Qui aurait parié sur un Liverpool-AS Roma en demi-finale de Ligue des Champions en début de saison ? Pas grand-monde, mais les deux équipes ont su déjouer les pronostics en écartant Manchester City, champion d’Angleterre, et le FC Barcelone, probable futur champion d’Espagne, en quarts de finale. L’opposition entre ces deux formations apparaissait donc aussi ouverte qu’inattendue. Tactiquement, les deux entraîneurs proposaient des choses différentes, avec le 4-3-3 classique de Klopp côté Liverpool, et le 3-5-2 (ou 5-3-2) de Di Francesco côté Roma. L’entraîneur italien avait prévenu, il allait privilégier le jeu direct et laisser la possession aux Reds. Il a visiblement été bien écouté par ses joueurs, qui ont respecté ses consignes à la lettre. Under, titularisé en pointe aux côtés de Dzeko multipliait les appels en profondeur pour étirer la défense adverse, tandis que Dzeko était lui souvent trouvé en pivot dos au but.

Dès la 2e minute, c’est lui qui remisait en retrait pour Strootman, auteur de la première frappe cadrée. Salah répondait très vite, à la 3e minute, sans réel danger. Le danger, il était présent sur l’action de Firmino, lancé en profondeur par Salah, qui choisissait la frappe en angle fermé plutôt que le centre en retrait (5e). Le Brésilien ne cadrait pas. Et Liverpool, peu à peu, laissait le cuir aux Romains, plus fins techniquement et bien présents dans les duels. Autre mauvaise nouvelle pour les Reds, Oxlade-Chamberlain se blessait au genou sur un tacle dès la 15e minute et laissait sa place à Wijnaldum (18e). La Roma prenait donc le dessus et Kolarov décochait une frappe immense, à l’arrêt, du gauche qui fracassait la barre transversale de Karius ! On se demandait alors ce qui arrivait au Liverpool qui avait assommé Manchester City dans ce même stade.

Eh bien il s’est réveillé, et a alors multiplié les occasions. D’abord avec Sadio Mané, aussi vif que maladroit face au but sur deux actions majeures. Lancé en profondeur par Firmino, il expédiait le ballon au-dessus des cages (28e). Puis, sur un nouveau ballon de l’attaquant brésilien, il se loupait complètement face au but (29e). Klopp exhortait alors le public à l’encourager malgré ces deux gros ratés. C’est alors Salah qui prenait le relais en envoyant une frappe enroulée détournée par Alisson (30e). En 3 minutes, les Reds avaient apporté plus de danger que depuis le début de la rencontre. Mais il fallait attendre la 35e pour voir la nouvelle merveille de Mohamed Salah : une frappe délicieuse du gauche en pleine lucarne (1-0, 35e). Liverpool ne ralentissait alors plus le rythme. Lovren sur corner de la tête (38e), Sané en solo (40e), Wijnaldum d’une frappe cadrée (41e) alertaient Alisson. La Roma buvait la tasse et concédait un second but, par l’intenable Salah, parfaitement lancé par Firmino, qui piquait son ballon au-dessus du portier romain (2-0, 45e). Ancien joueur de la Roma, l’Égyptien se retenait de fêter ses buts.

La Roma fait renaître l’espoir

Au retour des vestiaires, Liverpool repartait de plus belle. Et même Mané, malheureux face au but jusque-là, allait participer à la fête, grâce à l’inévitable Salah. Lancé sur l’aile droite, il prenait son temps pour délivrer un caviar à son partenaire (3-0, 55e). Rebelote 6 minutes plus tard, avec un nouveau débordement de l’Égyptien et un centre décisif à destination de Firmino cette fois-ci, récompensé de son altruisme sur les buts précédents (4-0, 61e). Toujours à trois défenseurs axiaux, la Roma plongeait totalement sur le 5e but, avec une apathie terrible sur corner, dont profitait Firmino de la tête (5-0, 69e). Match plié, qualification scellée pour la finale ? On pouvait légitimement le penser. Mais Liverpool a commis un péché d’orgueil en gâchant plusieurs bonnes situations offensives. Le dribble de trop, la volonté de balader l’adversaire, la gourmandise technique de trop… Et sur une action qui aurait pu être anodine, la Roma a réduit le score. Long ballon de Nainggolan par-dessus la défense (erreur d’inattention de Lovren) et Dzeko s’en allait battre Karius (5-1, 81e).

