FootMercato : Tout d’abord, comment allez-vous ?

Pierre Laigle  : Bien, très bien. Aujourd’hui j’ai arrêté le foot et je suis resté sur Lyon. Je travaille dans l’immobilier, en tant que marchand de biens et j’ai aussi une boîte de travaux.

FM : Comment s’est passée votre reconversion ?

PL : J’ai arrêté ma carrière professionnelle en 2004 à Montpellier. Je suis revenu dans la région de Lyon et j’ai joué dans un club amateur qui s’appelle Saint-Priest et qui était à l’époque en CFA. Et donc j’ai arrêté il y a deux ans avec ce club là et je me suis reconverti dans mon métier actuel qui est marchand de biens.

FM : Est-ce que cette reconversion a été compliquée à gérer ?

PL : Ce n’est pas évident parce que c’est vrai que durant toute ma vie je n’ai fait que du foot. Ce n’est pas évident de trouver un autre métier. J’ai mis deux ans à trouver un métier qui me plaisait vraiment. C’est une période difficile, mais une fois qu’on a trouvé, ça va. Mais c’est vrai que ce n’est pas évident.

FM : Un éventuel retour dans le monde du football est-il possible ?

PL : Pour l’instant, ma vie actuelle me plaît telle qu’elle est. Mais bon, pourquoi pas, on ne sait jamais. Il y aura peut-être un retour mais pour l’instant il n’y a rien de programmé. C’est une vie qui me plaît bien, j’organise mon planning comme je l’entends. Donc pour l’instant, un retour dans le football n’est pas d’actualité.





Une carrière marquée par le Racing Club de Lens

FM : Vous avez connu la Serie A et la Division 1. Quelles sont les principales différences entre ces deux championnats ?

PL : J’ai connu la Serie A en 1996. C’est vrai qu’à l’époque, tous les meilleurs joueurs étaient là. C’était avant la Coupe du Monde 1998 et beaucoup de Français étaient en Italie. Depuis, les championnats anglais et espagnols sont passés devant. Mais c’est vrai qu’à l’époque c’était une grosse différence pour moi. Je quittais Lens qui était encore un club moyen du championnat de France pour arriver à la Sampdoria qui était un bon club italien. La différence était énorme, que ce soit au niveau du staff, des joueurs ou de l’ambiance. Mais je me suis bien adapté. La Samp était un club familial un peu comme Lens donc ça a facilité mon adaptation.

FM : Vous avez été lancé dans le grand bain à Lens. Et c’est justement ce même club que vous avez crucifié un soir de mai 2002 avec l’OL. Est-ce que cela a été un crève-coeur ?

PL : Oui, surtout que j’ai joué au total 15 ans là-bas, avec les jeunes puis les pros. J’aurais préféré vivre un tel match contre une autre équipe que Lens mais le destin en a décidé autrement. Ils auraient dû être champions depuis bien longtemps, mais ils n’ont pas su tuer le championnat. On y a cru jusqu’au bout et on a réussi à être champions. Mais c’est vrai que j’ai été frustré d’avoir quand même chipé le titre à cette équipe de Lens.

FM : Avez-vous eu des retours négatifs du côté lensois ?

PL : Non, pas vraiment. Je suis même aujourd’hui parrain d’une section de supporters de Lens. On m’en reparle évidemment, mais il n’y a pas de regrets. À partir du moment où on fait partie d’un club, on donne tout pour ce club. J’ai toujours tout donné pour les clubs dans lesquels j’ai joué donc ils comprennent très bien qu’à ce moment-là j’étais à Lyon et que je défendais les couleurs de Lyon. Il n’y a donc aucune animosité.

FM : Après Lyon vous êtes passé par Montpellier. Quel regard portez-vous sur la réussite actuelle de ce club ?

PL : Ça fait plaisir parce que ce club vient à peine de monter cette année avec des joueurs pas très connus. On sent vraiment un esprit de groupe avec la présence de René Girard. Rolland Courbis a permis la remontée et maintenant René Girard s’inscrit dans la continuité en faisant du très bon boulot. Ça fait plaisir de voir qu’un club qui vient de monter est toujours deuxième à l’heure actuelle. On se rend compte que ce n’est plus une surprise, les résultats sont là. Ça va vraiment être difficile de les déloger des trois premières places.

FM : Durant votre carrière professionnelle, vous avez connu quatre clubs. Au final, quels sont vos meilleurs souvenirs ?

