À défaut d’être qualifiée pour le Final Four de la Ligue des Nations après le match nul arraché par les Pays-Bas en Allemagne, l’équipe de France recevait l’Uruguay pour un match amical de prestige au Stade de France. Sans enjeu donc mais pas sans intérêt après la prestation décevante, pour ne pas dire inquiétante, livrée aux Pays-Bas. Le sélectionneur Didier Deschamps avait décidé de faire tourner, avec les titularisations de Ferland Mendy et Tanguy Ndombélé et le retour des anciens Adil Rami et Mamadou Sakho. Heureusement pour eux, le rythme s’avérait bien plus tranquille que quatre jours plus tôt. En effet, dès le début de la rencontre, les Bleus ont pu poser le jeu et le pied sur le ballon, grâce à l’absence de pressing côté uruguayen. De quoi se rassurer et prendre confiance en début de rencontre, à l’image d’un Mendy bien entré dans son match.

La première action intervenait dès la 4e minute, avec une transversale de Mbappé à destination de Matuidi qui remisait en une touche sur Giroud, dont le tir du gauche n’était pas cadré (4e). Les hommes de Deschamps dominaient aisément le premier quart d’heure et allaient s’offrir une énorme occasion. Parfaitement lancé en profondeur par Griezmann, Mbappé prenait de vitesse son défenseur et piquait mal son ballon au-dessus de Campana (15e). La pression s’accentuait avec un coup-franc botté par le numéro 7 français, à destination de Matuidi qui proposait un enchaînement d’attaquant mais dont la frappe était contrée in extremis (18e). Et l’Uruguay ? Peu de choses hormis une ou deux frappes, pas dangereuses, de loin. La France, elle, ratait une nouvelle occasion en or, encore une fois pour Mbappé, idéalement lancé par Ndombele cette fois (30e). L’attaquant du PSG ratait encore son duel face à Campana, tombait au sol et criait sa douleur. Mal retombé sur son épaule droite, il était obligé de laisser sa place à Florian Thauvin (36e). Le Marseillais se mettait vite dans le bain avec une première situation intéressante dans la surface (41e). Malgré une domination assez nette, les Bleus rentraient aux vestiaires sur le score de 0-0 à la pause.

Giroud retrouve le chemin des filets

Au retour des vestiaires, Presnel Kimpembe remplaçait Mamadou Sakho, mal retombé après un duel aérien en fin de première mi-temps. Et les Bleus repartaient à l’attaque, avec une tête de Giroud au-dessus sur un centre de Matuidi (47e). L’attaquant allait être impliqué dans l’action suivante, avec un jeu à trois intéressant avec Griezmann et Thauvin, qui aboutissait à un centre en retrait de Mendy pour Griezmann dont la frappe était repoussée de la main par Caceres. Penalty et but pour… Giroud qui transformait (1-0, 52e). La 33e réalisation pour l’attaquant de Chelsea en équipe de France. Peu servi en première période, il était galvanisé par son but et parvenait enfin à assurer de bonnes déviations dans le jeu long. Plus globalement, les Bleus faisaient preuve d’une solidité et d’une solidarité très intéressantes, face, il est vrai, à des Uruguayens très décevants avec le ballon.

Griezmann, plutôt inspiré dans ses choix, combinait avec Ndombélé pour une belle action mais le Lyonnais ne parvenait pas à finir (69e). Les différentes entrées en jeu (Nzonzi, Fekir, Pléa) stoppaient un peu la domination française et on pouvait enfin voir les Uruguayens à l’action, sans que cela débouche sur des occasions notables. Ce sont même les Français qui se faisaient peur tout seuls, à l’image d’une remise en retrait osée de Mendy puis Rami vers Lloris (81e). Au final, les Bleus l’emportaient, logiquement, face à de faibles Uruguayens (4e défaite consécutive), affichant de nouveau une remarquable solidité avec un bloc compact. Une belle prestation collective donc, à défaut d’un déferlement offensif, qui clôt en beauté cette merveilleuse année 2018 !

L’homme du match : Ferland Mendy (7) : il s’est vite mis dans son match, avec un double contact impeccable le long de la ligne de touche pour se sortir du pressing. Il a rendu les ballons propres, s’appuyant aussi sur sa relation technique avec l’autre Lyonnais titulaire du soir, Ndombele. Techniquement très sûr, il a aussi bien combiné avec Matuidi et a été solide défensivement, avec plusieurs bons jaillissements. Attention toutefois à ne pas s’enflammer à l’image de sa roulette dans son camp. Il a malgré tout clairement marqué des points ce soir et aura probablement donné envie au sélectionneur de le revoir prochainement.

France :

- Lloris (6) : pas de tir dangereux en première période mais quelques tentatives lointaines qu’il a captées sans le moindre souci. Un jeu au pied plutôt bon dans l’ensemble. Il n’a rien eu à faire en deuxième période.

