (1-1, 36e) qui ne laissait aucune chance à Pickford. Mais Harry Kane n’en avait pas fini. À la 42e, il doublait la mise et inscrivait son deuxième but du match d’une sublime tête après un corner bien frappé par Declan Rice.

Kane et Bellingham assurent

L’attaquant du Bayern répondait aussi présent après les débuts canons des autres stars du Mondial. On pensait alors voir l’Angleterre venir à la pause avec l’avantage au score. Mais dans les arrêts de jeu de la première période, à la 45e+5, c’est Petar Musa qui concluait un mouvement collectif somptueux à trois touches et crucifiait Pickford à bout portant. 2-2 à la pause. Un scénario totalement fou pour une première période à la hauteur de l’affiche. Le retour des vestiaires confirmait l’intensité de cette rencontre. Dès la 47e minute, Jude Bellingham redonnait l’avantage à l’Angleterre d’une frappe limpide, portant le score à 3-2. Les Three Lions, plus frais et plus tranchants dans le pressing, se créaient ensuite une multitude d’occasions et Livakovic, qui avait été peu sollicité jusqu’ici, enchaînait 6 parades entre la 45e et la 55e dont une triple parade bluffante devant les attaquants anglais.

La suite après cette publicité

On se demandait alors que les Three Lions n’allaient pas le regretter. Comme souvent dans les derniers instants d’un match aussi débridé, la Croatie avait retrouvé quelques couleurs en fin de rencontre. Pasalic avait obligé Pickford à se montrer décisif, Sucic aussi après un enchaînement de crochets spectaculaire dans la surface. Et les Vatreni ont poussé pour revenir dans le match face à une Angleterre qui semblait avoir calmé sa fougue du début de seconde période. Mais Thomas Tuchel, en multipliant les changements offensifs illustrant sa profondeur de banc (Saka pour Madueke, puis Rashford pour Gordon) avait anticipé ce sursaut. Et à la 85e minute, c’est ce sang neuf qui a fait la différence. Sur un beau mouvement initié côté droit par Saka, l’ailier anglais trouve Rashford de l’autre côté, qui ajuste une frappe hors de portée de Livakovic. 4-2. Un but qui mettait définitivement l’Angleterre à l’abri et qui douchait les derniers espoirs croates, sur l’un des rares contres tranchants de cette fin de match. Cette victoire 4-2 lance idéalement l’Angleterre dans ce Mondial, dans un groupe L qui comprend également le Ghana et le Panama. Pour la Croatie, la déception est réelle mais le match a montré que cette génération, malgré l’âge avancé de certains cadres, reste capable de rivaliser avec les plus grandes nations. Les Three Lions, eux, prennent une option sérieuse sur la première place du groupe.

L’homme du match : Harry Kane (8,5) : il a vu toutes les stars offensives, ou presque, se distinguer au cours du premier match, alors il ne pouvait pas laisser passer l’occasion de briller. Avec un coup de pouce de l’arbitre français Clément Turpin qui lui a permis de retirer un penalty détourné par Livakovic, coupable de s’être un poil trop avancé. Il ne s’est pas loupé une deuxième fois, et il a ensuite déroulé son football. Avec ce style de quaterback qui redescend lancer ses partenaires dans la profondeur. Il a enfoncé le clou avec un deuxième but de la tête, sur corner. Il n’est pas passé loin du triplé mais est tombé sur un Livakovic enfin inspiré en deuxième période. Ajoutez à cela son apport défensif, jusqu’à la dernière minute avec un sauvetage du ventre, et vous obtenez la recette classique d’un match réussi de Harry Kane.

La suite après cette publicité

Angleterre :

- Pickford (6) : soucieux de relancer court, il n’a pas fait d’erreur majeure dans son jeu au pied. Il s’est incliné à deux reprises sur deux buts splendides. Sur le premier, sa main n’est pas assez ferme, sur le deuxième, il est battu de près. Deux arrêts déterminants en deuxième période.

- James (4) : une déception. On l’a très peu vu offensivement, hormis quelques centres dans la boîte. Pas de relation technique avec Madueke. Mais c’est surtout défensivement qu’il a failli, sérieusement secoué par le vétéran Perisic. Qui a réussi à le surprendre avec un appel dans son dos, et dans la surface anglaise, sur le deuxième but croate. Il a terminé le match au milieu de terrain après la sortie de Bellingham.