PL : Il y a des souvenirs de partout. Lens, c’est mon club formateur. C’est une fierté de pouvoir sortir de son club formateur. J’y ai connu la Coupe d’Europe, malheureusement je suis parti trop tôt puisqu’ils ont été champions en 1998. Mais je ne garde que de bons souvenirs. Ensuite, en Italie, c’était pour moi l’inconnue mais ça s’est carrément super bien passé. J’ai joué là-bas trois ans en tant que titulaire. Lyon, c’est là où j’ai forgé mon palmarès. J’ai eu un titre de champion de France, mais aussi une Coupe de la Ligue. Et puis à Montpellier, malheureusement on est descendus, mais j’en retire quand même une bonne expérience.

FM : Après Montpellier, vous avez rejoint Saint-Priest qui était à l’époque en CFA. Pourquoi un tel choix ?

PL : À la fin de mon contrat avec Montpellier, j’étais au chômage. J’espérais trouver un club professionnel encore mais l’opportunité ne s’est pas présentée. Pour me maintenir en forme, j’ai signé dans ce club dont le Président était un ami. Finalement, n’ayant toujours aucun contact en décembre, j’ai signé définitivement avec Saint-Priest et j’y ai fini ma carrière. En CFA, ce n’est pas évident car les entraînements sont le soir mais ça m’a permis de garder le rythme et j’ai fait de bonnes saisons.

FM : Cette arrivée dans le monde amateur a-t-elle est difficile ?

PL : C’est vrai que ce n’est pas toujours évident de passer du monde professionnel au monde amateur mais j’étais prêt à ça dans ma tête. Je savais très bien qu’en signant à Saint-Priest, ce serait complètement différent. C’était une découverte certes mais ce n’était pas une grosse surprise dans la mesure où je m’y attendais.





La déception France 98

FM : Vous avez fait partie des 6 joueurs non retenus dans la liste des 22 Bleus pour la Coupe du Monde 1998. Pouvez-vous nous raconter comment Aimé Jacquet vous a appris cette nouvelle ?

PL : À l’époque, je jouais en Italie donc on avait fini le championnat plus tard. On était arrivés ensuite directement à Clairefontaine. On avait commencé le stage en début de semaine et l’annonce s’est faite le vendredi. On n’avait aucune idée du moment de cette annonce. Et c’est après un repas en soirée que les 6 ont été convoqués dans la chambre d’Aimé Jacquet pour apprendre cette nouvelle.

FM : Avez-vous pu en discuter entre vous ou avec ceux qui sont restés dans les 22 ?

PL : Non, pas du tout. On a tous fait nos bagages. C’était le soir donc tout le monde est rentré directement chez soi, déçu de ne pas participer à la Coupe du Monde car c’était quand même un objectif. Mais depuis on n’en a pas reparlé. Je côtoie encore les joueurs et Aimé Jacquet car je fais partie de France 98. On se voit donc au moins une fois par an pour faire des matches d’exhibition. Mais on préfère ne pas en parler et passer à autre chose.

FM : A-t-on un pincement au coeur en voyant les images de Didier Deschamps soulevant la Coupe du Monde ?

PL : Oui, bien sûr. J’étais déçu de ne pas participer mais bon, quand on voit le résultat il n’y a rien à redire. J’aurais aimé vivre cette aventure avec eux, être champion du monde, mais malheureusement c’est comme ça. La carrière de footballeur est faite de bons et de mauvais moments, celui-là a été le plus mauvais de toute ma carrière mais il faut savoir l’accepter.

FM : Vous qui avez vécu l’expérience de cette annonce, conseilleriez-vous à Raymond Domenech d’utiliser cette méthode ?

PL : Je pense qu’il vaut mieux éviter. Avoir des joueurs en réserve et les appeler en cas de blessures, ok. Mais en prendre 6 jusqu’à la dernière minute et les renvoyer à la maison, c’est vraiment dur. Il vaut mieux prévenir les joueurs et leur dire qu’ils sont en réserve.

FM : Enfin, quelles sont les possibilités de l’équipe de France à la Coupe du Monde selon vous ?

PL : Vu les qualifications difficiles qu’elle a pu connaître, ce sera tout ou rien. Mais avec les joueurs qu’elle possède, elle est capable d’aller au bout. Après, en 2002, on pensait que l’équipe de France allait enchaîner sur la lancée de 1998 et 2000 et ça a été un fiasco. Les Bleus sont capables du meilleur comme du pire comme on a pu le voir lors des qualifications. Mais c’est souvent quand on sort de qualifs difficiles qu’on va au bout. Ils en sont capables, tout dépendra de l’était de forme des joueurs.