- Pavard (6) : le jeu français est passé essentiellement sur la droite en première période et il a eu l’occasion de monter plus que Mendy. Malheureusement, ses centres, souvent à ras de terre, n’ont pas trouvé preneur. Défensivement, il a été plutôt tranquille en raison de la tactique adverse, avec le seul Laxalt (le latéral gauche adverse) présent dans son couloir.

- Rami (6,5) : une première période parfaitement exécutée, avec un vrai rôle de patron. Au four et au moulin, on n’a vu que lui dans les duels, lors des rares incursions uruguayennes dans le camp français. À cela, on peut ajouter une qualité de relance intéressante, avec une belle diversité, entre relances courtes sur Pavard et passes plus appuyées pour sauter des lignes. Plus tranquille en seconde période même si sa petite fantaisie, une talonnade pour Lloris, n’a pas dû plaire à Didier Deschamps !

- Sakho (5) : moins en vue que Rami, il a fait parler son physique et son jeu de tête lorsqu’il était sollicité. Propre dans l’ensemble. Mal retombé après un duel aérien, il a cédé sa place à Presnel Kimpembe (6) à la pause. Le défenseur du PSG, qui a vécu une période plus compliquée ces derniers temps, a retrouvé du peps et a vite remporté ses premiers duels. Très proche de son adversaire direct, parfois son coéquipier en club Cavani, il ne l’a pas laissé respirer. Quelques belles relances également.

- F. Mendy (7) : lire ci-dessus

- Kanté (5,5) : un poil décevant par rapport à ses standards. Quelques pertes de balle inhabituelles pour lui en première période, avec des passes mal ajustées. De plus, l’intensité adverse n’étant pas très élevée, il n’a pas eu l’occasion de se signaler dans le duel et l’anticipation. Il a augmenté un peu le rythme en seconde période. Une performance au final correcte.

- Ndombele (6,5) : première titularisation chez les Bleus pour Ndombele, qui avait séduit lors de son entrée en jeu face à l’Islande il y a un mois. Le milieu lyonnais s’est appliqué à jouer sobrement d’abord, sans jouer la carte de la percussion. Il est monté en température, à l’image de sa superbe passe en profondeur pour Mbappé (30e). Très costaud, il a contribué à solidifier l’entrejeu français et a distillé quelques gestes qui prouvent tout son talent. Remplacé à la 70e par Fekir, avec un nouveau changement tactique à la clé, le capitaine de l’OL prenant place sur le côté gauche.

- Matuidi (6,5) : dans son rôle hybride d’ailier gauche-milieu relayeur, il a excellé, surtout en première période, avec un positionnement toujours intéressant. Que ce soit entre les lignes ou dans le couloir, il a proposé beaucoup de solutions et a affiché une sûreté technique appréciable dans ses relais. Une activité débordante, comme à son habitude. Remplacé par Nzonzi (62e), ce qui a conduit à un changement tactique, avec le passage en 4-3-3 où le milieu de la Roma a occupé le poste de sentinelle. Avec plus de réussite que vendredi dernier face aux Pays-Bas, avec cette fois-ci des récupérations dans les pieds adverses.

- Griezmann (7) : il n’a pas la vitesse de Mbappé ou la taille de Giroud mais il a la finesse technique qui fait de lui le maillon essentiel de l’attaque française. Et ce mardi soir, Grizou était inspiré, avec de la justesse dans ses choix, une volonté permanente d’aérer le jeu en jouant simple et une aptitude à être toujours bien placé. Il est décisif sur l’action du penalty, d’abord sur la combinaison initiale, ensuite en s’arrachant à deux reprises pour tirer. Et il a eu l’élégance de laisser le penalty à son compère Giroud. Quelques combinaisons intéressantes tout au long de la soirée et des coups de pied arrêtés bien tirés. Remplacé à la 92e minute par Moussa Sissoko.

- Mbappé (non noté) : sale soirée pour l’attaquant du PSG. D’abord parce qu’il a raté deux énormes occasions, montrant une nouvelle fois qu’il avait encore de grands progrès à faire au niveau de la finition. Ensuite parce qu’il a dû céder sa place dès la 36e minute, touché à l’épaule droite après une mauvaise réception au sol. C’est Florian Thauvin (5,5) qui l’a remplacé, poste pour poste, sur le côté droit. Après sa prestation ratée face à l’Islande, le joueur de l’OM a d’abord cherché à se rassurer techniquement. Il a perdu un ou deux ballons en voulant trop temporiser dans des zones offensives mais il a aussi simplifié le jeu des Bleus dans le couloir droit, parfois trop dépendant des arabesques de Mbappé. Sa combinaison avec Griezmann et Giroud sur l’action amenant le penalty en témoigne.

