Le difficile retour sur terre de l’OL avant le choc contre l’OM
Freiné net à Strasbourg après treize victoires de rang, Lyon aborde l’Olympico avec des certitudes ébranlées et l’obligation de réagir. Au Vélodrome, le choc face à Marseille dira si ce revers n’était qu’un accident ou le début d’un doute.
La mécanique semblait pourtant parfaitement huilée, presque irrésistible, mais toute série possède son point de rupture. Dimanche soir, sur la pelouse du stade de la Meinau, les Lyonnais ont brutalement quitté leur nuage, stoppés net par une équipe de Strasbourg beaucoup plus intense et affamée. Invaincus depuis début décembre et portés par 13 succès consécutifs, les hommes de Paulo Fonseca ont semblé jouer avec le frein à main, comme anesthésiés par leur confortable position au classement et par les faux pas de leurs concurrents. Dans un championnat où la dynamique psychologique compte presque autant que la qualité technique, ce relâchement s’est payé comptant avec un pressing adverse subi, des sorties de balle brouillonnes, et une incapacité chronique à installer leur jeu. La soirée avait tout du piège classique, celui que redoutent les entraîneurs quand la confiance frôle la suffisance. Car Strasbourg n’a jamais laissé respirer son visiteur. Dès les premières minutes, l’intensité alsacienne a donné le ton, obligeant le portier lyonnais à multiplier les interventions décisives avant de céder logiquement.
« C’est sans doute notre meilleur match depuis que je suis arrivé. En tout cas tactiquement, c’était au plus proche de ce que j’avais demandé, même si c’était un peu moins bien sur une période après la pause. C’était un match difficile contre une excellente équipe. Pour l’emporter face à elle après sa grosse série, il fallait une superbe performance. On aurait difficilement pu espérer mieux, tout le crédit va aux joueurs. Ce soir, c’était la meilleure prestation en termes de pressing, hormis ce passage de moins bien en deuxième période. On aurait même pu mener 3-0 avant la pause. On a craint de ne pas avoir tué le match, alors on savoure ces trois gros points», a pourtant expliqué Paulo Fonseca. L’ouverture du score, fruit d’une domination constante, n’a été que la traduction chiffrée d’un rapport de forces déjà évident. L’OL, privé trop tôt de Sulc, blessé, a perdu un relais essentiel entre le milieu et l’attaque, isolant un Endrick inhabituellement muselé. Sans circuits fluides ni percussion collective, les visiteurs ont laissé filer le tempo, subissant plus qu’ils n’agissaient.
Penser à l’OM avec prudence
Même les statistiques symboliques ont basculé. La série d’invincibilité défensive a pris fin, rappelant que les records ne résistent jamais longtemps lorsque l’intensité disparaît. « Le record (de 14 victoires consécutives) n’était pas important pour moi, ce sont seulement les 3 points qui m’intéressent, mais aujourd’hui, on a joué une équipe forte, meilleure que nous, surtout en première mi-temps, et qui a mérité de gagner, parce qu’elle a joué avec l’intensité, l’agressivité, le rythme, qui ont manqué à notre équipe. On a commencé à jouer seulement après le premier but, c’est le problème. Il a manqué des joueurs pouvant prendre la profondeur peut-être, mais ce n’est pas un problème physique car ces deux dernières semaines, nous n’avions qu’un seul match. C’est le foot, on ne peut pas toujours gagner, ce n’est pas dramatique, on doit accepter cette situation», a poursuivi le coach portugais en conférence de presse. Le second acte n’a pas immédiatement inversé la tendance, bien au contraire.
Le break strasbourgeois, provoqué par une frappe déviée hors de portée du gardien, a semblé entériner le sort d’un match qui échappait aux Lyonnais. Il a fallu un éclair, une inspiration signée Corentin Tolisso, pour raviver la flamme et redonner un semblant d’élan à une équipe jusque-là amorphe. Ce but a brièvement changé l’atmosphère, installant un doute dans les tribunes et une tension palpable sur la pelouse, où cartons et accrochages se sont multipliés, jusqu’à l’intervention décisive de l’arbitre Ruddy Buquet pour désigner le point de penalty. La sentence, transformée sans trembler, a scellé l’issue d’une rencontre où Strasbourg aura dominé dans l’engagement, la lecture du jeu et la lucidité. À une semaine d’un Olympico qui s’annonce incandescent, l’OL devra surtout retrouver ce qui a fait sa force ces derniers mois sous peine de transformer ce simple accroc alsacien en véritable coup d’arrêt.
Au-delà du score, cette défaite agit comme un rappel à l’ordre avant le déplacement brûlant programmé au stade Vélodrome. Elle met fin à un élan qui commençait à évoquer les grandes épopées lyonnaises, sans toutefois atteindre le mythique record de quatorze victoires établi sous Gérard Houllier. Le revers tombe paradoxalement au moment où il faisait le moins de dégâts comptables, puisque Lens et Marseille ont aussi trébuché ce weekend. «On est déçu de la fin de la série, surtout à un match du record. Mais au-delà de ça, c’est ce qu’on a mis dans cette première mi-temps qui déçoit le plus. On a manqué d’agressivité, d’intensité, ils étaient supérieurs de partout. Quand on joue comme ça, on ne peut pas espérer gagner un match de haut niveau. On ne peut s’en vouloir qu’à nous-mêmes. Mais au moins, on sait ce qui n’a pas été, on sait là où on a pêché. On sait que ce sera la même chose prochainement au Vélodrome, donc il faudra être prêts». Mais psychologiquement, cette défaite rebat les cartes, en rappelant que le statut de prétendant ne tolère ni approximation ni baisse de régime.