La suite après cette publicité

- Konsa (5) : lui aussi n’est pas irréprochable sur le deuxième but croate, se faisant prendre dans le dos et en laissant Musa se décaler sur la gauche de la surface. Malgré sa taille, il a perdu trop de duels aériens. Il s’est bien repris en deuxième période, sans afficher une grosse domination physique.

- Stones (4) : son tacle glissé sur la feinte de Sucic risque de faire le tour du web anglais durant de longs mois. Pris par la technique croate, le défenseur central, préféré à Guehi, avait jusque-là plutôt maîtrisé son sujet, avec des duels gagnés et une bonne qualité de relance. Mais on le sent très vite fébrile face à un adversaire un peu trop remuant… Remplacé par Guéhi (87e).

- O’Reilly (3) : comme James de l’autre côté, il a déçu. Bousculé défensivement, pris par l’impact croate, il n’a pas donné sa pleine mesure. Lui qui est si offensif avec Manchester City n’a pas existé dans le camp adverse, pas aidé par un Gordon fantomatique devant lui. Il a aussi pris trop de risques dans ses relances, perdant plusieurs ballons dans des zones dangereuses.

- Rice (6) : le métronome d’Arsenal l’est-il aussi en sélection ? Moins, c’est une certitude, mais il n’est pas moins important, par son activité permanente, ses dézonages et la qualité de ses coups de pied arrêtés, à l’image du corner envoyé sur la tête de Harry Kane pour le 2e but anglais. Remplacé par Rogers à la 72e.

- Anderson (7) : il est la trouvaille de Thomas Tuchel depuis son arrivée sur le banc de touche des Three Lions. Et on comprend pourquoi, tant il incarne à merveille le milieu box-to-box anglais, avec des interceptions, le goût du duel et une superbe qualité de passe. Celle envoyée pour Bellingham sur le 3e but est une merveille. Toujours fourré au bon endroit pour récupérer le cuir, et dur au mal.

- Bellingham (7,5) : on l’a senti concerné dès le début, prêt à en découdre. Il n’a pas tout réussi, mais il a dynamisé l’entrejeu, avec des rushs dont il a le secret. Il a parfois privilégié la solution individuelle à l’entrée de la surface mais a été récompensé de ses nombreux efforts par un joli but en angle fermé. De l’impact dans les duels, des retours défensifs précieux. Préféré à Rogers pour ce poste de numéro 10, il a parfaitement lancé sa compétition. Remplacé par Spence (80e), qui s’est placé à droite de la défense.

- Madueke (5,5) : un début de match plein d’envie, où il a su trouver de l’espace sur son côté droit. Souvent servi, il a, comme souvent, manqué de justesse dans le dernier geste. Mais il reste un poison, scotché sur la ligne, prêt à exploiter chaque contre. Il a peu à peu disparu de la circulation, alors que l’Angleterre a proposé un jeu de plus en plus axial. Remplacé par Saka à la 72e, qui avait l’envie de montrer son talent et a offert une folle chevauchée pour servir Rashford sur le 4e but anglais.

- Kane (8,5) : lire ci-dessus.

- Gordon (3) : le mystère de la soirée. On ne l’a quasiment pas vu offensivement, avec très peu de bons ballons à négocier sur son aile. Il les a aussi rendus trop vite à l’adversaire, peu inspiré. Pour sauver son match, on notera son implication défensive, avec un repli impeccable. Mais il a fait bien trop peu pour être considéré comme incontournable par son sélectionneur. Remplacé par Rashford (72e), buteur à la 85e minute, sur un service parfait de Saka, en contre. De quoi marquer des points.

