Comme la saison dernière, le Bayern Munich a mal débuté sa saison. Comme la saison dernière, le club bavarois s’est repris peu avant les fêtes et s’est relancé en janvier. Cependant, il y a une grosse différence : les hommes. Si lors de l’exercice 2018-2019, Niko Kovac avait trouvé la recette pour inverser la donne et sauvé sa tête, le technicien croate a finalement dû rendre le tablier d’un commun accord. Devant initialement assurer l’intérim, Hans-Dieter Flick a pris la tête de l’équipe et a montré de belles choses. L’homme de 54 ans aussi surnommé Hansi pour les intimes a réussi à insuffler un nouveau souffle au Rekordmeister et devrait au moins terminer cette saison. Loin d’être un novice, le natif d’Heidelberg a d’ailleurs débuté sa carrière dans le management avec l’étiquette de numéro un. Tout d’abord coach du FC Bammental, il prendra en main le TSG Hoffenheim entre 2000 et 2005. Il installera le club en D3 allemande et échouera de peu dans la mission promotion.

Enfilant ensuite le costume d’adjoint, il accompagnera brièvement Giovanni Trapattoni du côté du Red Bull Salzbourg avant de finalement rejoindre la sélection allemande. Après la Coupe du monde 2006 où l’Allemagne a obtenu la médaille de bronze, Hansi Flick prend place dans le staff de Joachim Löw. Précieux, il va travailler en coordination avec ce dernier et obtiendra de très bons résultats. Finaliste de l’Euro 2008, troisième de la Coupe du monde 2010, demi-finaliste de l’Euro 2012, il remportera finalement le Mondial 2014. Une belle récompense qui le poussera à partir sur une bonne note. Troquant le costume de coach adjoint pour celui de directeur sportif, il découvrira le poste avec la sélection puis le TSG Hoffenheim d’un certain Julian Nagelsmann. Finalement, l’été dernier, le Bayern Munich lui a proposé de rejoindre le club en tant qu’adjoint de Niko Kovac. Un rôle de numéro 2 vite troqué pour celui de numéro un.

Un retour aux bases

Très vite, l’état d’esprit a évolué. Loin d’adhérer aux méthodes de Niko Kovac et ayant poussé pour son éviction en automne 2018, les cadres du Bayern Munich se sont sentis soulagés par la mise en avant de Hansi Flick. Apprécié dans le vestiaire et proche des joueurs, il a rétabli une relation de confiance tout en revenant à la philosophie de jeu du club. Journaliste pour Bild spécialiste du Bayern Munich, Philipp Kessler nous a fait part de l’apaisement qu’a apporté Hansi Flick : « je le pense. Flick a brisé les chaînes, il a délié le Bayern. Alors que l’approche de Kovac était basée sur la prudence et la pensée défensive, Flick a mis l’accent sur l’attaque rapide et la pensée offensive. En d’autres termes, il a ramené l’ADN du FC Bayern. » Son confrère de Bild également spécialiste du Bayern, Heiko Niedderer partage le même point de vue : « oui, les joueurs ont été soulagés. Le plus grand problème concernant Kovac est le manque d’idées tactiques qu’il transmettait aux joueurs. Beaucoup de joueurs ont été entraînés par Pep Guardiola et étaient utilisés pour apporter une solution tactique avant et pendant les matchs. L’atmosphère est aussi détendue et plus familière désormais. »

Désormais libérés, certains cadres ont profité du nouveau contexte pour retrouver leur meilleur niveau comme le souligne Philipp Kessler : « certains acteurs importants s’épanouissent à nouveau. Six fois de suite, Thomas Müller n’était pas dans le onze de départ. Maintenant, Hansi a redonné confiance aux Bavarois. Thiago joue également de façon incroyable. En 2020, il marque même des buts. Il est probablement dans la forme de sa vie. » Après plusieurs saisons un peu compliquées, Thomas Müller a retrouvé la plénitude de ses capacités. Bridé sous Niko Kovac où il alternait entre le terrain et le banc, il a publiquement cartonné le Croate. « Si ta femme t’envoie faire des courses avec une liste, tu sais exactement quoi faire. Mais si elle ne te donne pas de consignes claires, alors il y a des chances pour que tu restes face aux rayons et que le repas ne soit pas réussi » avait-il lâché. Pour Philipp Kessler cette déclaration ne concernait pas que Niko Kovac même si il était le principal fautif : « Müller a déclaré qu’il serait généralement difficile de jouer avec succès sans un plan de jeu. L’un des points critiques avec Kovac c’était qu’aucun concept offensif ne pouvait être vu avec lui. Certaines personnes ont également déclaré que Kovac n’était pas un expert en matière de tactique. »

