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Ces pépites de la formation française qui traversent la Manche par convois

24/05/2008 - 16 h 32 - Aristide Mamilo

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En 1999, l’affaire Aliadière avait défrayé la chronique en France et suscité le débat sur la formation de jeunes joueurs. En effet l’INF (institut national du football) de Clairefontaine créé en 1988 pour servir de base de recrutement aux centres de formation de clubs professionnels français, subissait le premier revers de son succès en voyant l’un de ses meilleurs éléments opter pour un club étranger au détriment d’une formation de l’hexagone. En l’espèce le jeune attaquant Jérémy Aliadière qui s’était engagé avec Arsenal.

Une décennie s’est écoulée, et le mal s’est accru, devenant même une banalité. Avant, les clubs étrangers, et notamment anglais, se contentaient de recruter dans le berceau de la formation. Aujourd’hui, même les centres de formation de clubs professionnels qui ne bénéficient pas d’un encadrement légal de la fédération française, cèdent face aux assauts des formations de Premier League. Ces dernières ont mis en place les mécanismes les plus ingénieux pour convaincre les parents de leurs cibles de leur accorder leurs faveurs, l’argent et les promesses de contrat professionnel précoce faisant la différence.

L’absence de protection dans le processus de formation en France

La semaine dernière, la sélection nationale des -17 ans française s’est inclinée en finale du Championnat d’Europe de cette catégorie face à l’Espagne (0-4). Leader de cette génération, Gaël Kakuta (16 ans, photo) formé à Lens, et qui a filé à l’anglaise à Chelsea l’été dernier abandonnant les Sang et Or qui ne s’en remettent toujours pas.

Le jeune attaquant a quitté le Nord de la France l’été dernier pour Londres, après une offre de Chelsea portant sur un contrat de 30.000 € par mois et 1 M€ à la signature, des chiffres contestés par son entourage qui préfère mettre en avant l’aspect sportif.

Qu’à cela ne tienne, le club anglais a profité de la disposition qui interdit aux formations françaises de faire signer des gamins aspirants avant l’âge de seize ans, les laissant ainsi à la merci de toutes sollicitations.
C’est aussi le cas de Gaël Nlundulu (16 ans) jeune attaquant du PSG suivi par Arsenal, Manchester City et Everton, qui a refusé le contrat d’aspirant que lui proposait son club pour rejoindre Portsmouth.
L’arrière latéral gauche de l’INF Jérémy Hélan qui avait donné la promesse au Stade de Rennais de s’engager à l’issue de sa période de préformation, a finalement décidé de rejoindre Manchester United, Alex Ferguson ayant promis à sa mère d’en faire le successeur de Patrice Evra.

Que dire de Darnel Situ (16 ans) aspirant à Lens et convoité par Manchester United, ou encore du milieu de terrain du Stade Lavallois Francis Coquelin (17 ans) en contact avec Arsenal, sinon qu’ils vont suivre la voie de Gilles Sinu ex-Castelroussin désormais Gunner.

Les raisons de nourrir des inquiétudes

À défaut de sortir dans leurs propres écoles des jeunes capables d’intégrer les équipes premières, les clubs huppés viendront les chercher là où on les trouve, et surtout là où rien ne peut s’opposer à leur sortie.

La tendance va s’accroitre davantage, puisque l’UEFA impose aux équipes participant à la Ligue des Champions, de fournir une liste de 25 noms comprenant au moins six produits de la formation locale quelque soit la nationalité ou l’âge. « Pourvu qu’ils aient été inscrits auprès d’un ou plusieurs clubs affiliés à la même association nationale que leur club actuel pendant une période continue ou non, de trois saisons complètes ou de trente-six mois entre l‘âge de quinze ans et l’âge de vingt et un ans » (art 17.11 de la compétition) .

La Ligue 1 est déjà stigmatisée pour sa piètre qualité et sa faible attractivité. Bientôt, le mal sera plus profond puisque c’est l’économie des clubs français qui est menacée par cet exode précoce, sachant que les revenus liés aux transferts de joueurs formés en France assurent la pérennité des finances des clubs de l’hexagone (Mexes, Henry, Trezeguet, Vieira, Thuram...). Il appartient donc aux instances dirigeantes du football français de légiférer dans ce sens.