Les grands débuts d’Igor Tudor à Tottenham ont tourné à la bérézina
Pour son premier match, le technicien croate a vu ses Spurs lourdement chuter dans le North London Derby face à Arsenal (1-4), malgré des intentions intéressantes et un Randal Kolo Muani relancé. Le maintien s’annonce déjà comme un chantier sous haute tension.
La grande première d’Igor Tudor à Tottenham tourne déjà au rappel brutal à la réalité. Arrivé en pompier de service pour succéder à Thomas Frank, le technicien croate avait posé ses valises dans le nord de Londres avec un discours clair, presque martial : « je ne suis pas ici pour m’amuser, je suis ici pour travailler. » Nommé jusqu’à la fin de la saison par Tottenham, l’ancien coach de l’OM a hérité d’une équipe en pleine dérive, classée à la 16e de Premier League et déjà sortie de la FA Cup comme de la League Cup. Le club londonien, qui n’a plus connu la relégation depuis la saison 1977-1978, se retrouve pourtant embarqué dans une lutte qu’il ne pensait plus jamais devoir mener. La mission est limpide, il faut stabiliser les Spurs, remettre de l’ordre dans le groupe et éviter l’impensable historique. Dans un contexte aussi inflammable, chaque point vaut de l’or, et chaque match devient une finale. Au-delà du discours, c’est la capacité à redonner une ossature mentale et tactique à un vestiaire fragilisé qui déterminera l’issue de cette fin de saison sous haute tension.
Pour son baptême du feu en Angleterre, le Croate n’a pas eu droit à un rodage en douceur. La 27e journée de Premier League proposait un North London Derby incandescent face à Arsenal. Un test maximal d’entrée. À domicile, les Spurs se présentaient dans un 3-5-2 fidèle aux principes de Tudor. Guglielmo Vicario gardait les cages derrière un trio composé de João Palhinha, Radu Drăgușin et Micky van de Ven. Au milieu, Pape Matar Sarr, Yves Bissouma et Conor Gallagher devaient apporter densité et impact, tandis qu’Archie Gray et Djed Spence occupaient les rôles exigeants de pistons. Devant, le premier choix fort sautait aux yeux : le retour de Randal Kolo Muani dans le onze, associé à Xavi Simons. Un signal clair envoyé par Tudor, qui connaît bien l’attaquant français pour l’avoir dirigé à la Juventus. Intensité, pressing, verticalité… Tottenham devait redevenir une équipe agressive et structurée, capable d’étouffer son rival dans les premières relances.
Travailler autour de RKM ?
Sur le terrain, l’intention n’a pas manqué. Arsenal a frappé fort d’entrée, mais Tottenham a répondu avec caractère. Menés après l’ouverture du score d’Eberechi Eze, les Spurs ont égalisé presque immédiatement grâce à un pressing gagnant conclu par Kolo Muani, grand bénéficiaire de la révolution Tudor. En difficulté lors de la première partie de saison sous Thomas Frank, l’international français a retrouvé du tranchant et de la confiance, symbolisant le renouveau espéré. Pourtant, l’espoir n’aura duré qu’un temps. Dominés dans la maîtrise, la conservation et la gestion des temps faibles, les Spurs ont fini par céder face au réalisme clinique des Gunners. Viktor Gyökeres a redonné l’avantage aux visiteurs dès la reprise avant de s’offrir un triplé en fin de rencontre, tandis qu’un second but de Kolo Muani était refusé pour une faute légère. Au-delà de la lourdeur apparente, le constat statistique est sévère (1-4). Tottenham a subi dans presque tous les compartiments. Et pour Tudor, la série impressionnante de ses débuts s’arrête net, puisque lors de ses sept dernières prises de fonction, le natif de Split restait sur six victoires et un nul pour sa première. «Il faut qu’on travaille. On a pris trop de mauvaises habitudes par le passé. Chacun d’entre nous, chaque membre de l’équipe, doit se remettre en question, progresser et faire preuve d’humilité. Tout repose sur le travail. Il faut courir plus, gagner les duels et récupérer les deuxièmes ballons. On se prépare pendant quatre ou cinq jours, mais ils étaient plus rapides. Les joueurs ont montré leur passion, ils voulaient courir et agir. Mais nous avons pressé haut et n’avons pas réussi à récupérer le ballon. Ils sont plus forts, ils ont plus de puissance et d’énergie. Ils y croient davantage, et c’est ce qui fait la différence au final. Voilà. Il faut en tirer les leçons», a analysé Tudor.
Cette fois, la tradition a volé en éclats. Igor Tudor est aussi le premier entraîneur de Tottenham à perdre son premier match de Premier League depuis André Villas-Boas en août 2012, chacun des neuf précédents étant resté invaincus (6 victoires, 3 nuls, y compris les intérimaires). «Il a été très présent toute la semaine. Il a essayé de se concentrer sur le football. Nous avons essayé de travailler là-dessus. C’était sa première semaine, il veut nous aider de toutes les manières possibles. Maintenant, nous devons aller de l’avant et nous préparer pour Fulham», a déclaré après le match Micky van de Ven. Ce dimanche, Arsenal a enregistré sa plus large victoire à l’extérieur contre Tottenham Hotspur en championnat depuis une victoire 5-0 en décembre 1978. La suite s’annonce tout aussi exigeante. Dès le week-end prochain, un déplacement à Fulham attend les Spurs, avant la réception de Crystal Palace début mars et un voyage périlleux à Anfield pour croiser le fer avec Liverpool. Le calendrier n’offre aucun répit à un groupe encore en construction.
Pourtant, tout n’est pas à jeter dans cette première. Le système Tudor est énergivore, demande des automatismes et un engagement total. L’installer face à Arsenal, candidat au titre, relevait presque du défi impossible. «Je suis triste car nous n’avons pas fait assez. Arsenal était bien meilleur. Cette fois, l’écart entre les deux équipes était trop important. Même les problèmes physiques que nous avons rencontrés pour aligner 11 joueurs sur le terrain plus trois remplaçants ont posé problème. C’est bien de voir une équipe comme Arsenal à ce niveau, ça nous montre où nous devons aller. Ça prouve qu’il faut travailler dur, car on rencontre des difficultés sur beaucoup de points. Psychologiquement, il faut surmonter cette période, et le seul moyen, c’est le travail. Rester calmes et humbles. Et se projeter dans l’avenir, jour après jour, en progressant semaine après semaine. C’est trop difficile en ce moment», a conclu l’ancien coach de la Juventus. Sur certaines séquences, notamment dans le pressing coordonné et les transitions rapides, Tottenham a montré des signes encourageants. La reconstruction ne se fera pas en 90 minutes, encore moins dans un derby. Elle passera par des ajustements, du temps et une montée en puissance physique. Si le résultat rappelle la brutalité du contexte, il ne condamne pas le projet naissant. Dans la tempête, Igor Tudor a posé une première pierre. Reste désormais à transformer l’intention en points, car dans la course au maintien, le romantisme ne pèse pas lourd face à l’urgence comptable.
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