Dans la foulée ou presque, Milner était sanctionné d’une main, bien réelle, dans la surface de réparation et coûtait un penalty à son équipe. Penalty transformé par Perotti, entré en jeu en seconde période. Malmené de la 20e à la 70e minute, la Roma reprenait espoir et poussait fort en fin de rencontre. Dzeko, Schick et Nainggolan tentaient leur chance et faisaient passer des frissons dans le dos des supporters présents à Anfield. Score final 5-2. Un résultat qui donne une bonne marge aux Reds mais comment écarter l’hypothèse d’une folle remontée, marque de fabrique de la Ligue des Champions depuis plus d’un an maintenant ? La Roma aura le droit d’y croire la semaine prochaine à l’Olimpico. Cela promet !

L’homme du match : Mohamed Salah (9,5) : une performance majeure de l’Égyptien, avec deux buts magnifiques et deux passes décisives pour Mané puis Firmino. Dès le début, il s’est montré comme le principal danger. Dans ses contrôles, ses prises de balle, on le sentait dans un bon soir. Après un premier ballon enroulé détourné par Alisson, il a réglé la mire, direction la lucarne, pour un premier but tout simplement somptueux (35e). Puis il démontrait tout son sang-froid pour son doublé en ajustant Alisson d’un subtil piqué. Au retour des vestiaires, il s’est mué en passeur décisif, en livrant deux caviars pour Mané et Salah après de nouveaux débordements sur l’aile droite. Au-delà de ses stats, de ses accélérations, l’Egyption a dévoilé sa classe en ne célébrant pas ses buts par respect pour son ancien club. Remplacé par Ings à la 75e. Le score était alors encore de 5-0.

Liverpool

- Karius (5,5) : un début de match loin d’être facile. Chauffé par une frappe de Strootman, il n’était pas terrible sur une lourde frappe de Kolarov et pourtant, malgré un positionnement suspect, c’est bien lui qui détournait le cuir sur la barre transversale. Quasiment plus jamais inquiété pendant 40 minutes. Vigilant sur une tête de Schick (73e). Et puis Liverpool a encaissé un but évitable. Karius a perdu son duel face à Dzeko, avant d’encaisser un penalty de Perotti. Il a éteint les autres tentatives romaines.

- Alexander-Arnold (6,5) : auteur de deux excellentes performances face à Manchester City en quart de finale, il avait cette fois-ci un rôle différent, n’ayant pas de véritable adversaire direct. Il a toutefois dû se méfier de Kolarov, mais il a vite pris le dessus. Moins offensif que d’habitude, il a privilégié les longs ballons en profondeur à destination de Salah, à l’image du 4e but. Vigilant et appliqué défensivement après la pause. Jusqu’à une fin de match rendue folle par les deux buts romains. On l’a alors senti plus fébrile.

- Lovren (5) : il avait un sacré adversaire en la personne de Dzeko. Le Bosnien l’a mis à contribution en début de rencontre, en jouant bien son rôle de pivot. Mais peu à peu, Lovren a réussi à couper l’attaquant de ses partenaires et à limiter son influence. Il a aussi joué un rôle important sur chaque corner en représentant une menace constante. Malheureusement, il s’est fait avoir dans la profondeur sur un long ballon de Nainggolan qui l’a lobé, laissant Dzeko réduire la marque. Une erreur sans conséquence ? Réponse au match retour.

- van Dijk (6) : sérieux, sans chichi, il a fait ce qu’on attendait de lui. Il a d’abord dû surveiller le Turc Under, qui cherchait souvent la profondeur dans son dos. Après quelques minutes d’ajustement, il a pris la mesure de son adversaire. Et a pu faire admirer son jeu long.

- Robertson (6,5) : comme pour Alexander-Arnold, il était délesté d’un poids défensif puisque la Roma jouait en 3-5-2. Avec le seul Florenzi à maîtriser, il n’a pas eu trop de travail offensif. Il en a profité pour offrir des solutions régulières sur son côté gauche. Bon centreur, il n’a pas connu une grande réussite dans cet exercice.

- Henderson (7) : on a l’impression de se répéter avec Henderson, qui réunit toutes les qualités d’un numéro 6 : leadership, détermination, impact dans les duels et vision de jeu. Toujours là où il faut pour mettre le pied (comme sur la récupération sur Dzeko amenant le 1er but), le capitaine des Reds est indispensable aux siens.

