Lens - Lille, l'histoire d'un derby en or

La sixième journée de Ligue 1 va offrir, ce samedi à 17h, une 112ème confrontation entre Lens et Lille. À Bollaert, les Sang et Or accueilleront ainsi les Dogues en étant devant eux au classement et risquent d'avoir l’esprit revanchard après les deux défaites subies la saison passée (4-0 à Lille, 0-3 à domicile). Entre passion, ferveur et animosité, cette rivalité a donné lieu à des rencontres passionnantes tout au long de son histoire. Retour sur un derby du Nord cristallisant tout le lyrisme de deux équipes revenues sur le devant de la scène.

José Fonte au duel avec Gaël Kakuta lors du derby du Nord
José Fonte au duel avec Gaël Kakuta lors du derby du Nord ©Maxppp

Un peu plus de 28 kilomètres, voici la distance géographique qui sépare Lille de Lens mais au-delà de cet ancrage local, le derby du Nord est né d'une rivalité sociale, celle du pauvre contre le riche, celle des mineurs lensois opposés aux bourgeois lillois. À l’instar du derby stambouliote entre Galatasaray et Fenerbahçe ou de celui opposant l'Olympique Lyonnais à Saint-Étienne, ce duel est empreint d'une histoire, d'une rivalité qui a vu le jour au sortir de la Seconde Guerre mondiale. Un match à la saveur particulière que Dogues et Sang et Or attendent toujours avec la même impatience. Un rendez-vous immanquable où l'enjeu est bien d'établir le roi du Nord. Si, pour l'heure, le bilan toutes compétitions confondues, tourne à l'avantage des Lillois (44 victoires pour le LOSC, 34 nuls, 34 succès lensois), la rencontre de cette sixième journée de Ligue 1 mettra aux prises deux formations jouant désormais, ensemble, les premiers rôles du championnat de France. Une nouvelle donne pour deux rivaux historiques qui ont souvent connu, tour à tour, une fin dramatique dans leurs affrontements. Retour sur les dates les plus marquantes d'un derby en or.

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10 mai 1948, une finale de Coupe de France

Au-delà de la diversité géographique et sociale opposant ces deux formations, la rivalité historique et connue de tous aujourd'hui entre le Racing Club de Lens et le LOSC a bel et bien pris racine sur le terrain. Dans des ambiances électriques, Lillois et Lensois ont croisé le fer à maintes reprises mais les débuts de cet antagonisme pourraient bien remonter au 10 mai 1948. Double tenant du titre de la Coupe de France (1946 et 1947), les Dogues ambitionnent un troisième succès consécutif dans cette compétition. Pour ce faire, Lille doit se débarrasser de son rival lensois présent en finale, une première pour un club de Ligue 2 après Charleville en 1936. Dans une rencontre offrant un magnifique spectacle, les deux formations se répondent tour à tour. Dos à dos à la 86ème minute de jeu (2-2), c'est finalement Jean Baratte qui offre la victoire finale aux Lillois après un numéro de soliste au cœur de la défense lensoise. Une troisième Coupe de France consécutive, un record égalé (établi par le Red Star) et déjà un moment d'histoire écrit lors de ce derby.

26 avril 1997, le derby de la peur

Ce sont, quasiment toujours, dans des ambiances volcaniques que ces deux formations s'affrontent et la rencontre du 26 avril 1997 ne pourrait le contredire. Dos au mur, le LOSC aborde ce derby de la 34ème journée avec une pression maximale. Sauvés, in extremis, la saison passée, les Lillois n'ont pas le droit à l'erreur face à l'ennemi lensois, au risque de tomber en Ligue 2. Les Sang et Or ne s'y trompent pas et accueillent les Dogues dans un climat totalement délétère. Avec des cercueils en carton élevés dans le ciel de Bollaert où sur l'un d'entre eux est inscrit : «la SPA en deuil, les Dogues lillois en D2», le Racing ne veut pas se priver de sceller le sort de son rival. 90 minutes plus tard, battu 1 à 0, le LOSC voit son avenir en L1 réduit en cendres... Pour le plus grand bonheur du RC Lens de Gervais Martel qui déclarait quelques heures avant la rencontre : «il n’y a plus la place pour deux (...). Bientôt, il n’y aura plus qu’un seul club dans la région. Lille est peut-être condamné à devenir une filiale de Lens».

24 septembre 2000, les retrouvailles dans l'élite

Pour leur grand retour en Ligue 1 après quatre saisons passées dans l'antichambre, Lille reçoit Lens au stade Grimonprez-Jooris et s'offre un premier choc décisif. Se dresse devant eux des Sang et Or, deuxième du championnat et favoris qui plus est après l'ouverture du score de Philippe Brunel. Dominés et en difficulté face au collectif bien huilé des lensois, les Dogues parviennent malgré tout à rester dans le match grâce aux exploits répétés de Grégory Wimbée. Affichant un visage plus séduisant dans le second acte, Dagui Bakari, opportuniste, permettait aux siens d'égaliser. Dans une fin de match complètement électrique et sous tension, Laurent Peyrelade, entré en jeu auparavant, crucifiait le portier lensois à la 89ème minute de jeu et faisait exploser le stade et les supporters lillois. Une revanche sur le passé et une victoire (2-1) marquant le retour des Dogues au sein de l'élite.

