C’est un peu le symbole de cette Coupe du Monde ratée par l’Egypte. On joue la 4e minute du temps additionnel de cette rencontre face à l’Arabie Saoudite et Otayf remise pour la frappe en angle fermé Al-Dawsari qui fait mouche. Le contraste entre la joie démonstrative des Saoudiens et la détresse des Egyptiens est saisissant. Les Pharaons repartent bredouilles de ce Mondial. Une véritable déception pour eux que l’on annonçait comme peut-être la meilleure sélection africaine. Sauf que rien ne s’est passé comme prévu.

Le tirage au sort avait pourtant été clément en décembre dernier lorsqu’elle a tiré la Russie, le pays organisateur, l’Uruguay et l’Arabie Saoudite. L’Egypte avait une vraie carte à jouer pour sa première Coupe du Monde depuis 1990. Même les problèmes de Salah avec sa fédération pour des droits d’image n’obscurcissaient pas tant que ça l’horizon. Non le début des ennuis commence le soir de la finale de Ligue des Champions le 28 mai dernier. Auteur d’une saison de folie, Salah voyait ses espoirs de lever la coupe aux grandes oreilles et ses chances de participer au Mondial s’éteindre ou au moins sérieusement s’amenuiser.

La blessure de Salah : le début des ennuis

Victime d’une prise de judo de Sergio Ramos, il se blesse à l’épaule et est contraint de céder sa place. Liverpool perd et le joueur de 26 ans est d’ores et déjà certain d’arriver diminuer en Russie. Il regarde d’ailleurs ses partenaires depuis le banc de touche perdent in extremis face à l’Uruguay. Rageant. Et l’Egypte n’a déjà plus le droit à l’erreur à l’heure d’affronter la Sbornaïa. Salah aura une belle occasion en fin de première période mais le tableau d’affichage reste vierge à la pause. Mal lui en pris car la Russie punira les Pharaons en un quart d’heure et trois buts marqués. Le milieu offensif sauvera l’honneur sur penalty mais le bilan est bien maigre. L’Egypte est éliminée.

La tension monte alors d’un cran au sein de la sélection. A trois jours de la dernière rencontre, une télévision capte une image furtive qui fera largement débat au pays. Durant un entrainement, le défenseur Saad Samir est aperçu en train de mettre une main aux fesses d’un coéquipier. Une pure plaisanterie mais ce geste est perçu comme obscène. Face au tollé, la fédération est même obligée de publier un message d’excuse. « Le directeur de l’équipe nationale a confirmé que les images montrant Saad Samir ne sont pas conformes à nos valeurs. Cuper parlait aux joueurs pendant que Saad essayait d’attirer l’attention par son comportement. » Certains médias iront même jusqu’à affirmer que le joueur fut viré. Une information finalement fausse car le défenseur était présent sur le banc face à l’Arabie Saoudite.

Joueur réprimandé, Cuper sur le départ et Salah pense à arrêter la sélection

Un autre élément a probablement perturbé les Pharaons. A la veille du match face aux Faucons Verts, le quotidien britannique The Independent et la CNN révélaient que Salah pensait à quitter la sélection après la Coupe du Monde. Les nombreuses photos prises en compagnie de Ramzan Kadyrov, le leader tchétchène très controversé, et diffusées ont agacé la star égyptienne, autant que son conflit qui l’a opposé au printemps avec sa fédération. C’était juste avant la surprenante défaite face à l’Arabie Saoudite durant laquelle Salah a de nouveau été buteur. Il n’a d’ailleurs pas célébré puis l’Arabie Saoudite a marqué à deux reprises, s’offrant même le luxe de louper un penalty. Pour mettre fin aux supputations, la fédération égyptienne a tenu à démentir tout conflit après la défaite saoudienne.

« Les informations de Salah qui veut quitter la sélection sont complètement fausses. Mo est toujours avec nous maintenant et il est heureux dans l’équipe, il mange et rit avec ses coéquipiers, il s’entraîne bien et cela ne pose aucun problème. » Le cas Mohamed Salah (58 sélections pour 24 buts depuis 2011) n’est pas le seul problème car l’Egypte s’apprête à perdre Hector Cuper, son sélectionneur, qui est en fin de contrat. L’Argentin en a profité pour régler quelques comptes avec ceux qui ont critiqué ses choix tactiques. « Je pense que nous avons bien joué, mais les résultats ne sont pas allés dans notre sens. (...) On nous a répété à maintes reprises que nous étions trop défensifs mais nous nous sommes qualifiés pour la Coupe du monde avec cette approche, pour la première fois en 28 ans. Nous sommes arrivés en finale de la Coupe d’Afrique des nations en jouant de cette manière. » Le réveil va être compliqué pour l’Egypte.