Matthieu Udol, la métamorphose "animale" qui interpelle les Bleus
Étincelant sous les couleurs du RC Lens, Matthieu Udol n’en finit plus d’impressionner. Au-delà de sa qualité de centre reconnue, c’est sa puissance physique et son changement de dimension athlétique qui marquent les esprits. Décryptage d’une montée en puissance validée par le vestiaire lensois et Pierre Sage, alors que l’Équipe de France se profile à l’horizon.
«Centre de Matthieu Udol, tête d’Odsonne Édouard… Centre de Matthieu Udol, tête d’Odsonne Édouard.» C’est à n’en point douter le refrain incontournable de cette fin d’année 2025 en Ligue 1. La connexion fonctionne tellement bien qu’elle a propulsé Matthieu Udol sur le devant de la scène, au point de voir sa carte FUT boostée sur le célèbre jeu d’EA SPORTS FC26. Sur son couloir gauche, l’ancien Messin, recruté pour 3,5 M€ l’été dernier après une excellente saison avec le club lorrain, ne se contente plus de jouer juste : il domine et fait très mal. Auteur de trois passes décisives sur ses deux derniers matchs (et 5 sur ses 6 derniers en L1), le latéral lensois, actuel 2e meilleur passeur du championnat, semble avoir atteint la plénitude de ses moyens à 29 ans. Mais si les observateurs louent sa patte gauche, c’est une autre facette du joueur, beaucoup plus impressionnante, qui se révèle en interne.
Adrien Thomasson : « on l’appelle l’animal, parce qu’il fait des dégâts »
Pour comprendre l’épaisseur qu’a prise le joueur, il faut écouter ceux qui le côtoient au quotidien. Contacté par nos soins, Adrien Thomasson, capitaine et cadre du vestiaire Sang et Or, nous a livré un témoignage intéressant. Loin de l’image du joueur fragile de ses débuts (marqué par 4 ruptures des ligaments croisés), Udol est en réalité une machine de guerre qui a disputé tous les matches de championnat des Sang et Or en tant que titulaire (1430 minutes disputées sur 1440 possibles). «C’est impressionnant», nous confie Thomasson, insistant sur l’état d’esprit irréprochable du latéral. «Dès le premier jour, j’ai découvert quelqu’un de très engagé. Que ce soit avant, pendant ou après l’entraînement, il est toujours à 120%. Avant l’entrainement, il a une routine où il fait du vélo, pas mal de gainage, de la musculation. Pendant la séance, il est à fond, de l’échauffement jusqu’au jeu final. Et après, il s’inflige encore du travail : vélo, musculation haut et bas du corps…»
Impressionnant physiquement, c’est également un élément clé du vestiaire à en croire le n°28 du RC Lens. «C’est un exemple, c’est une locomotive, je dirais, pour tous les autres joueurs, jeunes ou moins jeunes, parce que le gars, il ne lâche rien. Et en plus de ça, pour le faire couper un petit peu, pour le faire souffler, je sais que c’est toujours un peu compliqué, parce qu’il peut toujours être à l’entraînement.» Une rigueur et une puissance qui lui valent un sacré surnom dans l’intimité du vestiaire, révèle le capitaine lensois : «c’est vraiment une bête physique. Parfois entre nous, on l’appelle l’animal, parce que dans son couloir, il fait des dégâts. Il fait mal, il a des muscles saillants dans les duels.» Une impression visuelle confirmée par une image devenue virale : le cliché pris par Séverine Courbe (La Voix du Nord) lors du match Angers-Lens. La photo, largement commentée sur les réseaux sociaux, a tant impressionné par la définition musculaire du joueur que certains ont cru à un montage. Elle illustre pourtant la pure réalité.
Pierre Sage : « Il envoie des messages à beaucoup de monde »
Cette dimension physique, couplée à une intelligence de jeu rare, n’a évidemment pas échappé à son entraîneur. Après la victoire probante face à Nice (2-0), Pierre Sage a tenu à saluer la performance de son poulain, tout en soulignant son autonomie tactique. «Les joueurs ont des qualités, sont de grands professionnels et sont capables d’exprimer des choses sans que les staffs interviennent. Il y a des opportunités de jeu qu’ils saisissent», a analysé le technicien lensois, avant de glisser une phrase lourde de sens sur l’avenir international de son joueur : «on n’a pas fait quelque chose de spécifique avec Matthieu Udol (…) : c’est juste un bon joueur et il envoie des messages à beaucoup de monde.»
Le principal intéressé, lui, garde la tête froide. Interrogé au micro de Ligue 1 +, Matthieu Udol a manié l’humour et la prudence face à la rumeur bleue qui enfle : «c’est la période des fêtes, il faut faire quelques cadeaux», a-t-il souri en référence à ses passes décisives. «Ça en parle pas mal en ce moment (ndlr: de l’Equipe de France), mais je suis concentré sur ce que je fais avec Lens. Il faut continuer comme ça pour pouvoir penser à cet été plus tard.»
Un boulevard s’ouvre dans le couloir gauche en Equipe de France
Cette prudence est tout à son honneur, mais la réalité du terrain est tenace : cette montée en puissance tombe à point nommé pour Didier Deschamps à quelques mois de la Coupe du Monde 2026. Le poste de latéral gauche reste l’un des chantiers les plus instables de l’Équipe de France. Hormis un Lucas Digne redevenu indéboulonnable grâce à sa fiabilité défensive, la concurrence patine. La France souffre d’une pénurie chronique de véritables spécialistes, obligeant souvent le sélectionneur à bricoler avec des centraux décalés ou des milieux reconvertis. D’autant que le statut de l’autre habituel titulaire, Théo Hernandez, s’est effrité. L’ancien Milanais, qui évolue depuis quelques mois en Arabie saoudite du côté de Al-Hilal, est de plus en plus décrié pour ses lacunes défensives et un rendement en baisse.
Dans ce désert de certitudes, le profil de Matthieu Udol, pur gaucher, "animal" physique, rompu aux exigences tactiques et à l’indéfectible régularité depuis le début de saison, apparaît comme une anomalie bienvenue. Si la logique sportive est respectée, sa régularité en fait aujourd’hui le candidat le plus crédible pour bousculer une hiérarchie plus fragile que jamais.
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