Un coach motivant et rassembleur

Si Robert Lewandowski est l’homme fort du Bayern Munich depuis le début de l’exercice et quelques saisons désormais, Thomas Müller est particulièrement brillant depuis décembre avec 6 buts et 5 passes décisives en 9 matches. Un bilan assez impressionnant pour le natif de Weilheim qui a retrouvé un rôle dans lequel il s’était révélé. Assez libre sur le terrain derrière Robert Lewandowski, il profite de la confiance de son coach et lui rend bien. « Müller est toujours comme cela, si vous lui donnez de la confiance, le laisser jouer et vous lui donnez une liberté sur le terrain, il peut toujours montrer de bonnes choses. Il était très malheureux d’être sur le banc avant et même envisagé de partir. Mais maintenant il est de retour en forme » explique Heiko Niedderer. Une observation partagée par Philipp Kessler : « Hansi Flick lui a redonné confiance en lui. Il montre à Müller qu’il est important pour l’équipe. Et Thomas est plus important sur le terrain que sur le banc. Vous devez lui donner la liberté dans l’infraction. Müller rembourse actuellement cette confiance. »

En relaçant des cadres comme Thomas Müller et Thiago Alcantara et en apportant un second souffle à une équipe qui en avait besoin, Hansi Flick se distingue aussi humainement. « Tous les joueurs disent qu’il est comme Heynckes, très communicatif. Il se soucie de tous les joueurs, parle avec chaque joueur. Il est très agréable au quotidien et semble détendu face aux médias. Vous pouvez voir qu’il apprécie le fait de prendre en charge un grand club pour la première fois » souligne Heiko Niedderer. Des qualités importantes pour gérer un vestiaire pas toujours docile selon Philipp Kessler :« Hansi Flick était déjà populaire auprès des joueurs en tant qu’entraîneur adjoint. C’est un homme agréable, très empathique, qui parle beaucoup aux joueurs. Il essaie de faire en sorte que tout le monde se sente important. Le plus important, c’est que les stars l’acceptent et le respectent tout en suivant sa façon de voir le football. Bon pour son statut, en 2014, il a remporté la Coupe du monde avec l’Allemagne en tant qu’entraîneur adjoint de Jogi Löw. Il sait donc comment c’est de gagner de gros titres. »

Des résultats qui ont suivi

Intronisé coach du Bayern Munich début novembre suite au départ de Niko Kovac après une lourde défaite contre l’Eintracht Francfort (5-1), Hansi Flick a vite remis la formation bavaroise sur de bons rails en régalant contre l’Olympiakos (2-0), le Borussia Dortmund (4-0), le Fortuna Düsseldorf (4-0) et l’Étoile Rouge de Belgrade (6-0). Des départs tonitruants pour le coach de 54 ans. Si derrière, le Bayern Munich a replongé avec des défaites contre le Bayer Leverkusen (2-1) et le Borussia Mönchengladbach (2-1), le Bayern Munich a depuis enchaîné 8 victoires de rang toutes compétitions confondues. Le tout avec 30 buts au compteur et de très belles séquences de jeu. Un style assez marqué et qui commence à se faire ressentir sur le terrain. « Kovac voulait un football physique et misait beaucoup sur la défense. Cependant, l’équilibre entre l’attaque et la défense n’a jamais vraiment été réalisé. Le jeu de Flick est plus orienté vers l’offensive, mais aussi l’ensemble de l’équipe travaille mieux en défense à la récupération du ballon. Le Bayern attaque et presse plus tôt tout en exploitant au mieux les espaces » note Heiko Niedderer.

