Prenons quelques minutes et établissons un parallèle entre deux clubs qui ont, par le passé, échoué contre des clubs à la dimension et/ou à l’effectif supérieurs en Ligue des Champions. Mardi soir, le PSG a vaincu son démon barcelonais, dans des proportions inimaginables (4-0). Pour cela, le club de la capitale a pris le risque du changement. En limogeant Laurent Blanc pour installer Unai Emery, entraîneur qui a transcendé son équipe précédente en Ligue Europa. En acceptant de laisser filer Zlatan Ibrahimovic aussi efficace en L1 qu’inutile en Ligue des Champions dès que la route s’élevait. À l’inverse, malgré 7 années consécutives à bloquer sur les 8es de finale, Arsenal a fait le pari de la continuité avec son manager français, Arsène Wenger. Il avait, comme Paris, eu la malchance, malgré une première place du groupe A devant le PSG, d’hériter de sa bête noire munichoise. Et elle l’est restée, avec ce 5-1 infligé par les hommes d’Ancelotti. Pire, Arsenal a donné l’impression d’avoir régressé, pour être autant dominé par un Bayern loin d’être aussi séduisant que sous l’ère Guardiola.

La réaction des supporters d’Arsenal après la déroute bavaroise apparaît plus dure que jamais. La vidéo d’un fan exprimant une colère froide et déterminée face à un journaliste qui lui laisse dérouler son argumentation, ponctuée de quelques « fuck », est symbolique. Cette défaite ressemble à celle de trop. Cette élimination prévisible, à moins d’un retournement de situation qui serait exceptionnel à l’Emirates Stadium (3% de chances selon les statistiques), est celle de trop. Elle vient faire un contrepoint absolu à une déclaration d’Ivan Gazidis, accordée à la BBC en 2012, où il assurait que les Gunners, seraient « capables de concurrencer les clubs les plus riches d’Europe d’ici 2 ou 3 ans à partir de 2014 » et de remporter un trophée majeur. Une nouvelle fois, les projections de la direction d’Arsenal se fracassent sur une réalité bien plus terne. Hormis Koscielny et Alexis Sanchez, voire Özil quand il est bien luné, Arsenal ne possède pas de joueurs de classe mondiale et se retrouve confronté à ses éternelles limites.

L’excuse du dopage financier toujours valable ?

Depuis 10 ans, toutes compétitions confondues, Arsenal a gagné 2 trophées (2 FA Cup), quand Chelsea en a remporté 10, Manchester United 9 et Manchester City 5. Arsène Wenger a souvent pointé du doigt les difficultés éprouvées par Manchester United pour se réinventer après le départ de Sir Alex Ferguson, soulignant les centaines de millions d’euros dépensés pour un résultat médiocre. Cependant, il n’utilise pas l’exemple inverse de Chelsea, qui a changé d’entraîneur à de multiples reprises et investi des millions à foison, mais qui a gagné 5 titres de Premier League depuis 2004, date du dernier titre de champion des Gunners. Il ne s’agit pas de dire que les arguments d’Arsène Wenger sont de mauvaise foi. Mais d’opposer sa vision parfois indulgente à la réalité du terrain. Pour les supporters, se contenter d’être dans le Big Four n’est plus suffisant. Arsenal est pourtant le maître en la matière, terminant au pire 4e depuis 20 ans quand la meilleure série chez d’autres clubs s’arrête à 7 années consécutives !

Il faut dire que les supporters ont longtemps patienté. D’abord que la phase de construction du stade et du remboursement de la dette justifie la vente des meilleurs éléments (Nasri, Van Persie et d’autres). Arsenal ne voulait alors pas s’aligner sur les exigences salariales des joueurs ni sur les offres en provenance de la concurrence. Ensuite, Arsène Wenger s’est positionné comme un fervent défenseur du fair-play financier, dénonçant le « dopage financier » pour expliquer les difficultés d’Arsenal à rivaliser pour les titres. Pourtant, Leicester City disposait d’un budget inférieur à celui du club londonien la saison passée lorsqu’il s’en est allé chiper la Premier League aux cadors annoncés. C’est là une autre frustration des fans d’Arsenal. Même lorsque les gros ne sont pas au rendez-vous, Arsenal n’y arrive pas. En Ligue des Champions par exemple, quand le tirage au sort les épargne du Bayern, les Gunners arrivent à se faire surprendre par Monaco (2014-2015). En Premier League, la saison passée a mis en exergue l’incapacité d’Arsenal à prendre son destin en main. Lors de la 22e journée, c’est en leader de la Premier League qu’il accueille Chelsea, triste 14e. Arsenal perd 1-0, le fauteuil de leader, et finira 2e.

Une gestion de mercato toujours autant contesté

Dernier point qui suscite toujours le débat du côté d’Arsenal, la gestion du mercato. « On ne prendra pas un joueur s’il n’améliore pas l’effectif, nous ne dépenserons pas un montant démesuré », dit souvent Wenger au cours des périodes de transfert. L’été dernier, il a attendu le 30 août pour lâcher 41 M€ sur le défenseur central de Valence Skhodran Mustafi. Cela faisait alors plusieurs semaines qu’il avait enregistré les forfaits longue durée de Mertesacker et Gabriel Paulista. Pour les fans des Gunners, un tel comportement est incompréhensible alors qu’Arsenal récupère les bénéfices de son travail avec l’Emirates Stadium. La dernière étude du cabinet Deloitte positionne le stade londonien à la 2e place des enceintes générant le plus de revenus (133,6 M€), derrière Old Trafford. L’Emirates était même premier la saison précédente (132 M€ récoltés). De plus, Arsenal a récolté 132 M€ en droits TV sur la saison 2015-2016, soit le plus gros montant touché par un club de Premier League.

Malgré cela, Arsenal se retrouve dans une situation qui lui rappelle celles vécues avec Nasri et Van Persie. Alexis Sanchez et Özil arrivent en fin de contrat en 2018, Wenger assure que cela lui laisse du temps et une certaine marge de manœuvre (ce qui ne lui empêche pas d’expliquer dans d’autres circonstances qu’un contrat de 4 ans est en réalité un contrat de 2 ans puisqu’il faut renégocier 2 ans avant la fin du contrat pour s’assurer qu’un joueur ne partira pas pour une indemnité de transfert trop faible, voire gratuitement). Les récentes attitudes d’Alexis Sanchez lors de défaites d’Arsenal transpirent la frustration et font craindre un départ en fin de saison aux supporters. Qui seront moins émus, pour la plupart, s’ils apprennent que le manager français décide de ne pas signer la prolongation de contrat de deux ans proposée par le club.