- Giroud (6,5) : il n’avait plus marqué depuis le 9 septembre dernier avec les Bleus, son seul but en sélection sur les 14 dernières rencontres. C’est sûrement pour cela que Griezmann lui a laissé tirer le penalty qu’il avait obtenu. Giroud l’a transformé sans sourciller et cela l’a galvanisé. Peu en vue en première période, malgré une première occasion dès la 4e minute, il s’est démultiplié dans les duels, retrouvant un vrai impact dans le jeu aérien. Ce but lui a fait beaucoup de bien. Remplacé par Pléa (80e), qui a donc fêté sa première sélection en bleu.

Uruguay

- Campaña (6) : le portier du CA Independiente a été sollicité dès la 4e minute, sortant bien sur Giroud. Après avoir stoppé la frappe de Griezmann (19e), il a remporté son face-à-face avec Mbappé (30e). Bien qu’il soit parti du bon côté, il n’a pas pu arrêter le penalty de Giroud sur l’ouverture du score (52e). Trois minutes après, il est resté vigilant sur un tir de Thauvin (55e). Il est de nouveau bien sorti devant Ndombele (69e). Le seul Uruguayen à être au niveau ce soir.

- Laxalt (4,5) : s’il a effectué beaucoup de montées sur son couloir droit, centrant à plusieurs reprises (11e, 16e, 21e), le latéral du Milan AC a eu fort à faire face à Mbappé, puis Thauvin. Le Parisien l’a d’ailleurs fait transpirer lors d’une percée supersonique (30e). Il s’est un peu repris défensivement en deuxième mi-temps, sans être impérial.

- Caceres (4) : le défenseur de la Lazio a connu de meilleures soirées. Aligné dans l’axe, il a éprouvé quelques difficultés dans les duels face à Giroud, mais aussi à la relance. À la demi-heure de jeu, il est pris dans l’intervalle par Mbappé (30e). Toujours en délicatesse en seconde période, il n’a pas su rassurer sa défense et est coupable de la main qui amène le penalty. Une performance à vite oublier.

- Mendez (3) : lui aussi, il a eu du mal face à Giroud. L’attaquant français l’a même devancé par deux fois en début de rencontre, provoquant à chaque fois des occasions de but (4e, 9e). Pas serein au sein de sa défense, il a passé une très mauvaise soirée.

- M. Suarez (3) : que cela a été compliqué pour lui, face à un bon côté gauche français. Il a souvent laissé beaucoup d’espaces dans son dos, notamment sur l’action menant au penalty, où Mendy a eu tout le temps de centrer (52e). Offensivement, un seul centre est à mettre à son actif (12e).

- Torreira (4,5) : comme il a coutume de le faire avec Arsenal, le milieu de terrain des Gunners a beaucoup couru. Mais trop esseulé dans l’entrejeu, sa volonté ne lui a pas permis de s’imposer face aux Français. Offensivement, il ne s’est pas distingué. Peu en vue aujourd’hui, il a cédé sa place à Jonathan Rodriguez (74e). Quelques montées, sans toutefois être efficace.

- Valverde (4) : le milieu de terrain du Real Madrid a été l’auteur d’une prestation très moyenne ce soir. Dans un bloc bas, il n’a pas été souverain dans la conservation du ballon. Il n’a pas existé face à ses adversaires directs. Décevant, il est logiquement remplacé par Giorgian De Arrascaeta (60e). Il n’a pas pesé sur la rencontre en une demi-heure de jeu.

- Matias Vecino (4) : comme tous ses compères du milieu de terrain, il a été étouffé par le pressing français dans l’entrejeu. Il s’est illustré par deux fois devant le but d’Hugo Lloris, mais ses tentatives n’ont posé aucun problème au gardien tricolore (13e, 25e). Un match moribond de sa part.

- Bentancur (4) : le joueur de la Juventus a vécu un match difficile, à l’image de son équipe, malgré quelques bonnes interventions en première période (9e, 21e). Il a également fait preuve de frustration en fin de rencontre, récoltant par là même un carton jaune à la 79e minute. Il a tout de même effectué un très bon tacle sur Griezmann (90e+1), son seul fait d’armes.

- Luis Suarez (3,5) : le Barcelonais a été invisible ce soir. Il a eu beaucoup de déchets dans son jeu en déviation, étant maladroit techniquement. Il a été muselé toute la rencontre par les défenseurs français Rami et Sakho, puis Kimpembe en seconde période. On n’a pas retrouvé le Suarez du Barça.

- Cavani (5) : capitaine de la Celeste, le Parisien a joué en position de neuf et demi ce soir, en soutien de Luis Suarez. Il a beaucoup décroché, mais il n’a pas eu énormément de ballons exploitables. Comme à son habitude, il n’a pas rechigné à faire les efforts défensifs. Cela s’est avéré insuffisant pour être décisif.