Comme souvent lorsqu’un entraîneur arrive, certains joueurs tirent leur épingle du jeu ou s’adaptent. Longtemps considéré comme l’un des meilleurs au monde au poste de latéral gauche, David Alaba est en train de se fixer en tant que défenseur central. L’Autrichien a su profiter des blessures de Niklas Süle et Lucas Hernandez pour se distinguer à un poste où il a parfois dépanné par le passé. « Alaba réalise une grande saison en tant que défenseur central. Il est même encore plus impressionnant qu’à gauche. Lucas Hernandez est sur le retour, mais il ne sera pas facile pour lui de s’installer et de trouver sa place » s’enthousiasme Heiko Niedderer. De son côté, Philipp Kessler va même un peu plus loin : « à mon avis, il est encore meilleur dans l’axe qu’en tant qu’arrière gauche. Bien qu’il soit toujours l’un des meilleurs arrières gauches du monde. Alaba a une grande anticipation et une incroyable vision de jeu. Dans l’équipe, cela fonctionne très bien parce que le Bayern a beaucoup de ballon et qu’il est haut. Ça lui va bien. »

Alphonso Davies, la dynamite canadienne

Autre trouvaille d’Hansi Flick, le repositionnement d’Alphonso Davies. Puisque David Alaba a été replacé dans l’axe, l’ancien joueur des Vancouvers Whitcaps évolue en tant que latéral gauche. Ailier de nature, il avait dépanné en tant que piston sous Niko Kovac, mais c’est vraiment cette saison qu’il s’est installé à ce poste. Le joueur de 19 ans se distingue par sa vitesse, sa percussion et l’intensité qu’il met dans ce qu’il entreprend. Un profil très offensif qui fait des ravages avec déjà 5 passes décisives en 22 matches. Philipp Kessler est totalement séduit par ce que propose Alphonso Davies cette saison : « wow ! Il a un physique extraordinaire, il est fort et très rapide. Avec sa vitesse, il est un peu comme un sauveteur pour le Bayern Munich en défense. Il a tellement de potentiel qu’il peut s’améliorer dans tous les domaines. Pour le moment, je dirais qu’il pourrait améliorer son habileté tactique et son jeu de position. Mais il joue de mieux en mieux. Il pourrait également jouer comme ailier. Mais le Bayern compte principalement sur lui comme arrière gauche. » L’éclosion d’Alphonso Davies met en évidence les qualités de formateur d’Hansi Flick.

Le technicien allemand a d’ailleurs permis à quelques jeunes de se rapprocher de l’équipe première. On pense tout d’abord au Néerlandais Joshua Zirkzee (18 ans) déjà auteur de deux buts en championnat. Sarpreet Singh (20 ans), Leon Dajaku (18 ans) et Oliver Batista-Meier (18 ans) ne sont pas en reste. En ayant remis en place un environnement serein, en remobilisant les cadres et en faisant confiance aux jeunes, Hansi Flick a su créer un cercle vertueux qu’il ne cesse d’alimenter. Il a ainsi permis au Bayern Munich de prendre la tête de la Bundesliga avec un point d’avance sur le RB Leipzig et trois sur le Borussia Dortmund et le Borussia Mönchengladbach. Quart de finaliste de la Coupe d’Allemagne, le Rekordmeister défiera Chelsea en huitièmes de finale de la Ligue des Champions. Des résultats excellents qui pourraient permettre à Hansi Flick de poursuivre l’aventure si cela se poursuit comme le juge Philipp Kessler : « oui, si le Bayern peut continuer ainsi et remporter des titres cette saison, le club prolongera le contrat de Flick. L’équipe ne gagne pas simplement, elle gagne aussi de manière très dominante et spectaculaire. Il faut aussi garder à l’esprit qu’il n’y a pas de gros coach disponible pour le moment ou en été. Flick sait qu’il a la pression de gagner à chaque fois et les semaines les plus importantes avec les huitièmes de finale ne font que commencer... Mais comme je vous l’ai dit : pour le moment, il est en bonne position pour obtenir un nouveau contrat en été. » Prochain test dès ce dimanche contre le RB Leipzig (rencontre à suivre sur notre live commenté).