Coupe du Monde 2022, Maroc : Walid Regragui, la consécration d'un pari réussi

Par Hanif Ben Berkane
7 min.
Coupe du Monde 2022, Maroc : Walid Regragui, la consécration d'un pari réussi @Maxppp

Arrivé il y a moins de 4 mois à la tête du Maroc, Walid Regragui a déjà marqué l'histoire de sa sélection. Une réussite pas si étonnante selon certains mais assurément un pari risqué réussi pour la fédération marocaine.

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«Je suis heureux pour les joueurs. Ils ont cru à notre projet. Arriver en mode kamikaze, ce n'était pas facile.» Tels ont été les mots de Walid Regragui après la qualification historique du Maroc pour les 8es de finale de la Coupe du monde 2022. Une opération kamikaze, c'est sans doute le parfait résumé de la mission que devait réussir le technicien franco-marocain de 47 ans. Car son arrivée a sonné comme un pari très risqué pour la fédération marocaine. Pendant tout l'été, la place de l'ancien sélectionneur Vahid Halilhodzic était menacée. Mais plus le temps passait, plus la fédération marocaine tardait à sceller l'avenir du technicien bosniaque alors que les rumeurs d'une arrivée de Walid Regragui fleurissaient. Finalement, la décision était prise le 31 août de nommer l'ancien coach du Wydad Casablanca à la tête des Lions de l'Atlas.

Avec le club de Casablanca, Walid Regragui sortait justement d'une saison XXL en remportant le Championnat marocain, la Ligue des champions africaine et échouant aux tirs au but lors de la finale de la Coupe du Trône face au RS Berkane. Un choix évident pour beaucoup tant par sa réussite que son profil de sélectionneur jeune. Nasser Larguet, ancien DTN du Maroc avait d'ailleurs déjà repéré son profil il y a plusieurs années. «Il avait participé à une commission de sélection que j'avais organisée. Il avait fait l'unanimité auprès du jury par rapport à l'ensemble des candidats qui s'étaient présentés. Ensuite, je l'ai aidé dans son évolution vers la licence pro CAF (pour devenir entraîneur) par la suite», explique ainsi l'ancien directeur de centre de formation de l'OM.

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Le profil parfait pour fédérer un groupe

Mais ces succès en club, le natif de Corbeil-Essonnes a vite dû les oublier pour se concentrer sur sa mission de créer l'exploit au Mondial. En manque de temps, il a multiplié les déplacements aux quatre coins de l'Europe pour aller discuter avec ses joueurs (et convaincre Hakim Ziyech de revenir en sélection). Avec seulement deux matches amicaux, il n'avait pas le temps non plus de mettre son jeu en place et a dû surtout puiser ses fondations sur ce qu'avait fait Vahid Halilhodzic. Pour lui accorder un peu plus de préparation, la FRMF a réussi à caler deux autres matches amicaux (face à la Géorgie et face à Madagascar au centre d'entraînement). Pas plus. Pas l'idéal pour mettre en place toutes ses idées et notamment offensivement. Mais à son arrivée, Walid Regragui a tenu à vite partir sur son traditionnel 4-3-3. «Je le connais depuis très longtemps. C'est quelqu'un qui a toujours aimé le 4-3-3 avec une belle possession de balle. Il aime presser et ne pas forcément laisser le ballon à l'adversaire. Niveau jeu, il aime le jeu offensif et avoir des joueurs avec une bonne qualité technique. Mais il n'oublie pas le fait d'être très compact et fort défensivement. Il a joué au haut niveau, donc il connaît les exigences de ce milieu-là», nous explique Medhi Benatia qui a notamment côtoyé Walid Regragui lors de son passage à Al Duhail.