- Oxlade-Chamberlain (non noté) : le milieu anglais n’aura passé qu’un quart d’heure sur la pelouse, le temps pour lui de placer une frappe trop écrasée facilement captée par Alisson. Blessé au genou, il a cédé sa place à Wijnaldum (18e, note : 7 ) Le Néerlandais a fait un bien fou à l’entrejeu des Reds, en difficulté jusque là. Plus collectif que le percutant Oxlade, il a amené du liant et de l’impact, fournissant un vrai relais pour Henderson et Milner. Il a aussi distillé quelques gestes magnifiques et notamment deux doubles roulettes. Une entrée en jeu sacrément importante pour les Reds.

- Milner (6) : c’est le combattant. Il avait épuisé Manchester City au tour précédent. Il a eu plus de mal à entrer dans la rencontre, à l’image de ses coéquipiers. Mais il est monté en régime et a commencé à se démultiplier. S’il n’a pas été impliqué dans les actions de buts, il a beaucoup compensé les déplacements de ses partenaires, démontrant toute son intelligence tactique. Il regrettera cependant sa main, malheureuse puisqu’en voulant s’opposer à une frappe, qui a offert un penalty à la Roma et surtout ravivé l’espoir en vue du match retour pour les Romains.

- Salah : lire ci-dessus.

- Firmino (9) : avant, dans un 4-3-3, les ailiers avaient pour mission de servir leur attaquant de pointe. À Liverpool, c’est l’inverse. Firmino est l’homme qui lance les flèches Salah et Mané vers le but et ce soir il a excellé dans ce rôle. Sur toutes les actions ou presque, c’est lui qui a donné les caviars, à l’image du 2e but de Salah, où il a parfaitement temporisé avant de servir son coéquipier. À ses multiples passes clés, il a ajouté deux buts en seconde période. D’abord en finissant le travail de Salah (61e) puis en reprenant de la tête un corner (69e). Un match immense de la part du Brésilien. Remplacé par Klavan à la 92e.

- Mané (5,5) : dans cette belle soirée à Anfield, le Sénégalais a longtemps été le plus malheureux. Dans ses choix et sa technique, à l’image de son duel perdu face à Alisson (28e) ou de son gros raté (29e). Avec le ballon, il a parfois trop ralenti les actions de son équipe, oubliant quelques partenaires, mais il n’a jamais baissé les bras, réclamant régulièrement le cuir, cherchant l’intervalle au coeur de la défense. Il a été récompensé en concluant un nouveau contre éclair, sur une passe décisive de Salah (55e). Il a ainsi pu participer à la fête.

-AS Roma

-  Alisson (4,5) : le dernier rempart brésilien a été énormément sollicité dans ce match. De par son envergure, il s’est montré rassurant pour son équipe. Il a longtemps repoussé l’échéance en multipliant les parades (3e, 8e, 30e, 60e), mais n’a pu que céder face au talent et à la précision chirurgicale de Mohamed Salah. Sa deuxième mi-temps est similaire à la première. Des parades décisives, mais il est totalement abandonné par sa défense.

-  Fazio (3) : la tour de contrôle argentine a fait preuve d’une solidité à toute épreuve en début de match. Avantagé par sa grande taille (2 mètres), il a régné en maître dans le domaine aérien. S’il a parfois été dépassé par la vitesse des attaquants des Reds, il a parfaitement su combler ce déficit par son sens du placement et de l’anticipation pour couper les trajectoires de passes. Mais comme ses coéquipiers, il a énormément souffert lors du réveil des Reds.

-  Manolas (2,5) : le défenseur grec a joué son rôle de leader de la défense romananista. Il a contrôlé le placement de ses coéquipiers, et tenté d’aligner ses compères pour jouer le piège du hors-jeu. Tenté, car très souvent, il a été pris dans son dos par la vitesse de Salah & co. Moins solide qu’à son accoutumée, il a parfois été en retard, été trop laxiste dans le marquage, et a souvent dû défendre en reculant. La défense romaine a pris l’eau de toute part.

