L'affaire des transferts douteux agite la Serie A... et la France

Depuis hier, l'Italie est agitée par l'ouverture d'une enquête de la fédération de football après un rapport qui suspecte 62 transferts douteux sur les deux dernières années. La Juventus est visée comme certains clubs français, à commencer par l'OM et le LOSC.

Andrea Agnelli et Pavel Nedved ici lors d'un match de la Juventus
Andrea Agnelli et Pavel Nedved ici lors d'un match de la Juventus ©Maxppp

Un peu moins de quatre mois après le sacre européen, l'Italie du football se met à trembler. La cause, 62 transferts douteux entre 2019 et 2021 qui font l'objet de grandes suspicions depuis hier de la part de la fédération italienne (FIGC). C'est un rapport de la commission de surveillance des clubs de football italien (Covisoc), et dont la Repubblica s'est procuré un exemplaire, qui a mis le feu aux poudres. Pour la faire courte, les clubs visés par cette affaire ont tenté de contourner les règles du fair-play financier en ajustant leurs écritures comptables entre les joueurs achetés et les joueurs vendus, modifiant la plus-value des joueurs. À ce petit jeu, la palme revient à Pescara et Parme qui sont parvenus à conclure pas moins de 11 transferts ensemble sur cette période !

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La Juventus est également une cible de choix. Sur les 62 transferts suspects, la Vieille Dame en concentre à elle seule 42 ! Il y a notamment un cas particulier, le deal entre les Bianconeri et le Barça à l'été 2020. Miralem Pjanic est passé du club italien au club catalan contre 60 M€, comme Matheus Pereira, transféré pour 7,8 M€. Dans le même temps, Arthur Melo a fait le chemin inverse pour 72 M€, accompagné par un certain Alejandro Marqués, attaquant de 20 ans à l'époque sans aucune référence professionnelle et vendu... 8,2 M€. Pour donner un ordre d'idée, Transfermarkt estimait la valeur du joueur, actuellement prêté à Mirandes en 2e division espagnole, à 300 000 € il y a un an.

La Juventus citée dans 42 des 62 transferts suspects

La Juventus a multiplié ce genre de cas ces derniers mois. Il y a par exemple eu 8 mouvements rien qu'entre le club du Piémont et la Sampdoria, et 5 avec Empoli. Durant l'été 2020, la Juve et Manchester City ont également négocié quelques mouvements avec Joao Cancelo, vendu officiellement pour 65 M€, et Danilo, passé côté italien contre 37 M€. En parallèle, les deux directions se mettent d'accord pour deux transferts de jeunes joueurs, le Portugais Felix Correia (20 ans) recruté par la Vieille Dame pour 10,5 M€, pendant que l'Espagnol Pablo Moreno (19 ans) faisait le chemin inverse pour 10 M€. Bien sûr, ces deux espoirs peuvent se révéler mais leur valeur (1 M€ chacun) au moment de ces transferts et leur situation actuelle de remplaçant en 2e division où ils sont prêtés (Parme en Serie B pour Correia et Girone en LaLiga 2 pour Moreno) forcent à se poser quelques questions.

Quelques clubs français ont aussi négocié des transactions avec le géant turinois. Il y a Amiens qui a récupéré Rafael Fonseca (2 apparitions en Ligue 2 en un an et demi) contre 1,5 M€, en échange d'un transfert de l'espoir Félix Nzouango pour 1,9 M€. Le nom de l'OM est également cité dans cette affaire. En janvier dernier, les Phocéens négocient avec la Vieille Dame pour que Marley Aké s'en aille de l'autre côté des Alpes, Franco Tongya faisant lui le chemin inverse pour le même montant de 8 M€. Enfin, le LOSC est également dans le viseur de cette enquête avec le transfert de Victor Osimhen vers Naples pour 72 M€ durant le mercato estival 2020. On savait le deal complexe mais ce sont surtout les quatre joueurs napolitains engagés "en échange" par les Dogues qui interpellent.

Lille, Marseille et Amiens également concernés

Orestis Karnezis, 35 ans au moment des faits, est actuellement le 3e gardien des Nordistes, qui l'ont récupéré à un an de la fin de son contrat contre 5,1 M€. On peut en juger qu'il y avait sans doute meilleure opération comptable mais les trois autres cas sont bien plus équivoques. D'après le rapport de la Covisoc, Claudio Manzi (21 ans) a été recruté par le LOSC à Naples contre 4M€. Il a été prêté dans la foulée à Fermana en Serie C, avant de partir libre l'été dernier. Il évolue toujours en Serie C, à Turris. Luigi Liguori (23 ans) a lui aussi fait le voyage entre Naples et Lille en 2020 pour 4 M€, puis a également été prêté à Fermana et à Lecco en Serie C. Il a quitté les Dogues libre cet été pour rejoindre pour Afragolese en Serie D. Enfin, le dernier cas est le plus parlant. Ciro Palmieri (21 ans) évolue aussi en Serie D, à Nocerina où il est arrivé libre en août dernier. Pourtant, Lille l'avait recruté 7 M€ un an auparavant avant de le prêter à Fermana.

Reste à savoir ce que les clubs visés risquent maintenant. D'après la Gazzetta dello Sport, il y a possibilité de sanctions de la part de la fédération italienne de football si il y a bien eu «infraction administrative, visant à se soustraire à la loi en matière de gestion et d'économie.» Le quotidien italien évoque là la possibilité d'amendes, notamment si les règles de l'UEFA sont elles aussi bafouées. En revanche, l'affaire deviendrait plus grave s'il est prouvé que ces plus-values sont abusives. Le Chievo Vérone s'était par exemple vu retirer 3 points en 2018, précipitant sa lente agonie. C'est bien ce motif de "plus-value abusive" qui sera compliqué à prouver car qui définit la valeur d'un joueur ? Il s'agit finalement d'un concept abstrait mais les abus, on a pu le constater, sont très nombreux, presque systémiques. La fédération italienne cherche d'ailleurs un outil capable de prévenir de ce genre de dérives, avant que tout ne s'aggrave. Surtout en période de crise économique...

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