Croatie :

- Livaković (6) : gardien de Zagreb, le portier croate avait cru endosser le costume de héros en détournant le penalty de Harry Kane (10e), mais après intervention de la VAR, celui-ci a été retiré pour une position avancée. Sur la seconde tentative, Kane a choisi le même côté et cette fois, pris à contre-pied, Livaković a été battu (1-0, 12e). Il a ensuite été de nouveau trompé sur un coup de casque de Kane après un corner de Rice (2-1, 42e). Il a vécu une deuxième période plus compliquée avec un but encaissé rapidement sur une réalisation de Jude Bellingham, sur laquelle il n’a rien pu faire, avant une relance manquée qui a failli offrir un doublé à l’Anglais, sans conséquence grâce à son intervention (48e). Livaković s’est ensuite illustré avec un arrêt face à Rice (51e), puis un double réflexe devant Nico O’Reilly et Anthony Gordon, bien suivi par sa défense. En fin de match, il a encore cédé face à Marcus Rashford (4-2, 86e).

- Gvardiol (5) : courtisé depuis plusieurs semaines par le Real Madrid, le défenseur de Manchester City occupait le couloir gauche de la défense croate. Dans un registre légèrement différent que celui qu’il connaît sous les ordres de Pep Guardiola, il a livré une première période sérieuse et globalement maîtrisée. Par moments, Noni Madueke a réussi à le prendre de vitesse dans son dos, mais il s’est distingué comme souvent par sa qualité de relance, trouvant très régulièrement Ivan Perišić sur son couloir. Il a eu davantage de mal par la suite face à un Noni Madueke très remuant.

- Vušković (5,5) : positionné dans l’axe gauche de la charnière, le défenseur central de Hambourg s’est retrouvé dans un duel permanent avec Harry Kane. Solide dans l’ensemble, il a remporté un grand nombre de duels, notamment dans le domaine aérien, bien épaulé par ses partenaires. Malgré cela, il n’a pas pu empêcher l’ouverture du score sur penalty, consécutive à une erreur de Modrić. Il s’est néanmoins illustré dans la séquence de l’égalisation de Baturina en récupérant haut un ballon qui a initié l’action. Dans le jeu, Kane a fréquemment décroché, l’attaquant anglais évoluant très bas comme il en a l’habitude à Munich, ce qui a parfois compliqué son marquage. Remplacé par Marco Pašalić à la 66e. Un choix très offensif de la part de Zlatko Dalić.

- Šutalo (5) : le défenseur de l’Ajax Amsterdam évoluait à droite dans l’axe, continuellement confronté à Gordon dans sa zone. Peu sollicité dans le jeu en première période, il s’est surtout signalé par sa qualité de relance, trouvant à plusieurs reprises Pašalić entre les lignes pour casser la première pression anglaise. Sur phase arrêtée, il a en revanche souffert, à l’image de toute la défense : sur un corner de Declan Rice, Harry Kane s’est élevé pour couper la trajectoire et inscrire un but de la tête, profitant d’un marquage croate totalement défaillant sur la situation. Il a occupé un rôle différent à la suite de la sortie de Vušković. Il est venu se placer seul dans l’axe, épaulé par Gvardiol et Stanišić.

- Stanišić (4) : installé sur le flanc droit, le joueur du Bayern Munich a évolué dans un rôle exigeant face à Gordon. Peu en difficulté sur le plan défensif en raison d’un ailier anglais discret en première période, il s’est montré solide dans les duels, à l’image de son intervention remportée face à Nico O’Reilly à la 32e minute. Une prestation globalement propre et disciplinée en première période. Ensuite, il a eu du mal à rester dans le rythme, trop souvent mis en difficulté par Jude Bellingham et Declan Rice. Face à Marcus Rashford, tout juste entré en jeu, il s’est d’abord fait éliminer sur un crochet de l’attaquant anglais avant de céder dans la foulée, sur une frappe limpide du joueur prêté au Barça (4-2, 85e).

- Pašalić (4) : auteur d’une saison solide sur le plan individuel avec 10 buts toutes compétitions confondues, le joueur de l’Atalanta occupait un rôle clé au milieu de terrain. En effet, il a évolué un cran plus haut que la défense en première période. Face à la densité anglaise, il a eu du mal à peser dans les premières phases de jeu. Souvent contraint de redescendre très bas pour participer au travail défensif, il a néanmoins tenté de se projeter, sans réussite notable, notamment sur une transmission manquée à la 34e minute qui a fini en touche. Une première période globalement en retrait de ses standards habituels. En retard sur Bellingham après une passe parfaite de Anderson, il n’a jamais pu rattraper le joueur du Real Madrid et l’a laissé conclure seul face à son gardien (3-2, 47e). Heureusement, il est venu stopper Reece James (55e). Après un match timide, il a été remplacé par Andrej Kramarić (79e).