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Mais sur cette Coupe du monde, l'ancien international marocain (45 sélections) s'est surtout distingué par sa capacité à fédérer tout un groupe. À faire en sorte que les joueurs se battent les uns pour les autres. Même les remplaçants. Depuis le début de ce Mondial, le visage d'un Hakim Ziyech, combatif alors qu'il a pu faire preuve de nonchalance par le passé, l'illustre bien. Celui des remplaçants qui apportent directement, comme Sabiri ou Aboukhlal, aussi. «C'est surtout un homme qui sait gérer les égos des joueurs. Il est très intelligent dans sa gestion humaine. C'est un leader, un meneur d'hommes. Il ne fera jamais jouer quelqu'un qui se pense au-dessus des autres, du groupe. Pour lui, la rigueur est importante. Et il a compris que pour avoir des résultats, il faut un bon groupe. Aujourd'hui, le Maroc, c'est la continuité de 2018 ou 2019. Un groupe qui vit bien et ce n'est pas anodin ses résultats», précise Medhi Benatia. Son secret ? La communication. Dans le style de l'entraîneur moderne, Walid Regragui aime échanger, discuter, écouter pour mieux comprendre ses joueurs. «C'est quelqu'un d'extrêmement passionné. Il aime son métier et passe des heures à travailler sur l'optimisation de la performance. Il échange et partage beaucoup. Il a un énorme respect de ses joueurs et de son staff. Chacun a sa place. Il est exigeant avec les joueurs mais il reste proche d'eux. Il est resté joueur dans l'âme et ça plaît souvent aux joueurs», explique Nasser Larguet.

Une belle génération entre ses mains

C'est peut-être là où la fédération marocaine a visé juste. En choisissant le profil d'un Walid Regragui, le président Faouzi Lekjaa a choisi un profil aux antipodes de celui de Vahid Halilhodzic. Et c'était sûrement ce qu'il fallait pour poursuivre le développement de cette équipe. Si les deux hommes ont une exigence du haut niveau similaire, la flexibilité et la proximité de Walid Regragui avec son groupe colle plus avec la nouvelle génération marocaine. Car il fait partie de cette nouvelle vague d'entraîneurs comme Aliou Cissé qui se distingue par l'adaptation et la compréhension des nouveaux codes de vestiaire. Et sa communication, toujours très souple, confirme la pertinence du choix pour apaiser les tensions. Mais expliquer sa nomination uniquement pour cet aspect serait tout de même réducteur. «Il a fait des choses très intéressantes avec le FUS de Rabat et avec le WAC qui n'est pas un club facile où il faut absolument gagner. Ça prouve déjà qu'il a une valeur cet entraîneur», précise Larguet.

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Même s'il a brillé avec ses différents clubs, Walid Regragui semble clairement avoir le profil parfait pour être un sélectionneur. Et si certains s'interrogeaient sur le timing (trop tôt ?), l'ancien joueur de Grenoble a montré que du haut de ses 47 ans, il avait déjà l'expérience et les épaules pour assumer le poids de tout un pays, qui plus est dans une Coupe du monde. «On pouvait se poser des questions sur sa maturité car il est jeune. Mais c'était un candidat intéressant pour l'équipe du Maroc. La sélection marocaine est composée de locaux et de binationaux comme lui. Il a entraîné au pays et joué pour le Maroc. Le candidat idéal. Il était légitime. Il a la chance d'être là au bon moment, au bon endroit. Je dis le bon moment, car il récupère une équipe nationale très solide, déjà prête pour des compétitions internationales. Environ 70% de l'équipe a déjà joué 3 CAN et 2 Coupes du monde. Hakimi, En Nesyri, Ziyech, Amrabat, ils ont commencé tôt avec l'équipe. C'est une équipe construite avec Lekjaa et Renard. Ils ont l'habitude de jouer avec le Maroc et la plupart ont aussi joué en sélection jeune. Walid Regragui a une belle génération entre ses mains et qui a encore 6 à 8 ans devant elle. Il me rappelle un peu le profil d'Hervé Renard. Il est là au bon moment, il peut faire de belles choses. Il a déjà su trouver les mots pour remettre une ambiance positive dans l'équipe», conclut Nasser Larguet. Cette belle génération, il tentera justement de l'amener le plus loin possible lors de ce Mondial. Il faudra maintenant créer un exploit face à l'Espagne en 8es de finale. Mais pour celui qui veut «changer la mentalité marocaine», tout est possible désormais...

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