16 avril 2005, une rivalité incarnée

Si le derby du Nord est donc marqué par des retournements de situation, des descentes tragiques en L2 ou des remontées en L1 couronnées de succès, il offre également des anecdotes croustillantes. Parmi elles, l'histoire de Nicolas Fauvergue a largement sa place dans l'histoire de ces confrontations. Formé au RC Lens, l'attaquant natif de Béthune n'est pas conservé et termine finalement sa progression chez le rival lillois. Destin incroyable puisque c'est face aux Sang et Or qu'il inscrit son premier but professionnel dans un match qui plus est décisif. En fin de saison 2004-2005, les deux clubs sont dos à dos après des réalisations de Matt Moussilou et Jérôme Leroy mais pour sa sixième apparition sous le maillot lillois, Fauvergue donne la victoire au LOSC (2-1) et rapproche les siens de la C1, à l'inverse des Lensois qui voient leur avenir en LDC s'éloigner. En fin de saison, Lille termine 2ème derrière l'ogre lyonnais. Le RC Lens doit se contenter d'une septième place. Le pied de nez est total.

29 avril 2006, le dernier coup d'éclat lensois

Dans cette rivalité historique, force est de constater que le LOSC domine Lens au regard des statistiques. Ainsi, face à l'ennemi lillois en Ligue 1, les Sang et Or n'ont plus goûté à la victoire depuis plus de 15 ans. Pour cela, il faut remonter à la saison 2005-2006 où les deux formations s'affrontent en fin de saison et se battent d'ailleurs pour les places européennes. Dans la ferveur absolue de Bollaert, cette 36ème journée de L1 va voir les hommes de Francis Gillot faire le spectacle. Grâce aux réalisations d'Olivier Thomert, Daniel Cousin et Seydou Keita, Lens rentrait aux vestiaires avec un large avantage (3-0), de quoi attiser le chambrage des lensois en tribune. Et malgré des buts de Peter Odemwingie et Kader Keita, Pierre-Alain Frau scellait la victoire lensoise (4-2) dans une fin de match marquée par deux expulsions. De l'ambiance, de l'intensité, du spectacle, de l'électricité. Cette rencontre du 29 avril 2006 restera à tout jamais un symbole du derby du Nord.

10 mai 2008, le LOSC condamne les Sang et Or

Dans cette rivalité, la réalité d'un instant ne peut jamais être élevée au rang de la normalité. Ce match du 10 mai 2008 en est un exemple parfait. Plus qu'un écho à la confrontation du 26 avril 1997 où Lens avait scellé le sort des Lillois dans l'élite, il constitue la revanche même des Dogues. Un choc des extrêmes entre le LOSC visant la cinquième place qualificative à la Coupe de l'UEFA et le Racing Club de Lens au bord de la zone rouge, juste grâce à une meilleure différence de buts sur le PSG. Dans ce match décisif, Yohan Cabaye et Pierre-Alain Frau... ancien buteur des Sang et Or condamnaient le RCL malgré la réduction du score d'Olivier Monterrubio. 18ème à l'issue de la rencontre, Lens était finalement relégué en fin de saison.

18 octobre 2020, le RC Lens humilié pour son retour en L1

De retour sur le devant de la scène la saison dernière, Lens, sous les ordres de Franck Haise, a réalisé un exercice exceptionnel pour son retour dans l'élite, après plus de cinq saisons d'absence. Avec une 7ème place, les Lensois ont impressionné bon nombre d'observateurs par leur solidité collective et leur intelligence tactique. Face à eux, les Lillois de Christophe Galtier ont fait encore plus fort. Champion de France, devant l'ogre parisien, à l'issue de la saison, les Dogues ont bluffé tout au long de l'année par un réalisme de tous les instants et un 4-4-2 d'une solidité effrayante. Et dans cette saison 2020-2021, orpheline de spectateurs en raison du contexte sanitaire, les deux rivaux se sont logiquement croisés. Au grand dam du RC Lens... Forts d'un début de saison parfait, Lensois et Lillois s'affrontaient pour prendre le fauteuil de leader. Humilié par l'armada offensive des Dogues (4-0) à l'aller, le RC Lens n'a pu faire mieux lors du match retour à domicile, balayé (0-3) par un LOSC inarrêtable. Si les Dogues ont donc rappelé, la saison dernière, leur suprématie régionale, nul doute que le derby du Nord de ce week-end ravivera le temps d'une rencontre toutes les passions propres à ces deux rivaux marquant, match après match, l'histoire du football.

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