-  Juan Jesus (2,5) : le défenseur brésilien avait face à lui ce soir un adversaire de taille en la personne de Mohamed Salah. Si dans le jeu arrêté, il a su contrôler les déplacements de l’Egyptien, il a terriblement souffert lorsque ce dernier a pris de la vitesse. Souvent pris dans dos, il a laissé de grands espaces aux attaquants adverses. On ne pourra toutefois pas lui retirer son sens du sacrifice, comme en témoignent ses nombreux retours décisifs. Remplacé par Perotti à la 66e, qui a apporté du sang neuf à l’attaque romaine. Buteur sur penalty.

-  Florenzi (4) : positionné très haut sur le pré, il a beaucoup gêné Robertson dans ses relances en début de partie. Il a enchaîné les allers-retours dans son couloir droit pour tantôt faire apprécier sa qualité de centre, ou tantôt apporté son aide défensive à sa défense. Il est redescendu d’un cran en retrouvant son poste de latéral droit, mais le pire était déjà arrivé.

-  De Rossi (3,5) : le chien de garde romain avait faim ce soir. Hargne, combativité, agressivité, tout ce qui caractérise le capitaine romain a été entrevu lors de la première partie du premier acte. Ce dernier faisait le liant entre le milieu et l’attaque romaine. Mais lors du réveil des Reds, il n’a pu qu’assister au naufrage de son équipage qu’il n’a pas su remobiliser. S’il a tenté de colmater les brèches par son abattage physique, il a eu du mal à contrôler les déplacements de Firmino notamment. Grosse baisse de régime en seconde période, où il a paru emprunté physiquement. Remplacé par Gonalons à la 66e qui a apporté un peu de stabilité à l’entrejeu romain.

-  Strootman (3,5) : la plaque tournante a pu faire apprécier toute sa palette technique lorsque son équipe contrôlait le cuir. Passes courtes, passes longues, il a su diriger et imposer le tempo des Giallorossi. Mais lorsque l’AS Rome a perdu le contrôle du jeu, il s’est rapidement éteint et a tenté de courir de courir désespérément derrière le ballon dans l’espoir de la récupérer. La rentrée de Wijnaldum lui a posé beaucoup de difficultés.

-  Kolarov (4) : en l’absence du repli défensif de Salah, le Serbe avait totale liberté dans son couloir gauche. Durant une bonne partie du premier acte, il a eu tout le loisir et l’espace pour multiplier les centres dans la surface adverse. Il a fait apprécier sa superbe patte gauche, à l’exemple de cette frappe sans élan d’une incroyable pureté, mais sa frappe a trouvé la barre transversale (18e). Moins à l’aise lorsqu’il a été obligé de défendre.

-  Ünder (2) : de l’envie, de la mobilité, des appels vers l’avant, mais la pépite turque s’est fait bouger par les défenseurs des Reds. Trop frêle physiquement, il n’a pu faire apprécier sa qualité de percussions balles au pied. Même quand son équipe avait le ballon, il s’est montré très discret et trop brouillon lorsqu’il a eu le ballon. Remplacé à la pause par Schick. (4) L’attaquant tchèque a réussi là où Ünder a tout raté. Disponible, mobile, il a apporté de la fluidité et de la vitesse au jeu romain. Très précieux dans les dernières minutes où il a fait des choix judicieux.

-  Nainggolan (4) : le Ninja a quasiment joué en soutien de son numéro 9. Très disponible, il a fait parler son agressivité et sa hargne dans le début de match. Il a été un véritable poison pour les milieux relayeur en étant constamment dans leurs pattes, et en gênant ainsi la construction du jeu. Mais comme toute son équipe, il n’a rien pu faire face aux vagues des Reds qui ont déferlé sur la défense romaine. Auteur de la passe décisive sur le but de Dzeko. Petit sursaut d’orgueil dans le dernier quart d’heure.

-  Dzeko (5) : l’attaquant bosnien a livré un début de match de haut vol où on a pu apprécier toute sa palette technique. Jeu dos au but, jeu de déviation en une touche de balle, il s’est montré très précieux sur le front de l’attaque des Giallorossi. Sa couverture de balle a permis aux siens de temporiser ou de faire remonter son bloc. Mais lorsque le rapport du match a changé, il a peu à peu disparu de la circulation, trop esseulé devant. Sur sa seule occasion, il a su faire trembler les filets et donner un petit espoir à son équipe pour le retour. Le talent des grands buteurs.

Revivez le film de la rencontre.