- Modrić (4) : titularisé dans l’entrejeu au sein d’un double pivot avec Pašalić, la légende croate a connu une première période particulièrement difficile. Coupable d’une faute dans sa surface sur Noni Madueke, avec un pied haut sanctionné par l’arbitre, il a provoqué le penalty anglais dès la 8e minute. Si Harry Kane avait d’abord trouvé la parade de Livaković, le penalty a été retiré et transformé dans un second temps par l’attaquant anglais. Un premier acte compliqué pour Modrić, directement impliqué sur l’ouverture du score adverse. Il a ensuite remporté un duel crucial à proximité de sa surface face à Noni Madueke, stoppant net l’Anglais d’un tacle glissé parfait (53e). Dans le dur et cuit physiquement, il a logiquement été remplacé par Mateo Kovačić (57e). Le joueur de Manchester City fête ainsi sa 114e sélection avec la Croatie. Sur le terrain, il sera resté bien trop discret, avant de tenter sa chance à la 84e.

- Perišić (5,5) : toujours incontournable dans le dispositif croate, le vétéran de 37 ans occupait le rôle d’ailier gauche, avec un gros volume de jeu dans son couloir. Chargé d’apporter des solutions des deux côtés du terrain, il a répondu présent, notamment dans les projections offensives. On l’a vu très actif dès la 21e minute, combinant avec Modrić dans une séquence fluide côté gauche. Fort de sa saison remarquée au PSV (10 buts, 14 passes décisives), il a une nouvelle fois apporté son expérience dans les moments importants. En effet, c’est lui qui vient parfaitement servir Musa pour l’égalisation avant la pause (2-2). Il a peu à peu disparu en seconde période, glissant à une place de latéral gauche au fil du match.

- Sučić (6) : récent vainqueur de la Serie A et de la Coupe d’Italie avec l’Inter Milan, le milieu croate évoluait dans un rôle hybride sur le côté droit, sans rester figé dans une position haute. Très impliqué dans les phases de repli et de circulation, il a souvent participé à la construction pour créer du surnombre dans l’entrejeu. Son activité lui a permis de toucher de nombreux ballons dans des zones intermédiaires. Il est à l’origine du but de Baturina, puisque c’est lui qui le sert parfaitement avant que l’ailier n’envoie une frappe imparable (1-1, 36e). Très à l’aise techniquement, il a enrhumé John Stones dans la surface anglaise, avant ensuite de s’emmêler les pinceaux (63e).

- Baturina (6) : révélé en Europe cette saison à Côme sous les ordres de Cesc Fàbregas, il évoluait sur le côté gauche de l’attaque croate, avec une tendance à repiquer dans l’axe pour participer au jeu. Longtemps discret dans une première demi-heure dominée par les Anglais, il s’est mué en joueur décisif au meilleur moment. À la suite d’une récupération haute de Vušković sur Jude Bellingham, il a su se retrouver entre les lignes avant de participer à une action collective conclue par une lourde frappe à l’entrée de la surface qui a trompé Jordan Pickford pour l’égalisation (1-1 36e). Bien pris par Elliot Anderson dans sa zone, Martin Baturina aura eu plus de mal à peser sur la défense de la Croatie en fin de match. Il a été remplacé par Nikola Vlašić à la 79e.

- Musa (5) : aligné à la pointe de l’attaque croate, l’attaquant de Dallas a été peu en réussite dans ses duels face à la charnière anglaise Konsa-Stones. Mais il est venu sauver son premier acte en égalisant à quelques secondes de la mi-temps. Sur un joli piqué de Marco Pašalić vers le point de penalty, Ivan Perišić a réussi à remettre de la tête dans la zone gauche de la surface. Complètement esseulé, Petar Musa ajuste Jordan Pickford d’un tir croisé précis pour remettre les deux équipes à égalité (2-2). Trop discret lors de la seconde mi-temps, il a été remplacé par Igor Matanović à la 66e. L’entrant n’aura rien apporté.

La suite après cette publicité
La suite après cette publicité
Copié dans le presse-papier