D’erreur de casting au Stade Rennais à l’équipe d’Angleterre, la formidable épopée de Djed Spence
Nouvel appelé chez les Three Lions par Thomas Tuchel, Djed Spence est passé en un peu plus de deux ans d’une recrue décevante du Stade Rennais à l’équipe nationale anglaise. Celui qui venait pour dépanner en Bretagne comme latéral droit a su élever son niveau de jeu à travers différentes expériences jusqu’à s’imposer à Tottenham… comme latéral gauche.
Les supporters du Stade Rennais ont sans doute dû vérifier deux fois pour en être sûrs. Pour les deux matchs de qualifications à la Coupe du Monde 2026, Thomas Tuchel a convoqué Djed Spence, le latéral de Tottenham qui enchaîne les très bonnes prestations depuis un an. On est bien loin de ses six mois vécus en Bretagne, entre janvier et mai 2023, pour un bilan de 10 matchs toutes compétitions confondues (8 en Ligue 1, 2 en Ligue Europa) et des performances qui ont rarement donné satisfaction. Arrivé en prêt et bien vite reparti, l’Anglais a effectué un passage particulièrement anonyme en France. Deux ans plus tard, il est maintenant membre de l’une des meilleures sélections du monde.
Sa venue à Rennes avait eu de quoi surprendre. À 23 ans et malgré une expérience déjà conséquente avec Middlesbrough et Nottingham Forest (plus de 100 matchs joués en Championship et une promotion en Premier League), le latéral avait un peu débarqué comme un cheveu sur la soupe. Son recrutement avait été forcé par les blessures des deux latéraux droits d’alors, le capitaine Hamari Traoré et son jeune suppléant, Lorenz Assignon. Sans doute a-t-il été lancé dans le grand bain trop vite, mais Bruno Genesio, l’entraîneur d’alors, avait-il le choix ? Son premier match, une défaite contre le LOSC, fait naître des promesses avant de voir le soufflet retomber très vite. Dès la mi-mars et le retour de Traoré, il perd sa place.
Trop de lacunes à Rennes
Le défenseur a des qualités indéniables de vitesse, une technique au-dessus de la moyenne et aime aller de l’avant, mais il est aussi coupable de trop de lacunes, de difficultés de placement et d’erreurs de concentration. « Ce n’est pas facile pour lui d’arriver comme ça, dans un club qu’il ne connaît pas, sans parler la langue, défendait Genesio. Il a déjà fait beaucoup de progrès dans son adaptation tactique au niveau défensif. Là où il doit maintenant s’améliorer, c’est sur la lecture de certaines situations et sa concentration sur les phases défensives. » Les circonstances ne l’ont sans doute pas aidé, d’autant que pour ne rien arranger, Spence a fini par se blesser au genou et a passé les deux derniers mois rennais à l’infirmerie.
Revenu à Tottenham, qui a tout de même déboursé 20 M€ pour lui l’été précédent, le natif de Londres repart en prêt dans un contexte plus familier. Direction Leeds en Championship. Là-bas, l’aventure commence mal avec un nouveau problème au genou qui l’éloigne trois mois des terrains, mais à son retour en décembre, Daniel Farke l’utilise comme… latéral gauche, lui le droitier, et ça fonctionne. En janvier pourtant, les Peacocks décident de le renvoyer chez les Spurs. Des problèmes de comportement ont été évoqués par la presse anglaise et c’est cette fois au Genoa en Serie A qu’il est envoyé pour la seconde partie de la saison.
Un repositionnement comme latéral gauche payant
Cette fois, il est utilisé à tous les postes possibles, latéral droit, puis gauche, avant d’être essayé un cran plus haut et de se stabiliser en piston droit. Alberto Gilardino apprécie vite le joueur qu’il voit comme un 12e homme et tente même de le recruter définitivement l’été suivant. Le club italien ne trouvera pas les fonds nécessaires pour lever son option d’achat de 10 M€. Retour à Tottenham où un rôle de remplaçant l’attend, mais sa polyvalence lui offre des opportunités que d’autres n’ont pas. En plus de prolonger son contrat jusqu’en 2028 (plus une année en option), il devient rapidement la doublure officielle de Pedro Porro et de Destiny Udogie, soit le latéral droit et le latéral gauche titulaires.
Après de très rares apparitions sur la première partie de saison (4 lors des 15 premières journées), tout change lors d’une victoire 5-0 sur Southampton. Enfin titulaire, Spence réalise une prestation très remarquée avec une passe décisive à la clé. Il démarrera dans le onze de départ lors de 12 des 13 matchs suivants aussi bien à droite qu’à gauche. « Nous voulions donner à Djed ses chances. Nous savions qu’il était en capacité de bien faire, mais c’était à lui de saisir les opportunités, expliquait Postecoglou en février dernier. Il aurait pu facilement se sentir frustré lorsqu’il ne jouait pas beaucoup. Il a eu des occasions, mais n’en profitait pas. En voyant son attitude, je pense qu’il a vraiment progressé personnellement. »
Premier joueur musulman en équipe d’Angleterre
Avec l’Australien, l’ancienne déception rennaise n’a plus lâché sa place, même s’il regarde la victoire en Ligue Europa depuis le banc de touche. Thomas Franck a pris le relai sur le banc des Spurs mais la confiance demeure. Il a déjà disputé toutes les minutes possibles depuis le début de saison avec des performances notables face au PSG en Supercoupe d’Europe et à Manchester City en Premier League, toujours comme arrière gauche. Cette fois, son poste semble fixé, en attendant le retour en forme d’Udogie. Sa convocation en équipe nationale par Thomas Tuchel ne constitue finalement qu’une demi-surprise, même si son coach en club estime que « pas beaucoup ne l’ont vu venir. »
« Il a affronté beaucoup de joueurs de qualité, notamment des joueurs rapides, mais il a su gérer la situation de manière impressionnante et a continué sur sa lancée en ce début saison. Il peut jouer des deux côtés, avec beaucoup d’intensité, il est en forme et mérite sa sélection », justifiait le sélectionneur ces derniers jours. À 25 ans, Spence touche au suprême, lui qui n’a jamais douté de ses capacités malgré les critiques. « Je n’ai pas de liste, mais j’ai une trace des gens qui ont douté de moi, c’est sûr, et ça fait du bien de leur prouver qu’ils ont tort », déclare-t-il dans un sourire. Pour la petite histoire, il pourrait même devenir le premier joueur musulman de l’histoire à porter le maillot des Three Lions.
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